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Parcours/SOS Racisme : Dominique Sopo, la sentinelle

Par Jeuneafrique.com - 26/09/2014

Dominique Sopo souhaite garder un vrai travail à côté de son militantisme. À la tête de SOS racisme, ce Franco-togolais ne mâche pas ses mots quand il évoque le président Hollande... et ses homologue

 

La formule avait sonné comme une insulte. "La petite main", avait titré le quotidien français Libération. C'était en 2003. Dominique Sopo, 26 ans, venait de prendre le relais du médiatique Malek Boutih à la tête de SOS Racisme, et le quotidien français s'amusait de la quantité de questions qu'il avait fallu lui poser pour lui extirper ses notes - excellentes - à l'agrégation de sciences économiques et sociales. Onze ans après, Dominique Sopo feint de ne pas en avoir pris ombrage, mais ne cherche pas plus d'une seconde le nom de la journaliste qui l'avait affublé de l'image pas très sexy "d'étudiant modèle en mocassins". Depuis, Sopo a bien grandi. Dix années à la tête de SOS Racisme l'ont aguerri. En 2012, après l'élection de François Hollande, il a rendu son tablier. "Avec le départ de Sarkozy, c'est un cycle politique qui se refermait, explique-t-il. J'étais fatigué. Le militantisme dans une structure comme la nôtre, c'est quelque chose d'éprouvant. On subit énormément de pressions et d'attaques personnelles. Il faut une carapace assez épaisse".

 


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le Franco-camerounais dominique Sopo, président de Sos racisme

En juin dernier, après deux années de pause durant lesquelles il est retourné enseigner l'économie dans un lycée parisien ("Il est important d'avoir un vrai métier, je ne veux pas être un de ces apparatchiks que je dénonce"), il finit par reprendre du service. A-t-il hésité ? "Bien sûr. La première fois, toute la difficulté est de trouver sa marque. Mais quand on revient, il faut être sûr d'avoir encore l'envie et l'énergie suffisantes pour faire le job." J'éprouve de la colère contre quelque chose qui est de l'ordre de la trahison, dit-il du PS. Ce qui l'a convaincu de rempiler, c'est "l'état de la scène politique au lendemain des élections européennes du mois de mai". La gauche, martèle cet ancien militant du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) toujours encarté au PS, porte une lourde responsabilité dans "le délitement de la société française" : "C'est quand même affligeant cette manière dont le gouvernement a tourné le dos à la mise en place d'une dynamique de l'égalité." Est-il déçu ? "C'est bien plus que cela, vitupère-il en énumérant les promesses non tenues de François Hollande en matière de droit des étrangers. J'éprouve de la colère contre quelque chose qui est de l'ordre de la trahison."

 

Le racisme, pourtant, il ne l'a pas connu - enfin pas personnellement. Lui qui s'emporte contre l'injustice faite aux autres estime qu'il n'a "vraiment pas de quoi se plaindre". "Grandir dans une cité pavillonnaire plutôt que dans les "quartiers" et avoir de bonnes notes à l'école, ça protège", résume-t-il. Il y a bien eu ce vigile du Prisunic de Valenciennes qu'enfant le petit Dominique et ses cousins - métis, comme lui - s'amusaient à faire tourner en bourrique "juste parce qu'ils savaient qu'il allait les suivre". Mais non, il a beau chercher, il ne trouve rien de bien méchant. Pour son père, un Moba originaire du nord du Togo, arrivé en France en 1966, "ça été plus compliqué. Il était agent de maîtrise chez Peugeot Citroën et il a eu une évolution de carrière assez plate. Quand j'étais môme, je me rendais bien compte aussi qu'il ne supportait pas la manière dont, systématiquement, les policiers le tutoyaient". Étrange, d'ailleurs, ce concours de circonstances qui a mené le jeune Sanlaguidja à s'installer à moins de cinquante kilomètres de Lille. Adolescent, il étudiait la mécanique au Centre d'apprentissage de Dapaong, près de la frontière avec le Burkina. À l'époque, seuls les deux meilleurs élèves obtenaient une bourse pour le lycée technique catholique de Valenciennes. Sanlaguidja, arrivé troisième, n'aurait pas été du voyage si le deuxième n'avait pas succombé à la tuberculose quelques semaines avant le départ. Il s'appelait Dominique, c'était son meilleur ami.

 

Des années plus tard, Sopo dit n'avoir qu'un lien assez distant avec le pays de son père. Il y est allé, bien sûr, et plusieurs fois. Il n'a pas oublié le choc de la découverte de Lomé, en 1984. Il se souvient des interminables voyages en voiture jusqu'à la région des Savanes, de la rencontre avec la famille restée au pays. Il y a aussi "ces oncles, ces tantes et ces cousins que l'on a, pour certains, plaisir à voir", mais sa vie, comme celle de son frère et de sa soeur, comme celle de ses parents, du reste (sa mère, institutrice, est maire de la petite commune de La Sentinelle, près de Valenciennes), est en France. De la vie politique du Togo, il admet d'ailleurs ne pas savoir grand-chose. Il connaît bien mieux le Cameroun, pour avoir présidé le comité de soutien à Michel Thierry Atangana. Il faut le voir s'enflammer contre l'opération Épervier et raconter les "procès guignolesques" qui ont valu dix-sept années de prison à celui qui est devenu son ami. Il faut l'écouter fustiger l'avidité de certains ministres et l'entendre railler "ces vieux de 70 ans qui n'ont qu'une hâte, prendre la place de celui qui en a plus de 80". Dans son bureau de l'avenue de Flandre (Paris), Sopo enchaîne cigarettes, superlatifs et coups de gueule. Vraiment, on a du mal à croire qu'il ait un jour pu être décrit comme peu constant.

 
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