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Au Togo, le parti au pouvoir et l’opposition autour d’une table

Par La Croix - 20/02/2018

Le dialogue entre le parti au pouvoir et l’opposition reprend à Lomé, capitale du Togo, sous l’égide du président ghanéen Nana Akoufo-Addo.

 

Pendant une dizaine de jours, les deux partis vont tenter de régler la crise togolaise qui gangrène le pays depuis six mois.
« Si ce dialogue ne se conclut pas par des décisions exécutoires immédiatement, on n’aura rien fait. Et le mal togolais persistera », a déclaré Jean Pierre Fabre, le chef de file de l’opposition à l’occasion de l’ouverture des négociations, lundi 19 février, à Lomé.
Objectif : mettre fin à six mois de contestations
Dans la capitale togolaise, le parti au pouvoir et l’opposition sont priés de se mettre à table. Placés sous l’égide du président ghanéen, Nana Akoufo-Addo, ces pourparlers visent à mettre fin à six mois de contestations populaires.
Depuis le 19 août 2017, des manifestations, organisées par les quatorze partis de l’opposition, ébranlent le petit pays d’Afrique de l’Ouest. Ils réclament la démission du président togolais Faure Gnassingbé et la restitution de la Constitution de 1992, limitant à deux le nombre de mandat.

 


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Le président Faure Gnassingbé aux abonnés absents
Qui est convié à la table des négociations ? « Les quatorze partis de l’opposition seront représentés par sept délégués et le parti au pouvoir disposera du même nombre de représentants », répond Comi Toulabar, spécialiste du Togo à Science Po Bordeaux, avant de continuer : « Cependant, les personnes envoyées par la délégation sont les plus radicales dans les deux camps. Sont-ils prêts à faire des concessions ? Là est toute la question. »
Seule ombre au tableau, l’absence du président Faure Gnassingbé et celle de Tikpi Atchadam, leader du Parti national panafricain (PNR) et figure de proue des récentes mobilisations. Craignant pour sa sécurité, l’opposant sera représenté par un membre de son parti. « Il préfère rester dans la clandestinité », ajoute Comi Toulabar.
La constitution de 1992 : principal point de friction
Un document de quatre pages servira de feuille de route au dialogue. Douze points ont été retenus pour être débattus par les parties présentes. Le rétablissement de la Constitution de 1992, modifiée en 2002 par l’ancien président Gnassingbé Eyadema, incarne le principal point de friction entre les deux camps.
D’autres sujets moins connus sont aussi à l’ordre du jour. L’opposition devrait défendre le scrutin majoritaire à deux tours ainsi que le vote de la diaspora qui compte plus d’un million de Togolais. « La diaspora représente le poumon économique du pays, on l’appelle la sixième région du Togo », précise Comi Toulabar.
Une initiative qui laisse les Togolais sceptiques
Depuis des mois, le président Faure Gnassingbé continue de s’accrocher au pouvoir malgré les revendications portées par la population. Un mouvement contestataire qui ne semble pas s’essouffler. « Quand Tikpi Atchadam a appelé les Togolais à se mobiliser en août 2017, il ne s’attendait pas à ce que la contestation prenne une telle ampleur », explique Comi Toulabar.
Le fils de l’ancien président, Gnassingbé Eyadema, a été élu trois fois en 2005, 2010 et 2015 lors de scrutins contestés. Il a succédé à son père qui a régné sur le pays entre 1967 et 2005. « Les Gnassingbé sont au pouvoir depuis un demi-siècle. Pendant ce temps, une partie de la population est au chômage. Il y a une frustration économique au Togo », déclare Comi Toulabar.
Alors que l’ONU ou l’Union européenne ont salué la semaine dernière ce dialogue, les Togolais restent sceptiques. « C’est un peu comme la couleur d’une fiente de lézard. C’est noir avec un peu de blanc ou inversement. C’est pareil pour les Togolais, ils sont mitigés », résume Comi Toulabor.
À Lomé, les travaux du dialogue politique entre pouvoir et opposition ont démarré ce 19 février, après l’ouverture officielle, jeudi 15 février. Plusieurs personnalités de l’Église catholique ont proposé des solutions pour une sortie durable de la crise politique qui s’est accentuée depuis six mois.
Depuis août 2017 au Togo, des milliers de personnes manifestent à l’appel d’une coalition de 14 partis politiques pour réclamer le retour à la Constitution de 1992 et le départ du président Faure Gnassingbé. Depuis plusieurs semaines, à divers niveaux, des chrétiens ont donné des orientations pour une sortie durable de cette crise politique.
La Conférence des Évêques du Togo (CET) a, dans une lettre publique datant du 11 février, annoncé une semaine de prière du 16 au 23 février prochain, afin que le dialogue national, qui doit commencer le 15 février, « ouvre des perspectives sérieuses de dénouement de la crise ».
Dans cette lettre signée par le président de la CET, Mgr Benoît Alowonou, l’Église a invité à « un temps de prière intense pour le Togo qui, depuis quelques mois, traverse une crise sociopolitique profonde ». Les évêques ont aussi exhorté les fidèles à être en communion avec le pape François qui appelle à prier le 23 février pour la paix en République Démocratique du Congo, au Sud-Soudan et dans le monde, afin de « solliciter de Dieu, la conversion des cœurs, surtout de ceux qui détiennent le sort de ces pays [et du nôtre] et de ceux qui en sont impliqués d’une manière ou d’une autre ».
L’archevêque émérite de Lomé, Mgr Philippe Kpodzro, s’est, lui aussi, prononcé sur la crise, appelant à la « réhabilitation de la Constitution de 1992 dans son intégralité, avec toutes ses implications juridiques, et des élargissements enrichissants si nécessaire ».
Du départ de Faure Gnassingbé
Cet appel a été lancé au cours d’une conférence de presse qu’il a organisée à Lomé, le 14 février. Lors de cette rencontre avec la presse, Mgr Kpodzro a précisé que sa déclaration « suppose que le chef de l’État finisse complètement, convenablement et dignement son mandat actuel, et accepte de ne plus se représenter aux élections de 2020, ce qui sera tout à son plus grand honneur ». Dans sa longue déclaration, cet évêque a recommandé aux partis politiques et aux organisations de la société civile, « le culte de l’intérêt et du bien communs, au lieu de l’esprit partisan du ʺmoi ou rienʺ dont ils nous ont fait la démonstration jusque-là ». Très connu dans la vie politique du pays, Mgr Kpodzro avait présidé la Conférence nationale organisée en 1991 pour résoudre la crise sociopolitique qui secouait alors le pays.

Le père Pierre Marie-Chanel Affognon, aumônier national des cadres catholiques du Togo, est également intervenu sur le sujet. Dans un message adressé aux cadres politiques catholiques et aux acteurs du dialogue politique de février 2018, il a déclaré qu’il est « urgent pour chaque cadre, homme ou femme politique catholique, et pour tout homme et toute femme de bonne volonté, de prendre sa responsabilité en s’engageant davantage pour la paix sociale qui passe nécessairement par la justice sociale, l’État de droit et la démocratie ».
Pour un dialogue politique dans la vérité
« L’amour de la vérité ne doit jamais quitter la discussion politique qui s’ouvre », a-t-il ajouté avant d’encourager les participants du dialogue « à renoncer aux chemins de mensonge, d’orgueil, d’égocentrisme et de mort qui ont jusqu’ici déstabilisé notre vivre ensemble ainsi que le développement intégral de notre pays ».
Le prêtre togolais, par ailleurs directeur national de l’enseignement catholique, a recommandé aux politiques la lecture et la prise en compte de la doctrine sociale de l’Église, dans la gouvernance du pays. « Vous ne pouvez plus mettre une cloison étanche entre votre vie de foi et vos engagements ou responsabilités politiques », a-t-il indiqué aux cadres catholiques avant de les convier à ne pas baisser les bras, car l’avenir du Togo repose aussi sur leurs épaules.

 
MOTS CLES :  Dialogue   Pouvoir   Opposition   Lomé   Togo 

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