Lomé, 27 février 2025 – La capitale togolaise a vibré cette semaine au rythme d’un appel pressant lancé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour renforcer la Chimio Prévention Saisonnière du Paludisme (CPS), une stratégie clé dans la bataille contre cette maladie endémique qui continue de faucher des vies en Afrique subsaharienne. Réunis à Lomé du 25 au 28 février, experts, spécialistes, décideurs politiques, donateurs et partenaires se sont penchés sur l’évaluation des progrès réalisés et les défis à relever pour protéger les populations les plus vulnérables, notamment les enfants de moins de cinq ans, dans l’objectif ambitieux d’éliminer le paludisme d’ici à 2030.
Une rencontre au sommet pour un bilan crucial
Par ailleurs, cet événement, organisé en collaboration avec le ministère togolais de la Santé et le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP), a rassemblé une coalition impressionnante d’acteurs engagés dans la lutte contre ce fléau. « Il est temps d’agir avec plus de détermination pour sauver des vies », a martelé un représentant de l’OMS Togo lors de l’ouverture des travaux mardi. Au cœur des discussions : la CPS, une approche préventive qui consiste à administrer des doses mensuelles de médicaments antipaludiques aux enfants pendant la saison des pluies, période où les moustiques, vecteurs du parasite Plasmodium, prolifèrent.
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Le Togo, pays où le paludisme reste une cause majeure de mortalité infantile, a adopté cette stratégie depuis plusieurs années, suivant les recommandations de l’OMS émises en 2012. Dans des régions comme les Savanes, où la transmission atteint des pics saisonniers intenses, la CPS a déjà prouvé son efficacité. Des campagnes menées entre 2018 et 2023 ont permis de réduire de manière significative le nombre de cas graves, offrant une lueur d’espoir dans un combat qui semblait parfois sans fin.
Protéger les plus fragiles
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2020, l’OMS estimait que 241 millions de personnes avaient contracté le paludisme dans le monde, avec 627 000 décès, majoritairement en Afrique. Au Togo, les enfants de 3 mois à 5 ans, particulièrement exposés en raison de leur système immunitaire encore fragile, constituent une priorité absolue. La CPS, combinée à des mesures comme la distribution de moustiquaires imprégnées et la pulvérisation d’insecticides dans les foyers, vise à ériger un rempart autour de cette population vulnérable.
À Lomé, les experts ont partagé des données encourageantes issues de campagnes récentes. Dans certaines zones pilotes, la prévalence du paludisme chez les jeunes enfants a chuté de près de 40 % grâce à la CPS. « Ces résultats montrent que nous sommes sur la bonne voie, mais il faut intensifier les efforts », a souligné un épidémiologiste présent à la rencontre. Les partenaires financiers, dont le Fonds Mondial et l’UNICEF, ont été exhortés à accroître leurs investissements pour élargir la couverture géographique et atteindre les communautés les plus reculées.
Des défis persistants contre le paludisme
Malgré ces avancées, les obstacles ne manquent pas. La logistique reste un casse-tête dans des régions comme les Savanes ou les Plateaux, où les routes impraticables pendant la saison pluvieuse compliquent l’acheminement des médicaments. À cela s’ajoutent les réticences de certaines communautés, parfois méfiantes envers les traitements préventifs, et le manque de personnel formé pour administrer les doses. « Nous devons renforcer la sensibilisation et impliquer davantage les leaders locaux », a plaidé une spécialiste en santé publique, insistant sur l’importance d’une approche communautaire.
Un autre défi majeur évoqué à Lomé concerne l’évolution des résistances aux antipaludiques. Les experts ont alerté sur la nécessité de surveiller de près l’efficacité des médicaments utilisés dans la CPS, comme l’amodiaquine et la sulfadoxine-pyriméthamine, pour éviter que le parasite ne s’adapte. « Sans une pharmacovigilance rigoureuse, nos efforts pourraient être compromis », a averti un parasitologue lors d’une session technique.
Vers l’élimination du paludisme
En plus, l’OMS ne cache pas son ambition : faire du Togo un modèle dans la région ouest-africaine en éliminant le paludisme d’ici à 2030. Cet objectif, inscrit dans la feuille de route mondiale contre la maladie, repose sur une combinaison de prévention, de diagnostic rapide et de traitement efficace. À Lomé, les décideurs togolais ont réaffirmé leur engagement, promettant d’intégrer les leçons tirées de cette rencontre dans le Plan Stratégique National 2025-2030, en cours d’élaboration.
La CPS, déjà déployée avec succès dans des pays voisins comme le Mali et le Burkina Faso, pourrait devenir un levier décisif au Togo. « Chaque enfant protégé aujourd’hui est une victoire pour demain », a déclaré un ministre adjoint à la Santé, saluant le partenariat avec l’OMS et les donateurs. Les participants ont également exploré des innovations, comme l’utilisation de drones pour livrer des médicaments dans les zones isolées, une piste qui pourrait révolutionner les campagnes futures.
Un appel à l’unité
En clôture de cette première journée, l’OMS a lancé un vibrant appel à l’unité. « La santé pour tous ne sera pas une réalité tant que le paludisme continuera de tuer nos enfants », a rappelé un haut responsable, exhortant les partenaires à redoubler d’engagement financier et technique. Alors que les travaux se poursuivent jusqu’au vendredi 28 février, Lomé se positionne comme un carrefour stratégique dans cette lutte régionale, où chaque pas compte pour arracher le Togo et l’Afrique aux griffes de cette maladie millénaire.
Dans les rues de la capitale, l’écho de cette mobilisation résonne déjà. Pour les familles des quartiers populaires de Lomé, la CPS n’est pas qu’un acronyme : c’est une promesse de jours meilleurs, loin des fièvres et des deuils. La concrétisation de cette volonté collective représente un défi majeur pour le Togo, mais sa détermination laisse entrevoir une issue favorable.