Dans les rues de Dakar, les discussions tournent désormais autour d’un seul sujet : la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Depuis l’annonce du limogeage du chef du gouvernement et la dissolution de l’équipe ministérielle, le climat politique sénégalais s’est brusquement alourdi.
Devant certaines permanences du Pastef, militants et sympathisants se relaient depuis plusieurs heures. Entre incompréhension, colère et inquiétude, beaucoup peinent encore à croire à l’implosion du duo qui incarnait, il y a encore quelques mois, l’espoir d’une nouvelle gouvernance au Sénégal.
« Nous pensions qu’ils resteraient unis jusqu’au bout », confie un jeune militant rencontré dans le quartier des Parcelles Assainies. « Aujourd’hui, les gens ont l’impression qu’on revient aux anciennes pratiques politiques que le mouvement dénonçait. »
Une fracture devenue visible au fil des mois
Dans les cercles politiques dakarois, plusieurs observateurs affirment pourtant que les tensions entre les deux hommes n’étaient plus un secret. Derrière l’image d’un pouvoir soudé, des divergences apparaissaient progressivement sur la manière de gouverner, la stratégie diplomatique et les choix économiques.
D’un côté, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les déplacements internationaux et les rencontres avec les partenaires traditionnels du pays, cherchant à rassurer les bailleurs et les investisseurs dans un contexte économique difficile.
De l’autre, Ousmane Sonko continuait d’incarner, pour une partie de la base militante, la ligne dure du souverainisme et de la rupture avec les anciens équilibres politiques.Cette opposition de styles a progressivement nourri une méfiance interne qui a fini par éclater au grand jour.
Le Pastef face au risque de division
Au sein même du parti présidentiel, les positions semblent désormais se radicaliser. Plusieurs cadres réputés proches d’Ousmane Sonko ont déjà quitté certaines fonctions administratives ou suspendu leurs activités politiques en attendant de connaître les prochaines orientations du mouvement. Dans les marchés, les universités et les transports publics de Dakar, beaucoup redoutent désormais une bataille ouverte entre les deux camps.
« Le problème, c’est que la majorité des militants de terrain reste attachée à Sonko », analyse un enseignant en sciences politiques à l’Université Cheikh-Anta-Diop. « Si cette fracture se confirme, le pouvoir risque de perdre une partie importante de sa base populaire. »
L’Assemblée nationale sous haute tension
L’autre interrogation concerne désormais l’équilibre des forces au Parlement. Plusieurs députés du Pastef pourraient refuser de soutenir sans réserve le futur gouvernement nommé par la présidence. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, certains élus évoquent déjà des discussions internes autour d’une éventuelle motion de censure si les tensions venaient à s’aggraver.
Même si aucun scénario de blocage institutionnel n’est officiellement confirmé, l’hypothèse inquiète jusque dans les milieux économiques, où l’on craint une période prolongée d’instabilité politique.
Une rupture aux conséquences encore imprévisibles
Pour de nombreux Sénégalais, cette crise marque surtout la fin symbolique d’un récit politique bâti autour de la loyauté, du sacrifice militant et du projet de rupture porté depuis plusieurs années par Pastef. Dans plusieurs quartiers populaires de Dakar, les débats se prolongent tard dans la nuit. Certains soutiennent le choix présidentiel au nom de la stabilité de l’État. D’autres dénoncent ce qu’ils considèrent comme une trahison politique.
Une chose paraît toutefois certaine : au-delà du simple remaniement gouvernemental, le Sénégal vient d’entrer dans une nouvelle phase politique dont les conséquences pourraient durablement remodeler les rapports de force jusqu’à l’élection présidentielle de 2029.


















