Malgré un cadre juridique moderne, les coopératives agricoles togolaises peinent encore à enrichir leurs membres. La Coordination togolaise des organisations paysannes et de producteurs agricoles (CTOP), en partenariat avec le Mécanisme forêts et paysans (FFF), a réuni, ce 10 avril 2026 à Lomé, des experts et des producteurs afin de dessiner les contours d’un nouveau modèle coopératif, loin de la simple gestion de subsistance.
Le constat est lucide : au Togo, l’étiquette « coopérative » ne rime pas encore avec « prospérité ». Si l’Acte uniforme de l’OHADA offre depuis des années un cadre juridique aux sociétés coopératives, la réalité du terrain reste marquée par une fragilité structurelle. C’est pour briser ce plafond de verre que la CTOP et ses partenaires ont ouvert un chantier crucial.

Des objectifs clairs pour un modèle viable
Cet atelier de partage et d’enrichissement du rapport sur le modèle coopératif poursuivait trois objectifs majeurs :
- partager les expériences de modèles coopératifs réussis au Togo et à l’international (Tunisie, Burundi, etc.) ;
- enrichir le modèle proposé par la personne ressource, en tenant compte des réalités locales ;
- définir une feuille de route claire pour la mise en place de coopératives agricoles viables, économiquement solides et socialement performantes.

L’inspiration venue d’ailleurs
Pour nourrir cette réflexion, la CTOP n’a pas travaillé en vase clos. Les participants ont étudié des modèles de réussite venus d’autres horizons. Des plateformes agricoles du Burundi aux structures de gestion de l’eau et des terres en Tunisie, l’objectif est d’extraire le meilleur des expériences internationales afin de l’adapter au contexte togolais.
La personne ressource sollicitée a présenté un prototype de « coopérative de nouvelle génération », reposant sur une gouvernance renforcée et une séparation nette entre la direction stratégique et la gestion opérationnelle, une faille souvent identifiée dans les organisations locales.

Créer de la richesse plutôt que gérer la pauvreté
Le rapport enrichi lors de ces travaux met l’accent sur quatre leviers de transformation :
- diversification des services : la coopérative doit aller au-delà de la collecte des récoltes et offrir des intrants, des conseils techniques et des solutions de financement ;
- choix des filières porteuses : cibler les secteurs à fort potentiel pour mieux organiser les marchés collectifs et peser face aux acheteurs ;
- transparence financière : instaurer des mécanismes rigoureux de redistribution des bénéfices afin de regagner la confiance des sociétaires ;
- économie d’échelle : se regrouper pour acheter à moindre coût et vendre à de meilleurs prix.
Une feuille de route pour passer à l’action
Loin des grandes déclarations, l’atelier a débouché sur une feuille de route opérationnelle. Ce document définit les étapes clés pour que les organisations paysannes togolaises deviennent des acteurs économiques viables et performants, capables de garantir un revenu décent aux producteurs.
Au-delà de l’économie, l’ambition est également sociale : bâtir des coopératives capables de renforcer la solidarité, la gouvernance participative et l’inclusion des femmes et des jeunes.
Le défi de la mise en œuvre
Le défi est désormais de passer du papier au champ. Si la théorie semble solide, le succès dépendra de la capacité des dirigeants paysans à insuffler un esprit entrepreneurial au sein de leurs communautés.
Alors que le Togo ambitionne de devenir un pôle agro-industriel régional, cette transformation du modèle coopératif constitue-t-elle le chaînon manquant pour assurer une croissance qui profite enfin à la base de la pyramide ?


























