Nigéria : Un cartel mexicain de méthamphétamine démantelé à Oyo par la NDLEA

Un raid d’envergure mené par la NDLEA dans l’État d’Oyo a permis de démanteler un laboratoire clandestin hautement fortifié. Parmi les personnes arrêtées figure un ingénieur chimiste mexicain de 56 ans, dépêché par les cartels pour transformer le sud-ouest du Nigeria en hub de drogues synthétiques.

C’est une forteresse invisible, enfouie sous la canopée tropicale du village de Tapa, dans la zone de gouvernement local d’Ibarapa Nord, dans l’État d’Oyo. À l’intérieur, pas de machines agricoles, mais un complexe industriel ultramoderne destiné à la fabrication à grande échelle de méthamphétamine. Le mercredi 17 juin 2026, les unités tactiques de l’Agence nationale nigériane de lutte contre la drogue (NDLEA) ont pris d’assaut ce laboratoire clandestin, mettant ainsi au jour une alliance criminelle transatlantique particulièrement préoccupante.

L’opération s’est soldée par la saisie de matériels et de produits chimiques d’une valeur de plusieurs milliards de nairas, ainsi que par l’interpellation de cinq membres clés du réseau. Parmi eux figure une prise majeure : Jose Villa Ochoa, un ressortissant mexicain âgé de 56 ans. Selon les enquêteurs, cet homme est un « cuisinier » expérimenté, un expert technique recruté en Amérique latine pour superviser la synthèse de cristaux de drogue d’une pureté industrielle.

« Breaking Bad » dans la forêt d’Oyo

Au lendemain du raid, soit le 18 juin, les experts scientifiques de la Direction de la surveillance médico-légale et chimique de la NDLEA ont investi le site afin de cartographier l’installation. Ce qu’ils ont découvert dépasse largement le stade artisanal. L’infrastructure abritait une véritable chaîne de production chimique de niveau industriel.

Le cœur de cette usine reposait sur un réacteur chimique d’énorme capacité, connecté à deux unités de distillation, trois mélangeurs-condenseurs sur mesure et deux déshydrateurs industriels conçus pour le séchage rapide des cristaux. L’inventaire des précurseurs chimiques saisis par l’agence témoigne de l’importante capacité de production du site :

  • De la phényl-2-propanone (P2P), précurseur de base indispensable et étroitement surveillé ;

  • 1 800 litres d’acide phénylacétique, utilisé pour la synthèse du P2P ;

  • 360 litres de substance cristalline blanchâtre en cours de traitement, répartis dans deux fûts ;

  • 720 litres de liquide sombre en phase avancée de synthèse ;

  • Plus de 2,5 tonnes de soude caustique, soit 101 sacs de 25 kg ;

  • De l’acide sulfurique, de l’acide tartrique, de l’acide thioglycolique ainsi que plusieurs rouleaux de papier aluminium industriel.

Par ailleurs, des tests rigoureux réalisés sur le terrain par les chimistes légistes ont immédiatement confirmé que les échantillons prélevés réagissaient positivement à la méthamphétamine pure.

L’ombre des cartels d’Amérique latine sur le golfe de Guinée

Quatre Nigérians, soupçonnés d’assurer la logistique locale et la protection du site, ont été arrêtés aux côtés de l’expert mexicain : Maxwell Uche Nevoh (30 ans), Olatunji Yusuf (37 ans), Bankole Akeem Owolabi (45 ans) et Ganiu Monsiu (43 ans).

Depuis le quartier général de la NDLEA à Abuja, le président de l’agence, le général de brigade à la retraite Buba Marwa, représenté par le directeur des médias Femi Babafemi, a salué le professionnalisme des forces d’intervention. Pour l’agence, la présence d’un ingénieur mexicain sur le sol nigérian démontre que la menace a changé d’échelle et revêt désormais une dimension profondément transnationale.

« Les réseaux criminels tentent désespérément d’établir un hub de production de drogues synthétiques dans le sud-ouest du Nigeria », s’est alarmée la direction de la NDLEA.

Enfin, ce démantèlement intervient à peine quatre semaines après la destruction d’un autre laboratoire clandestin de grande ampleur dissimulé dans les forêts de l’État voisin d’Ogun. Pour les autorités nigérianes, la bataille ne fait que commencer : les forêts de la région ne deviendront pas la nouvelle base arrière des cartels internationaux. L’ensemble des pièces à conviction a d’ores et déjà été transféré et placé sous scellés en vue d’un procès qui s’annonce majeur devant la justice fédérale.

Nigeria : Lagos accueille la 6ᵉ Conférence d’affaires Canada-Afrique sous l’impulsion de Zenith Bank

La 6e Conférence d’affaires Canada-Afrique s’est ouverte ce mercredi à Lagos. Porté par le géant bancaire Zenith Bank et sa dirigeante, l’événement scelle une alliance économique estimée à plusieurs milliards de dollars entre Ottawa et les marchés africains.

Lagos ne dort jamais, surtout lorsqu’il s’agit de structurer la finance continentale. En effet, ce mercredi 24 juin 2026, la capitale économique nigériane est devenue l’épicentre des relations économiques entre le Canada et l’Afrique avec l’ouverture de la 6e Conférence d’affaires Canada-Afrique. Organisé par la Chambre de commerce Canada-Afrique, ce sommet de deux jours affiche une ambition claire : transformer le potentiel du commerce transcontinental en opportunités d’affaires concrètes.

Pour piloter cette grand-messe, un partenaire de poids s’est imposé comme sponsor principal : Zenith Bank Plc. Aux commandes, une figure incontournable du secteur bancaire nigérian, Dame Dr Adaora Umeoji, directrice générale du groupe. C’est elle qui accueille à Lagos une délégation de haut niveau composée de ministres, de PDG et d’investisseurs institutionnels.

L’axe Ottawa-Lagos : franchir le cap des 3 milliards de dollars

Le calendrier de cette conférence n’a rien d’anodin. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, les échanges bilatéraux entre le Canada et le Nigeria ont franchi la barre historique des 3 milliards de dollars, faisant du géant ouest-africain le deuxième partenaire commercial d’Ottawa sur le continent.

Dans un message officiel adressé aux délégués, le Premier ministre canadien, Mark Carney, a salué cette initiative, y voyant un levier essentiel pour « stimuler une collaboration concrète et une croissance partagée ». Cette vision a d’ailleurs été relayée à Lagos par le ministre canadien du Commerce international, l’honorable Maninder Sidhu. Pour le représentant canadien, les corridors de croissance ne se limitent plus aux matières premières traditionnelles :

« Il existe un énorme potentiel pour développer davantage cette relation, notamment dans les services financiers, les infrastructures, l’énergie, les minéraux critiques, l’agriculture et les technologies propres », a affirmé l’honorable Maninder Sidhu.

Adaora Umeoji, l’architecte des partenariats transcontinentaux

Pour que ces ambitions politiques se traduisent en contrats, l’expertise de Zenith Bank s’avère stratégique. Sous l’impulsion de sa directrice générale, Adaora Umeoji, l’institution financière se positionne comme un relais essentiel pour sécuriser les investissements directs étrangers (IDE) grâce à des solutions de trésorerie, de financement du commerce et de banque d’affaires répondant aux standards internationaux.

« L’opportunité qui s’offre à nous est considérable », a martelé Dame Dr Adaora Umeoji lors de son allocution. Pour la patronne du groupe bancaire, l’engagement de l’institution va bien au-delà du cadre formel du sommet : « Notre rôle est de permettre la création d’emplois, le développement des infrastructures et de stimuler une prospérité durable entre nos nations. »

Lagos, nouveau hub mondial de l’innovation

Par ailleurs, le choix de Lagos comme ville hôte de cette édition, soutenue par d’autres groupes de premier plan comme GardaWorld ou Dentons, confirme le statut grandissant de la mégapole nigériane. Selon Garreth Bloor, président de la Chambre de commerce Canada-Afrique, la ville offre le cadre idéal pour écrire « ce nouveau chapitre qui met en valeur l’excellence nigériane et l’ambition canadienne ».

Au cours des deux journées de travaux, les tables rondes interactives et les sessions de matchmaking B2B vont se succéder. L’objectif est clair : capitaliser sur l’expertise canadienne en technologies propres et en exploitation minière durable, tout en s’appuyant sur la profondeur du marché nigérian pour conquérir de nouveaux marchés à l’échelle mondiale.

Togo : Quand la justice de la CEDEAO s’invite dans le débat constitutionnel de Lomé

Un arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO bouscule l’échiquier politique togolais. En invoquant les principes de la Charte africaine de la démocratie, la juridiction régionale fragilise la légitimité de la transition parlementaire votée à Lomé en 2024.

C’est un pavé dans la lagune de Lomé dont les ondes de choc secouent la scène politique togolaise depuis quelques jours. Saisie par des acteurs de l’opposition et de la société civile, la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a rendu une décision majeure. Selon plusieurs sources juridiques concordantes, les juges communautaires ont estimé que la réforme constitutionnelle adoptée par le Togo en mars 2024 portait atteinte aux principes démocratiques régionaux.

Au cœur de cet imbroglio juridique se pose une question fondamentale pour l’avenir de la gouvernance en Afrique de l’Ouest : une révision constitutionnelle, même votée par un Parlement, peut‑elle être qualifiée de manœuvre de contournement du pouvoir politique ? Pour la Cour, la réponse penche vers l’affirmative lorsque le timing, les mécanismes institutionnels et les effets combinés de la réforme tendent à neutraliser le principe d’alternance.

L’ombre de l’article 23 de la CADEG

Pour fonder son analyse, la Cour s’est appuyée sur un texte contraignant et central : la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG), et plus spécifiquement son article 23. Ce pilier du droit public africain condamne explicitement tout amendement ou révision des Constitutions qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique.

En s’appuyant sur cette base, la Cour de justice régionale a franchi un cap sémantique et juridique en assimilant la manœuvre à un abus du pouvoir de révision constitutionnelle. Pour rappel, en mars 2024, le Togo avait basculé d’un régime semi‑présidentiel à un système pleinement parlementaire, transformant le mode d’élection du chef de l’État et concentrant l’essentiel du pouvoir exécutif entre les mains d’un Président du Conseil des ministres, un poste taillé, selon ses détracteurs, pour maintenir Faure Essozimna Gnassingbé en place.

Une décision nuancée aux effets politiques puissants

L’arrêt de la CEDEAO ne s’apparente pas pour autant à une victoire totale pour les requérants togolais. Fidèle à sa rigueur, la Cour a rejeté certaines demandes, notamment le grief lié à la violation du droit des citoyens de participer directement à la conduite des affaires publiques. Cette nuance juridique démontre que les juges n’ont pas cherché à annuler en bloc la souveraineté législative du Togo, mais à en baliser les dérives potentielles au regard des traités internationaux signés par Lomé.

Pour l’opposition togolaise, cet arbitrage représente un triomphe symbolique retentissant après deux années de contestation étouffée. Pour les autorités de Lomé, habituées à défendre farouchement le principe de non‑ingérence dans les affaires intérieures, l’arrêt pose un sérieux défi de diplomatie juridique.

À l’heure où l’espace ouest‑africain est traversé par de profondes crises de légitimité institutionnelle, le signal envoyé par la Cour de la CEDEAO dépasse les frontières du Togo. Il rappelle à l’ensemble des chancelleries du continent qu’un texte de loi, aussi souverain soit‑il, reste soumis au regard du droit communautaire dès lors qu’il touche au cœur du pacte démocratique : la confiance des citoyens dans la transparence des règles du jeu.

Togo : Charles Kokouvi Gafan prend la tête de l’AGET

Le directeur pays d’Africa Global Logistics (AGL) succède à Jonas Aklesso Daou à la présidence de l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET). Ce changement de leadership intervient alors que Lomé accélère son positionnement de hub logistique régional.

Lomé, 24 juin 2026 – Dans le microcosme des affaires à Lomé, son nom reste indissociable des infrastructures portuaires et des nombreux flux de marchandises. Charles Kokouvi Gafan, le très discret mais influent Directeur pays d’Africa Global Logistics (AGL, ex‑Bolloré Africa Logistics), vient d’ajouter une nouvelle ligne de poids à son curriculum vitae. Il prend officiellement la présidence de l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET), le puissant lobby qui rassemble les poids lourds économiques du pays.

Il succède à Jonas Aklesso Daou, le patron des groupes Zener et Diwa International, qui pilotait l’association depuis septembre 2020. De fait, en passant du secteur de l’énergie et de la distribution automobile à celui de la logistique lourde, l’AGET choisit un profil résolument taillé pour les ambitions macroéconomiques de la feuille de route gouvernementale « Togo 2025‑2026 ».

Le pur produit de la performance logistique

Charles Kokouvi Gafan n’est pas un novice des cercles de pouvoir économique. Homme de réseaux, réputé pour sa rigueur managériale, il a traversé les transitions majeures du secteur logistique togolais, notamment le rachat historique des actifs de Bolloré par le géant italo‑suisse MSC, devenu AGL. D’ailleurs, sous sa houlette, la filiale togolaise a su maintenir son ancrage stratégique autour du Port Autonome de Lomé (PAL), l’unique port en eau profonde de la sous‑région.

Ceux qui le côtoient décrivent un dirigeant pragmatique, rompu aux négociations complexes avec l’administration publique et doté d’une fine compréhension des barrières douanières et des corridors ouest‑africains. Autant d’atouts qui expliquent pourquoi ses pairs lui ont confié les clés de l’AGET.

Les chantiers du nouveau patron des patrons

En prenant la suite de Jonas Daou, dont le mandat a été marqué par la résilience post‑Covid et l’accompagnement des réformes fiscales, Charles Gafan hérite d’une association en première ligne face aux mutations économiques. Ainsi, le nouveau président de l’AGET devra répondre à plusieurs urgences pour le secteur privé d’élite :

  • L’intégration régionale : accélérer la mise en œuvre de la Zlecaf (Zone de libre‑échange continentale africaine) pour les industries togolaises.

  • Le dialogue public‑privé : maintenir une concertation fluide avec le gouvernement sur l’attractivité des investissements étrangers et la pression fiscale.

  • La transition énergétique et numérique : pousser les grandes entreprises vers des standards de décarbonation, un sujet que Charles Gafan maîtrise déjà via les corridors verts développés dans la logistique.

En somme, en portant à sa tête le patron du premier opérateur logistique du pays, l’AGET affiche clairement ses ambitions : le patronat togolais veut parler d’une voix forte, connectée aux réalités du commerce mondial. Pour Charles Kokouvi Gafan, le défi ne fait que commencer.

Ghana : Réseau de traite démantelé, des Togolais arrêtés

Une opération d’envergure menée par les forces de sécurité ghanéennes dans la région d’Ashanti a conduit à l’arrestation de 186 suspects, dont la redoutée « Mama Gee ». Parmi les personnes interpellées figurent plusieurs ressortissants nigérians et togolais, mettant en lumière la porosité des frontières face au crime organisé.

La lutte contre les réseaux criminels transfrontaliers vient de franchir un cap important en Afrique de l’Ouest. Entre le 8 et le 17 juin 2026, une unité spéciale de la police ghanéenne, agissant en étroite coordination avec le commandement de la région d’Ashanti, a mené une série de raids coordonnés. Le bilan est lourd : 186 arrestations et le démantèlement d’une filière spécialisée dans la traite des êtres humains, l’exploitation sexuelle et le trafic de stupéfiants.

Les forces de l’ordre ont ciblé plusieurs places fortes de la criminalité locale, notamment dans les quartiers d’Asafo, Asokwa, Buokrom, Krofrom, Asawase et Old Tafo Ahenbronum. Les profils des personnes placées en garde à vue confirment, par ailleurs, la dimension ouest-africaine de l’organisation : la police a interpellé 86 Ghanéens, 96 Nigérians et 4 Togolais.

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La chute de « Mama Gee »

Le point d’orgue de cette offensive policière est intervenu le 9 juin dans la localité de Kenyase Aframa. C’est là que les enquêteurs ont mis la main sur Gladys Ibrahim, alias « Mama Gee ». Présentée par les autorités comme l’un des cerveaux et l’un des pivots logistiques du réseau, elle dirigeait une véritable entreprise criminelle. C’est d’ailleurs lors de son arrestation que les forces de l’ordre ont intercepté le contingent composé de 96 Nigérians et de 4 Togolais.

Si le rôle exact des quatre ressortissants togolais reste à préciser au fil de l’instruction, de lourds soupçons de complicité dans la traite de mineurs pèsent sur eux. Au Ghana, les autorités ont considérablement renforcé la législation en matière de traite de mineurs ces dernières années et prévoient désormais de lourdes peines d’emprisonnement.

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Des mineurs secourus et un défi diplomatique

Par ailleurs, l’opération a surtout permis de secourir plusieurs victimes retenues dans les filets du réseau, parmi lesquelles figuraient des mineurs. Ces derniers ont immédiatement été pris en charge par les services ghanéens de protection de l’enfance.

Pour les victimes de nationalité étrangère, une course contre la montre s’est engagée entre les services d’immigration et les représentations diplomatiques. Les autorités des pays concernés devraient, à travers leurs canaux consulaires à Accra, être sollicitées afin de faciliter l’identification et le rapatriement de leurs ressortissants vulnérables.

Cette affaire intervient alors que Lomé a récemment renforcé son arsenal juridique contre la traite des êtres humains. Elle rappelle surtout l’urgence d’une coopération policière et judiciaire renforcée entre le Ghana, le Togo et le Nigeria pour démanteler les réseaux de traite et d’exploitation sexuelle qui sévissent dans le golfe de Guinée. À Accra comme à Kumasi, la police assure que l’enquête ne fait que commencer.

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Kara : plus d’un milliard FCFA pour l’inclusion de 125 personnes handicapées

Financés sur fonds propres de l’État togolais pour un montant proche d’un milliard de francs CFA, des kits complets d’installation professionnelle ont été remis lundi à Kara à 125 bénéficiaires en situation de handicap, dans le cadre d’un projet national appelé à couvrir l’ensemble des régions du pays.

Dans la cour du gouvernorat de la région de la Kara, ils étaient 125, répartis dans 25 corps de métier, à recevoir lundi matin ce qui représente, pour beaucoup, la concrétisation de plusieurs mois de formation : des kits complets de matériel d’installation professionnelle, comprenant les outils, équipements et accessoires nécessaires à l’ouverture d’un atelier. En parallèle, les autorités ont remis 180 technologies d’assistance — béquilles, cannes blanches, fauteuils roulants et tricycles — pour atténuer les difficultés de mobilité qui freinent, au quotidien, l’accès des personnes handicapées à la vie économique.

Cette remise officielle s’inscrit dans le cadre du Projet d’appui à l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées au Togo (PAISPHT). Doté d’une durée de trente-six mois, ce projet relève du ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, qui en assure la maîtrise d’œuvre. Particularité notable de cette initiative : contrairement à d’autres programmes similaires souvent adossés à l’aide internationale, l’État togolais en assure intégralement le financement, pour un investissement total avoisinant le milliard de francs CFA.

« Ces kits ouvrent à chacun la voie vers la concrétisation de son projet d’atelier et vers une autonomie socioprofessionnelle durable », a déclaré Martine Moni Sankaredja, ministre des Solidarités.

Gouvernorat de la Région de Kara
© Gouvernorat de la Région de Kara

Une ministre et un gouverneur autour d’un même signal politique

La ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, Martine Moni Sankaredja, a présidé la cérémonie de remise en présence du gouverneur de la région de la Kara, le Général Komlan Adjitowou, ainsi que de plusieurs autorités locales et régionales. Dans son intervention, elle a mis en avant la cohérence de cette action avec les engagements pris par le gouvernement en matière de protection des personnes vulnérables et de promotion du travail inclusif.

De son côté, le gouverneur Adjitowou a insisté sur la portée sociale de la démarche. Il a souligné l’impact attendu de ces dotations, non seulement sur l’autonomie individuelle des bénéficiaires, mais aussi sur l’épanouissement collectif et, plus particulièrement, sur les perspectives offertes à la jeunesse en situation de handicap dans une région septentrionale où l’emploi formel demeure limité.

Gouvernorat de la Région de Kara
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Une diversité de profils au service du tissu économique local

Les kits remis couvrent une large palette de 25 corps de métier, reflétant la diversité des formations suivies par les bénéficiaires. Aux métiers artisanaux traditionnels tels que la couture, la coiffure, la menuiserie ou la maçonnerie s’ajoutent des filières techniques et de services comme l’électricité bâtiment, la plomberie, la mécanique automobile, la restauration ou encore l’informatique. Cette diversité sectorielle vise à favoriser l’insertion des nouveaux artisans dans les différents segments de l’économie locale de la Kara.

Gouvernorat de la Région de Kara
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Kara, point de départ d’un déploiement national

La région de la Kara a été choisie pour inaugurer le volet « remise de matériel » du PAISPHT. La cérémonie du 23 juin marque ainsi le coup d’envoi d’une initiative destinée à s’étendre progressivement à l’ensemble des régions du Togo. Cette montée en charge répond à une logique de déploiement par étapes, désormais classique dans la conduite des projets sociaux d’envergure nationale. Reste toutefois la question du calendrier : les autorités n’ont communiqué aucun échéancier précis concernant les régions Maritime, des Plateaux, Centrale et des Savanes à l’issue de la cérémonie.

Ce lancement intervient alors que les politiques de l’emploi au Togo ont longtemps laissé en marge l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées. Malgré les réformes engagées ces dernières années, les personnes en situation de handicap continuent de se heurter à des barrières — physiques, sociales et institutionnelles — qui limitent durablement leur participation à la vie économique, comme l’avaient rappelé, en mai dernier, les organisateurs du forum régional de l’emploi à Kara, porté par Handicap International et la GIZ. L’initiative gouvernementale vient ainsi compléter un écosystème d’appui qui associe depuis plusieurs années acteurs publics, organisations non gouvernementales et partenaires de la coopération internationale.

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Un investissement souverain pour réduire la dépendance à l’aide extérieure

Le choix d’un financement exclusivement national mérite d’être souligné. Dans un secteur où l’essentiel des programmes d’inclusion du handicap repose sur des bailleurs extérieurs — l’USAID, la coopération allemande via la GIZ ou encore le système des Nations unies —, la décision du gouvernement togolais d’inscrire le PAISPHT dans son propre budget constitue un signal politique. Le projet figure d’ailleurs parmi les priorités d’exécution identifiées lors de la revue annuelle des activités 2025 du ministère des Solidarités, aux côtés du Projet d’autonomisation des femmes rurales (PAFeRT), confirmant ainsi son ancrage dans la feuille de route ministérielle pour 2026.

L’objectif affiché est ambitieux : permettre à plus d’un million de personnes handicapées de lancer ou de développer des activités génératrices de revenus, selon les termes employés par la République togolaise pour présenter le projet. Ce chiffre — qui correspond approximativement à l’ensemble de la population togolaise vivant avec un handicap, d’après les estimations disponibles — laisse entrevoir que la cérémonie de Kara ne constitue qu’un premier jalon d’un programme d’une ampleur bien supérieure aux 125 bénéficiaires de cette première phase de déploiement.

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Comment le Togo compte investir les 200 millions de dollars de la Banque mondiale

Le Groupe de la Banque mondiale a validé une enveloppe majeure en faveur de Lomé pour financer son Programme d’amélioration des services logistiques et de transport (PASLT). Un coup d’accélérateur pour l’ambition togolaise de s’imposer comme le hub incontournable de l’hinterland ouest-africain.

Le Port autonome de Lomé (PAL), seul port naturel en eau profonde de la sous-région, s’apprête à passer un nouveau cap structurel. Avec un trafic conteneurs passé de 311 500 EVP (Équivalent Vingt Pieds) en 2013 à 1,9 million en 2023, l’infrastructure asphyxie par son propre succès le réseau routier de la capitale. Pour y remédier et fluidifier les corridors logistiques, le gouvernement togolais vient de sécuriser un appui de 200 millions de dollars auprès de la Banque mondiale.

Ce financement massif va donner corps au Programme d’amélioration des services logistiques et de transport (PASLT), un projet conçu pour doper la compétitivité du pays face à ses rivaux de la côte ouest-africaine.

Le rail pour relier le port à la plateforme d’Adétikopé

Le premier volet — et sans doute le plus stratégique — de ce programme concerne la réhabilitation de la ligne ferroviaire reliant le Port de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA). Située à 27 kilomètres au nord de la capitale et opérationnelle depuis début 2022, la PIA dispose d’une capacité d’accueil de 12 500 conteneurs. En basculant le transfert de ces cargaisons vers le rail, Lomé espère désengorger définitivement les axes routiers urbains et accélérer le transit des marchandises vers les pays enclavés du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger).

Ensuite, l’enveloppe s’attaquera directement au quotidien des Loméens en ciblant la mobilité urbaine dans le Grand Lomé. L’objectif est de fluidifier le trafic et de réduire la congestion chronique provoquée par les flux incessants de poids lourds aux abords de la zone portuaire.

Enfin, cette modernisation jette un pont entre la réussite logistique côtière et le Togo profond. Ce dernier axe prévoit le renforcement de la connectivité entre les zones agricoles à fort potentiel (dans les régions de la Kara, des Savanes, des Plateaux et de la Plaine de Mô) et les marchés régionaux.

« Ce programme représente une opportunité stratégique majeure pour le Togo de renforcer sa position en tant que principal pôle de transport et de logistique de la sous-région », souligne Tony Verheijen, Représentant résident du Groupe de la Banque mondiale au Togo, précisant que ces infrastructures seront construites pour résister aux chocs du changement climatique.

Un portefeuille global de 1,5 milliard de dollars

Pour la Banque mondiale, ce coup de pouce s’inscrit dans une lune de miel financière durable avec Lomé. Le portefeuille de l’institution de Bretton Woods au Togo frôle désormais la barre des 1,5 milliard de dollars (1,49 milliard enregistré en mars 2026). Cette nouvelle enveloppe fait suite à un autre engagement de 150 millions de dollars acté fin 2025 pour booster l’emploi et l’investissement privé.

En inscrivant le transport, la logistique et l’agriculture comme les piliers de son Cadre de partenariat pays (CPF) 2025-2029, la Banque mondiale valide la feuille de route des autorités togolaises : faire du corridor logistique national le moteur d’une croissance inclusive, capable d’irriguer le secteur agricole tout en séduisant les investisseurs privés internationaux.

Le Togo vise 30 milliards FCFA sur le marché de l’UMOA

Le Trésor public togolais retourne sur le marché financier régional de l’Afrique de l’Ouest. Lomé vise une levée de 30 milliards de francs CFA (environ 45,7 millions d’euros) à travers une émission simultanée de titres, prévue pour ce vendredi 26 juin 2026.

Lomé maintient son rythme de croisière sur le marché des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Pour cette nouvelle sortie, l’Agence UMOA-Titres orchestrera une levée de fonds duale. En effet, le Trésor togolais s’appuiera à la fois sur des bons assimilables du Trésor (BAT) — des instruments de court terme — et sur des obligations assimilables du Trésor (OAT) pour ses besoins à moyen et long termes.

Dans le prolongement de sa stratégie de financement, cette opération s’inscrit dans le cadre du financement des infrastructures et de la couverture des besoins de trésorerie de l’État togolais pour l’exercice en cours.

Près de 40 % de l’objectif annuel déjà sécurisé

Pour le Togo, le succès de cette émission constitue une étape supplémentaire vers la réalisation de son plan de financement pluriannuel. Par ailleurs,  les autorités financières du pays ont fixé à 463 milliards de FCFA l’objectif de mobilisation pour l’ensemble de l’année 2026.

À mi-parcours, les indicateurs traduisent aussi une trajectoire maîtrisée :

  • Montant déjà levé : 181,5 milliards de FCFA depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 ;

  • Niveau de réalisation : près de 40 % de la cible annuelle.

Dans un environnement régional marqué par le durcissement des conditions monétaires et la remontée des taux d’intérêt au sein de la zone de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le Trésor togolais continue néanmoins de bénéficier d’un préjugé favorable auprès des investisseurs institutionnels — banques, compagnies d’assurances et organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) — de la sous-région.

En somme, le verdict de vendredi permettra non seulement d’apprécier le niveau de sursouscription de l’opération, mais aussi de mesurer le coût réel — à travers les taux de rendement exigés — que Lomé devra consentir pour capter cette nouvelle poche de liquidités.

Finances publiques au Togo : L’État siffle la fin de l’amateurisme budgétaire dans les communes

Après l’étape septentrionale de Kara, la ville de Kpalimé accueille la seconde vague du programme national de professionnalisation des finances locales. Pendant cinq jours, cent ordonnateurs et receveurs municipaux des régions méridionales s’initient aux exigences d’un budget « sincère et soutenable ».

Le Togo accélère la cadence de sa réforme de la décentralisation financière. En effet, depuis le lundi 22 juin, la ville de Kpalimé est devenue le centre névralgique de la gouvernance locale togolaise. Cent acteurs clés de l’exécution budgétaire — issus des régions des Plateaux, Maritime et du Grand Lomé — y participent à un séminaire intensif de cinq jours. Par ailleurs, L’enjeu est de transformer la gestion des communes pour en faire de véritables moteurs de développement.

Cette session fait suite à une première phase organisée à Kara pour les régions des Savanes, de la Kara et de la Centrale. Elle traduit également la volonté du gouvernement, sous l’impulsion du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, d’imposer une discipline financière rigoureuse aux collectivités locales, souvent confrontées au défi de l’optimisation de leurs ressources publiques.

Ministère des Finances et du Budget du Togo
© Ministère des Finances et du Budget du Togo

De l’amateurisme à la culture de la performance

Lors de la cérémonie d’ouverture, coprésidée par le préfet de Kloto, Assan Koku Bertin — représentant le gouverneur de la région des Plateaux, le général Dadja Maganawè —, et Apollinaire Elanyo Emegnimo, directeur adjoint du Trésor et de la comptabilité publique, le ton a été donné d’emblée.

En effet, dans un message délivré au nom du ministre de l’Économie et des Finances, Essowè Georges Barcola, l’accent a été mis sur le changement de paradigme nécessaire au niveau des municipalités :

« La collectivité territoriale constitue l’échelon privilégié d’identification des besoins des populations. Mais cette responsabilité accrue implique des exigences élevées en matière de compétence, de rigueur, de transparence et de redevabilité. »

Ainsi, la performance des élus locaux ne se mesurera plus aux promesses, mais à des indicateurs précis de gestion : le taux de recouvrement des recettes, l’efficience des dépenses, la gestion active de la trésorerie ainsi que le respect strict des délais de reddition des comptes.

Ministère des Finances et du Budget du Togo
© Ministère des Finances et du Budget du Togo

Fluidifier les relations entre ordonnateurs et receveurs

L’un des principaux points d’achoppement de la finance locale réside fréquemment dans la dualité — parfois conflictuelle — entre l’ordonnateur, le maire qui décide de la dépense, et le receveur, le comptable public chargé de son exécution. D’ailleurs, l’atelier de Kpalimé vise précisément à clarifier les rôles de chacun afin d’instaurer un contrôle interne efficace et de prévenir les risques d’irrégularités de gestion.

D’ici au 26 juin prochain, les formateurs s’attèleront à transmettre des outils pratiques pour atteindre quatre résultats majeurs :

  • Sincérité budgétaire : concevoir des budgets réalistes, débarrassés des recettes fictives et alignés sur les priorités locales ;
  • Maîtrise des procédures : sécuriser la chaîne de la dépense, depuis l’engagement initial jusqu’au paiement final ;
  • Contrôle des risques : mettre en place des verrous internes pour tarir les pertes de ressources ;
  • Crédibilité financière : renforcer la confiance des partenaires techniques et financiers envers les municipalités.

À l’heure où le Togo cherche à consolider l’ancrage de sa décentralisation, cette mise à niveau technique rappelle aussi une évidence souvent sous-estimée : la décentralisation politique reste stérile sans une autonomie financière solidement encadrée par la rigueur de l’État central.

Ministère des Finances et du Budget du Togo
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Ghana : Le NDC rebaptise son siège au nom de Jerry John Rawlings

En rebaptisant son siège national au nom du feu Flight Lieutenant Jerry John Rawlings, le Congrès national démocrate transforme un acte mémoriel en affirmation idéologique, à l’heure où le président John Dramani Mahama cherche à inscrire son « Reset Agenda » dans la continuité d’une révolution inachevée.

Il avait lui-même, dit-on, décliné toutes les propositions en ce sens. Selon les souvenirs livrés lundi à Accra par le président John Dramani Mahama, l’ancien chef de l’État ghanéen Jerry John Rawlings avait toujours refusé que son nom soit apposé sur un monument national de son vivant. C’est donc à titre posthume que le Congrès national démocrate (NDC) a choisi, ce 22 juin 2026 — date qui aurait marqué son 79ᵉ anniversaire —, de rebaptiser son siège national « Jerry John Rawlings House », en présence du chef de l’État, de la direction du parti et d’un parterre de fidèles rassemblés sous la bannière du thème retenu pour la cérémonie : « De la révolution à la Quatrième République : l’héritage Rawlings. »

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Le président Mahama a, dans la foulée, dévoilé un buste de bronze à l’effigie de l’homme d’État disparu en novembre 2020. Dans son allocution, il a appelé les Ghanéens à honorer cet héritage en défendant les valeurs que Rawlings avait érigées en étendard : probité, redevabilité et service désintéressé à la nation. Des principes que le NDC, depuis son retour au pouvoir à l’issue des élections de 2024, tente de traduire en programme de gouvernance.

« Rawlings avait toujours refusé que son nom soit apposé sur un monument national de son vivant », a déclaré John Dramani Mahama, à Accra, le 22 juin 2026.

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Une stratégie mémorielle soigneusement orchestrée

La cérémonie du 22 juin s’inscrit dans une séquence commémorative plus large inaugurée au début du mois de juin, désigné « NDC Month » par la direction du parti. Son secrétaire général, Fifi Fiavi Kwetey, avait alors présenté l’ensemble des manifestations prévues comme une occasion de « promouvoir l’éducation politique, la réflexion nationale et l’engagement civique, en particulier auprès de la jeunesse ». Le renommage du siège constitue l’acte central d’une stratégie narrative minutieusement planifiée.

La famille de Rawlings était représentée par l’un de ses enfants, dont la déclaration, reprise par la presse ghanéenne, soulignait que ce baptême était « bien plus qu’un geste symbolique ». Un point de vue partagé par plusieurs observateurs, qui voient dans cette initiative une manière pour le NDC de consolider, sur le terrain de la mémoire, une identité partisane mise à rude épreuve depuis la disparition de son fondateur.

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L’héritage contrasté du père de la Quatrième République

Né à Accra le 22 juin 1947 d’un père chimiste écossais et d’une mère originaire de la région de la Volta, Jerry John Rawlings gravit les échelons de l’armée de l’air ghanéenne jusqu’au grade de Flight Lieutenant. Le 4 juin 1979, il conduit un soulèvement militaire qui renverse le gouvernement du Conseil militaire suprême du général Fred Akuffo, avant de remettre brièvement le pouvoir à un gouvernement civil. Il revient aux affaires par un second coup de force en décembre 1981, qu’il convertit progressivement en transition constitutionnelle, fondant le NDC en 1992 et remportant la présidentielle la même année, devenant ainsi le premier président de la Quatrième République.

Il reste connu pour ses engagements contre la corruption et pour sa défense constante de la justice sociale et de l’émancipation économique des populations ghanéennes, notamment rurales. Sous sa présidence, le Ghana s’ouvre davantage à la scène internationale, renforce sa participation aux opérations de maintien de la paix des Nations unies et engage plusieurs réformes économiques sous l’égide du FMI. En 2000, il transmet pacifiquement le pouvoir au New Patriotic Party (NPP), une première dans l’histoire du pays. Il meurt en novembre 2020 et reçoit des funérailles nationales.

Ce tableau ne doit cependant pas occulter les zones d’ombre d’une trajectoire profondément paradoxale. Son administration fut marquée par des violations des droits humains et plusieurs épisodes politiques controversés, qui continuent d’alimenter une perception publique divisée. Des voix ghanéennes continuent de lui reprocher la violence qui accompagna ses prises de pouvoir. Son héritage demeure, selon les termes employés par de nombreux historiens, « à la fois influent et controversé ».

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Entre devoir de mémoire et stratégie politique

La date du 22 juin n’est pas anodine : elle correspond à la naissance de Rawlings, mais aussi, depuis 2012, au « Founder’s Day », fête nationale célébrant les fondateurs du Ghana. En choisissant ce jour, le NDC inscrit son fondateur dans une mémoire civique qui dépasse le cadre partisan. Le geste est aussi, pour le président Mahama, un rappel stratégique : la probité et la redevabilité, qu’il entend placer au cœur de son « Reset Agenda », ne constitueraient pas une rupture, mais la continuité d’une tradition inaugurée par Rawlings dès le soulèvement du 4 juin 1979.

Au-delà du Ghana, la mémoire de l’ancien chef de l’État continue d’entretenir une résonance panafricaine. En mai 2025, les autorités burkinabè ont baptisé une avenue de Ouagadougou du nom de Jerry John Rawlings, témoignant de l’influence que l’ancien président continue d’exercer bien au-delà des frontières de son pays.

Le pari mémoriel comporte toutefois ses risques. En institutionnalisant la figure de Rawlings, le NDC se contraint à assumer l’intégralité d’un héritage que ses propres partisans peinent parfois à homogénéiser. L’ambivalence demeure au cœur de la personnalité politique du Flight Lieutenant : révolutionnaire populaire pour les uns, dirigeant autoritaire pour les autres. Ce n’est pas un buste de bronze qui tranchera ce débat, mais c’est peut-être, pour le NDC, précisément là tout l’intérêt d’en avoir érigé un.