Plus de 600 sapeurs-pompiers ont manifesté ce 29 janvier 2026 dans les rues de la capitale des Flandres(Lille). Entre sous-effectif chronique et déficit budgétaire, le mouvement souligne l’épuisement d’un modèle de secours sous tension permanente.
Le périphérique de Lille a pris, ce jeudi, des airs de bastion en flammes. Sous une épaisse fumée noire issue de pneus et de palettes incendiés, plus de 600 sapeurs-pompiers ont paralysé les principaux axes de la métropole. Ce n’était pas un exercice, mais l’expression d’une colère qui couve depuis de longs mois au sein du service départemental d’incendie et de secours du Nord (SDIS 59).
Au cœur de la contestation : une équation mathématique jugée impossible par les syndicats. Le département fait face à 162 postes vacants, alors même que les missions de secours à la personne ne cessent d’augmenter. « Le compte n’y est plus », déplore un manifestant, pointant du doigt un déficit budgétaire de 7 millions d’euros (4,59 milliards de francs CFA) qui plombe le fonctionnement de la structure.

Un quotidien à « 256 heures par mois »
Derrière les sirènes, les chiffres définissent une réalité sociale brutale. En effet, de nombreux agents font état de temps de travail écrasants, pouvant atteindre 256 heures par mois, pour un salaire de base qui stagne aux alentours de 1 607 euros net (1 054 778 francs CFA). Un paradoxe pour une profession dont l’exposition aux risques est constante et dont les sollicitations explosent, palliant souvent les déserts médicaux et les carences des services de santé.
« Nous sommes au bout du rouleau », résume un officier de garde. Cette lassitude physique et morale se double d’un sentiment de déclassement financier, alors que l’inflation fragilise aussi les bas salaires de la fonction publique territoriale.

Une fraternité d’armes inhabituelle
Le moment le plus saisissant de la journée s’est déroulé lors de la progression du cortège vers la préfecture. En fait, dans un climat social souvent marqué par les tensions entre manifestants et forces de l’ordre, les policiers chargés de l’encadrement ont laissé passer leurs collègues du feu sous les applaudissements nourris.
Ce geste de solidarité, rare et symbolique, témoigne aussi d’une communauté de destin entre des professions confrontées aux mêmes maux : manque de reconnaissance, dégradation des conditions de travail et sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics. En fin de journée, la délégation attendait d’être reçue par les représentants de l’État, avec une exigence claire : des actes budgétaires concrets pour éviter que le service de secours du département le plus peuplé de France ne finisse aussi par s’asphyxier.


























