Togo : les architectes veulent peser dans l’aménagement du territoire

Au Togo, la question de l’urbanisation et de l’aménagement des villes ne relève plus seulement des autorités publiques. Elle mobilise davantage les professionnels du bâtiment et de l’architecture, qui cherchent à jouer un rôle plus visible dans l’organisation des territoires. C’est dans ce contexte qu’une délégation de l’Ordre national des architectes du Togo a rendu visite, mercredi 25 mars 2026, au ministre de l’administration territoriale, de la gouvernance locale et des affaires coutumières Awaté Hodabalo.

Au centre des échanges figurait le bilan de la cinquième édition de la « Rencontre du Togo », organisée récemment à Dapaong, dans la région des Savanes, une initiative qui vise à rapprocher les architectes des collectivités locales et des populations.

Ministère de l'Administration Territoriale
© Ministère de l'Administration Territoriale

Sensibiliser aux règles de construction dans un contexte d’urbanisation rapide

Derrière cette rencontre se cache un enjeu crucial : la maîtrise de l’urbanisation dans un pays où les villes s’étendent rapidement, souvent sans planification rigoureuse. Dans de nombreuses localités, les constructions se font encore sans permis, sans architecte et parfois sans respect des normes de sécurité.

Les architectes togolais tentent ainsi de sensibiliser les collectivités territoriales et les habitants à l’importance de recourir à des professionnels pour la conception des bâtiments, mais aussi pour l’obtention des permis de construire et le respect des règles d’urbanisme.

L’objectif est également de promouvoir une architecture plus accessible, adaptée aux réalités économiques locales, et capable de répondre aux défis climatiques, notamment dans les zones exposées aux fortes chaleurs ou aux inondations.

Ministère de l'Administration Territoriale
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Décentralisation et aménagement du territoire

La rencontre avec le ministre s’inscrit dans la dynamique de la décentralisation engagée au Togo depuis plusieurs années. Les collectivités locales disposent désormais de davantage de responsabilités en matière d’urbanisme, de gestion foncière et d’aménagement du territoire, mais elles manquent souvent de moyens techniques et d’expertise.

Dans ce contexte, les architectes souhaitent se positionner comme des partenaires techniques des communes, capables d’accompagner les projets de construction publique, d’aménagement urbain ou de développement local.

Pour le gouvernement, cette collaboration peut également contribuer à améliorer la planification urbaine et à éviter le développement de quartiers informels dépourvus d’infrastructures et de services de base.

Ministère de l'Administration Territoriale
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Vers une meilleure organisation des villes togolaises

Cette rencontre ne se limite pas au protocole institutionnel : elle révèle une évolution de fond. L’urbanisme s’impose désormais comme un enjeu politique, économique et social au Togo. Face à la croissance démographique, à l’urbanisation accélérée et à la pression foncière, les autorités n’ont plus le choix : organiser les villes et les territoires devient une urgence nationale.

Dans cette perspective, le rôle des architectes ne se limite plus à la conception de bâtiments individuels. Il concerne aussi la planification des quartiers, la gestion de l’espace urbain, l’aménagement des infrastructures publiques et la qualité du cadre de vie.

Ainsi, la collaboration entre les autorités territoriales et les professionnels de l’architecture sera un élément essentiel de la politique d’aménagement du territoire dans les années à venir, à mesure que les villes togolaises poursuivent leur expansion.

Congo : le président de la Fecofoot visé par une enquête de la FIFA pour malversations présumées

Au Congo-Brazzaville, la gouvernance du football national se retrouve une nouvelle fois sous surveillance internationale. Le président de la Fédération congolaise de football (Fecofoot), Jean-Guy Mayolas, ainsi que deux autres responsables de l’instance, sont visés par une procédure de la chambre d’instruction de la commission d’éthique indépendante de la FIFA. En cause : des faits supposés de malversations financières en lien avec l’utilisation de fonds alloués par l’organisation mondiale du football.

 

Un séisme judiciaire et sportif

L’étau se resserre brutalement. Ce mercredi 25 mars 2026, la Commission d’éthique de la FIFA a officialisé l’ouverture de cette procédure. Par ailleurs, cette offensive internationale intervient seulement deux semaines après un verdict historique de la justice congolaise : le 10 mars dernier, le tribunal de Brazzaville a condamné Jean-Guy Mayolas à la prison à perpétuité par contumace.

Le secrétaire général, Badji Mombo Wantete, et le directeur financier, Raoul Kanda, ont également écopé de cinq ans de prison ferme. La justice leur reproche le détournement de près de 1,3 million de dollars, initialement versés par la FIFA au titre de l’aide d’urgence contre la pandémie de COVID-19.

 

Des fonds destinés au développement du football

Chaque année, la FIFA met à disposition de ses fédérations membres des financements destinés au développement du football : construction d’infrastructures, formation des jeunes, structuration des ligues nationales ou encore financement des compétitions locales.

Ces programmes, notamment à travers le dispositif FIFA Forward, représentent des montants importants pour des fédérations aux budgets souvent limités. Mais ils s’accompagnent également de règles strictes en matière de gestion financière, de transparence et de traçabilité des dépenses.

C’est précisément sur le respect de cette traçabilité que porte l’enquête de la FIFA visant la direction de la Fecofoot, soupçonnant un usage détourné de ces lignes de crédit.

 

Une procédure encore au stade de l’instruction

À ce stade, il ne s’agit pas d’une condamnation mais d’une procédure d’instruction menée par la commission d’éthique indépendante de la FIFA, organe chargé d’enquêter sur les violations potentielles des règles de gouvernance, de corruption, de conflits d’intérêts ou de détournement de fonds dans le football mondial.

La chambre d’instruction examine les éléments financiers, les documents administratifs et les décisions prises par les dirigeants de la fédération congolaise. Si les soupçons de corruption ou de conflit d’intérêts sont confirmés, l’affaire passera devant la chambre de jugement. Les sanctions pourraient être radicales : interdiction définitive d’exercer toute activité liée au football, s’ajoutant aux condamnations pénales déjà prononcées au niveau national.

 

Un nouveau dossier sensible pour la gouvernance du football africain

Cette affaire s’inscrit dans une politique de « tolérance zéro » de la part des instances internationales, qui multiplient les audits sur le continent. En effet, depuis plusieurs années, la FIFA et la Confédération africaine de football multiplient les audits et les enquêtes pour améliorer la gouvernance financière des fédérations nationales.

Dans plusieurs pays africains, elles ont déjà suspendu ou sanctionné des dirigeants pour mauvaise gestion, détournement de fonds ou non-respect des règles financières.

Pour le Congo, cette enquête intervient dans un climat déjà tendu autour du football national, marqué par des conflits internes, des suspensions de compétitions et des tensions entre dirigeants sportifs et autorités publiques.

 

Une affaire aux conséquences potentiellement lourdes

Si les accusations se confirment, la Fédération congolaise de football s’exposerait à de lourdes conséquences. Outre les sanctions individuelles visant les dirigeants, la FIFA peut également suspendre les financements, voire nommer un Comité de Normalisation (CONOR) pour reprendre la gestion du football congolais.

Au-delà du cas congolais, cette affaire rappelle une nouvelle fois que la question de la gouvernance financière reste l’un des principaux défis du football africain, où les financements internationaux représentent souvent l’essentiel des ressources disponibles.

L’enquête de la commission d’éthique de la FIFA devrait désormais déterminer si les irrégularités présumées relèvent de simples erreurs de gestion ou de véritables malversations financières. Dans les deux cas, la direction actuelle de la Fecofoot semble désormais dans une impasse totale. congolais.

Togo–Türkiye : un nouvel accord pour renforcer la coopération éducative et universitaire

Le Togo intensifie sa stratégie en matière d’enseignement supérieur en multipliant les partenariats internationaux, signe d’une volonté affirmée de diversification. Ainsi, le 24 mars 2026, Lomé et Ankara ont franchi une nouvelle étape avec la signature d’un accord de coopération éducative visant à renforcer les échanges universitaires, la mobilité académique et l’accès aux bourses d’études pour les étudiants togolais. Derrière cet accord technique se dessine en réalité une stratégie plus large, à la fois diplomatique, éducative et économique.

Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur
© Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur

Un partenariat éducatif tourné vers la formation et les compétences

L’accord signé entre les ministères de l’Éducation des deux pays prévoit plusieurs axes de collaboration, notamment le développement de partenariats entre universités togolaises et turques, la mobilité des enseignants et des étudiants, ainsi que l’augmentation des bourses d’études destinées aux étudiants togolais.

L’objectif affiché est d’améliorer la qualité de la formation universitaire et de renforcer les compétences dans les domaines scientifiques, technologiques et professionnels, considérés comme prioritaires pour le développement économique du pays.

Dans un contexte où de nombreux pays africains cherchent à adapter leur système éducatif aux besoins du marché du travail, ce type de coopération vise à combler le déficit de formation technique et scientifique, souvent identifié comme un frein à l’industrialisation et à la transformation économique.

Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur
© Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur

Une coopération qui s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large

Cet accord illustre également le renforcement des relations entre le Togo et la Türkiye, dont la présence diplomatique, économique et culturelle s’est fortement développée en Afrique de l’Ouest ces dernières années.

La coopération universitaire constitue aujourd’hui un outil d’influence précieux pour plusieurs puissances émergentes. En multipliant les bourses, les échanges universitaires et les partenariats académiques, ces pays forment une nouvelle génération de cadres africains ayant étudié dans leurs universités, ce qui renforce à long terme les relations économiques et politiques.

Pour le Togo, la diversification des partenaires éducatifs permet également de réduire la dépendance traditionnelle envers les universités européennes et d’ouvrir de nouvelles opportunités de formation pour les étudiants.

Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur
© Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur

Le capital humain au cœur de la stratégie de développement

Les autorités togolaises mettent de plus en plus l’accent sur la formation du capital humain comme moteur du développement. L’amélioration de la qualité de l’enseignement supérieur, la formation technique et l’innovation sont désormais présentées comme des priorités nationales.

Dans cette perspective, les partenariats universitaires internationaux apparaissent comme des instruments essentiels pour moderniser les programmes, renforcer la recherche scientifique et améliorer l’employabilité des diplômés.

Ce nouvel accord entre le Togo et la Türkiye s’inscrit donc dans une logique de transformation progressive du système éducatif togolais, avec l’objectif de former des compétences adaptées aux besoins de l’économie moderne.

 

Une coopération basée sur la réciprocité

Selon les autorités, cet accord repose sur les principes d’égalité et de réciprocité entre les deux pays. Concrètement, il pourrait se traduire par des échanges d’enseignants, des programmes de recherche communs, des formations spécialisées et une augmentation du nombre d’étudiants togolais accueillis dans les universités turques.

À moyen terme, cette coopération pourrait contribuer à renforcer les capacités techniques et scientifiques du Togo, notamment dans les domaines de l’ingénierie, des technologies, de la médecine ou encore de la formation professionnelle.

Togo – Oman : vers des investissements dans l’agriculture, l’énergie et les mines

Le Togo continue de multiplier les partenariats économiques stratégiques pour accélérer sa transformation industrielle. Cette fois, c’est vers le Moyen-Orient que Lomé se tourne. Une délégation d’investisseurs du Sultanat d’Oman a récemment séjourné dans la capitale togolaise pour explorer des opportunités d’affaires, avec en ligne de mire plusieurs secteurs jugés prioritaires pour la croissance du pays.

Cette mission économique, marquée par des visites de sites stratégiques et des séances de travail sectorielles, s’est achevée par une réunion de synthèse avec les autorités togolaises en charge de la promotion des investissements. Avec un objectif : passer des discussions exploratoires à la structuration de véritables projets d’investissement.

Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements
© Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements

Togo – Oman : des secteurs stratégiques ciblés

Au fil des rencontres, plusieurs domaines ont été identifiés comme prioritaires pour de futurs investissements. Il s’agit notamment de l’agriculture, de l’agro-industrie, de l’énergie, des mines, des infrastructures, de l’économie maritime ainsi que du pétrole et du gaz.

Cependant, certains secteurs ont particulièrement retenu l’attention des investisseurs omanais. Parmi eux figurent la transformation agro-industrielle, la production halieutique, la filière rizicole et l’exploitation minière. Ces domaines sont considérés comme porteurs, à la fois pour la création d’emplois et pour l’augmentation des exportations.

Ainsi, pour Lomé, l’enjeu est plus que jamais clair : attirer des capitaux étrangers capables de soutenir l’industrialisation et la transformation locale des matières premières, afin de réduire la dépendance aux importations et d’augmenter la valeur ajoutée locale.

Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements
© Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements

Vers un partenariat structuré

Au-delà des intentions d’investissement, les discussions ont également porté sur la mise en place d’un protocole d’accord visant à encadrer la coopération entre les partenaires togolais et omanais. Ce document devrait définir les modalités de collaboration, les mécanismes de financement ainsi que les étapes de mise en œuvre des projets.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de prospection économique, mais bien de structurer un partenariat durable, avec des projets concrets à moyen et long terme.

Cette approche s’inscrit dans la stratégie du Togo visant à diversifier ses partenaires économiques et à attirer davantage d’investissements directs étrangers, notamment en provenance du Moyen-Orient et d’Asie.

Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements
© Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements

Une stratégie de diversification des partenaires économiques

Depuis plusieurs années, le Togo mène une politique active de diplomatie économique. Le pays cherche à se positionner comme une plateforme logistique, industrielle et portuaire en Afrique de l’Ouest, en s’appuyant notamment sur le port autonome de Lomé, les zones industrielles et les infrastructures routières en développement.

Dans ce contexte, le partenariat avec le Sultanat d’Oman pourrait ouvrir la voie à de nouveaux flux d’investissements, notamment dans les secteurs énergétiques, portuaires et miniers, où les investisseurs du Golfe disposent d’une expertise reconnue.

Si les discussions aboutissent, cette coopération pourrait marquer une nouvelle étape dans la stratégie de transformation économique du Togo, avec l’ambition de passer d’une économie de transit à une économie de production et de transformation.

 

Togo – Oman :  un partenariat à concrétiser

Reste désormais à transformer les intentions en investissements réels. Car comme souvent dans les missions économiques, le véritable test commence après les signatures de protocoles et les annonces officielles.

Les prochains mois seront donc déterminants pour savoir si cette mission omanaise débouchera sur des projets industriels, énergétiques ou agricoles concrets sur le territoire togolais.

Ce qui ne fait aucun doute, c’est que Lomé continue de séduire de nouveaux partenaires économiques et confirme sa volonté de devenir un hub d’investissement en Afrique de l’Ouest.

ONU : la traite des esclaves africains, crime suprême contre l’humanité

Le 25 mars 2026 pourrait marquer un tournant dans la lutte prolongée pour la reconnaissance des crimes de l’histoire coloniale. Ce jour-là, l’Organisation des Nations unies a adopté, à une large majorité, une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves africains de « crime le plus grave contre l’humanité ». Derrière ce texte, un acteur africain s’est imposé au cœur du jeu diplomatique : le Ghana.

Mais pour comprendre la portée de ce vote, il faut remonter bien en amont, à la genèse d’un combat qui dépasse largement les murs de l’Assemblée générale.

Une revendication ancienne, longtemps marginalisée

Depuis plusieurs décennies, la question des réparations liées à l’esclavage et à la colonisation s’invite régulièrement dans les forums internationaux. Dès les années 1990, des États africains et caribéens, soutenus par des organisations de la société civile, réclament une reconnaissance officielle des crimes historiques commis contre les populations africaines.

Cependant, ces demandes se heurtent à une résistance persistante des anciennes puissances coloniales. Celles-ci invoquent tour à tour la complexité historique, les risques juridiques ou encore l’impossibilité d’appliquer rétroactivement des normes contemporaines à des faits anciens.

Malgré cela, le débat ne s’est jamais éteint ; il s’est au contraire renforcé ces dernières années, dans un contexte mondial marqué par la montée des mouvements panafricains, les débats sur la restitution des œuvres africaines et une relecture critique des héritages coloniaux.

Le Ghana, chef de file d’une offensive diplomatique

C’est dans ce climat que le Ghana a décidé de porter le sujet au plus haut niveau. Fort de son engagement historique sur les questions de mémoire — notamment à travers ses initiatives sur le « retour » de la diaspora africaine —, Accra a construit une coalition diplomatique large, mobilisant plusieurs pays africains et du Sud global.

L’objectif était clair : obtenir une reconnaissance forte, sans ambiguïté, du caractère exceptionnel de la traite transatlantique.

Après plusieurs mois de négociations, parfois tendues, le texte a finalement été soumis au vote de l’Assemblée générale.

Un vote révélateur des fractures géopolitiques

Le résultat du scrutin est sans appel :

  • 123 voix pour
  • 3 contre : États-Unis, Israël, Argentine
  • 52 abstentions, dont le Royaume-Uni et plusieurs pays européens

Ce vote, adopté sous les applaudissements, traduit néanmoins une fracture nette entre deux visions du monde.

D’un côté, une majorité de pays du Sud qui réclament justice historique et reconnaissance.
De l’autre, des puissances occidentales prudentes, voire réticentes, face aux implications potentielles d’un tel texte.

Les arguments des opposants et abstentionnistes sont révélateurs :

  • crainte de créer une hiérarchie entre crimes contre l’humanité
  • refus de toute application rétroactive du droit international
  • inquiétude face à d’éventuelles réparations financières massives

Une résolution symbolique… mais stratégique

Sur le plan juridique, le texte adopté par l’ONU n’est pas contraignant. Il ne crée aucune obligation légale immédiate pour les États.

Cependant, sa portée est ailleurs.

En qualifiant explicitement la traite des esclaves africains de « crime le plus grave contre l’humanité », la résolution :

  • renforce la légitimité des revendications africaines et diasporiques
  • ouvre la voie à des demandes d’excuses officielles
  • relance le débat sur les réparations
  • et encourage la restitution du patrimoine culturel spolié

Autrement dit, il s’agit d’un levier politique majeur, susceptible de redéfinir les rapports entre anciennes puissances coloniales et pays africains.

Une mémoire encore vive, des enjeux contemporains

Entre le XVe et le XIXe siècle, environ 12,5 millions d’Africains ont été déportés à travers l’Atlantique. Derrière ces chiffres se cache une tragédie humaine d’une ampleur exceptionnelle, dont les conséquences continuent de façonner les sociétés contemporaines.

Aujourd’hui encore, les inégalités économiques, les discriminations raciales et les déséquilibres géopolitiques sont souvent analysés à l’aune de cet héritage.

C’est précisément cette continuité historique que la résolution de l’ONU met en lumière.

Vers une nouvelle phase du combat pour la justice historique ?

Avec ce vote, une étape importante vient d’être franchie. Mais le plus difficile reste à venir.

Car la reconnaissance symbolique, aussi forte soit-elle, ne garantit ni excuses officielles, ni compensations concrètes.

Pour les États africains et leurs alliés, le défi est désormais de transformer cette avancée diplomatique en résultats tangibles. Cela passera par :

  • des négociations bilatérales avec les anciennes puissances coloniales
  • une pression accrue dans les instances internationales
  • et une mobilisation continue de la société civile

Un signal politique fort pour l’Afrique

Au-delà de ses implications juridiques, cette résolution envoie un message limpide : l’Afrique entend désormais peser davantage dans les débats globaux sur l’histoire, la justice et la mémoire.

En prenant l’initiative, le Ghana ne s’est pas seulement imposé comme un acteur diplomatique influent. Il a aussi contribué à replacer la question des réparations au cœur de l’agenda international.

Une dynamique qui pourrait, à terme, redéfinir les équilibres entre le Nord et le Sud — et ouvrir une nouvelle page dans la quête de justice pour les crimes du passé.

Université de Lomé : La germanistique africaine face au défi du numérique

Vingt ans de réflexion, et un virage technologique majeur. Ce mercredi 25 mars 2026, l’Université de Lomé est devenue le centre névralgique de la germanistique en Afrique subsaharienne. Entre célébration d’un jubilé et prospective scientifique, universitaires et diplomates s’interrogent : comment l’intelligence artificielle et les outils numériques redéfinissent-ils l’enseignement de l’allemand sur le continent ?

Université de Lomé
© Université de Lomé

Sous la coupole de l’auditorium de l’Université de Lomé

L’ambiance est aux grandes retrouvailles scientifiques. L’Association de germanistique de l’Afrique subsaharienne célèbre ses deux décennies d’existence. Mais loin de se contenter d’un regard vers le passé, ce congrès international, ouvert en présence de figures majeures comme SEM Claudius Fischbach, ambassadeur d’Allemagne au Togo, et le Professeur Akila Ahouli, se tourne résolument vers l’avenir.

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La langue de Goethe à l’heure des algorithmes

Le thème central de cette rencontre ne laisse place à aucun doute : la transformation numérique. Pour le Professeur Mawusse Kpakpo Akue Adotevi, représentant le président de l’UL, il ne s’agit plus seulement d’enseigner une langue, mais de naviguer dans un nouvel écosystème.

En effet, le numérique ne se limite plus à de simples cours en ligne. Il s’agit désormais d’une mutation profonde de l’intellectualité germanique. Comment les bases de données, la recherche assistée et les plateformes collaboratives modifient-elles l’analyse des textes et la diffusion du savoir ? C’est la question qui anime les débats entre les chercheurs venus de toute la région.

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Un pont entre tradition et innovation

L’enjeu est également pédagogique. La Dr Jutta Möhringer, venue de Munich pour l’occasion, souligne l’importance de ce collectif dynamique. Dans un monde interconnecté, la germanistique africaine doit forger ses propres outils numériques pour rester compétitive et pertinente.

« Le savoir n’est plus statique ; il circule, se transforme et se démocratise grâce aux technologies », confie un participant en marge des travaux.

Université de Lomé
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Une portée symbolique pour le Togo

Le choix de Lomé pour ce vingtième anniversaire confirme le rôle moteur du Togo dans la coopération universitaire germano-africaine. Au-delà des discours officiels, ce congrès pose les jalons d’une nouvelle ère où la maîtrise linguistique s’allie à la performance numérique pour offrir de nouvelles opportunités de recherche et d’emploi aux étudiants du continent.

Les travaux se poursuivent avec une ambition claire : faire de la technologie un allié indéfectible de la pensée académique.

Vingt ans après sa création, la germanistique africaine ne se contente plus de transmettre une langue : elle invente un avenir où tradition et technologie dialoguent pour façonner la pensée.

Gims arrêté à Paris : le « Sunset Village » de Marrakech au cœur d’une tempête judiciaire

C’est un coup de tonnerre qui secoue le monde de la musique francophone et la jet-set continentale. Gandhi Djuna, alias Gims, a été interpellé lors de sa descente d’avion à Paris mardi. Derrière les paillettes du succès et les records de ventes, les enquêteurs français s’intéressent de près aux montages financiers de ses projets immobiliers de luxe au Maroc. Enquête sur une affaire de blanchiment qui fait vaciller l’ambassadeur culturel de la RDC.

 

L’image est forte : la star aux lunettes noires, l’homme qui a dominé les classements de l’année 2025, a été cueilli par le Service national des douanes judiciaires dès son arrivée à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Désormais en garde à vue, l’artiste congolais doit répondre aux questions des juges d’instruction parisiens. Au centre du dossier : une vaste affaire de blanchiment en bande organisée, pilotée par le Parquet national anti-criminalité organisée (PNACO).

De la scène aux sociétés écrans

L’affaire ne concerne pas la musique, mais bien les affaires. Tout commence par une enquête de longue haleine de l’Office national antifraude (Onaf). Les enquêteurs ont mis au jour un réseau complexe de sociétés, basé notamment aux Émirats arabes unis. Ce système aurait permis à d’anciens trafiquants de drogue reconvertis dans la délinquance financière de frauder à la TVA et de dissimuler des fonds illégaux.

 

Toutefois, ce qui place aujourd’hui Gims sous les projecteurs de la justice, ce sont ses investissements au Maroc. Les enquêteurs ciblent particulièrement son projet pharaonique, le « Sunset Village Private Residences » à Marrakech. Ce complexe de 117 villas de luxe, dont le chiffre d’affaires frôle les 100 millions d’euros, cacherait des circuits de financement opaques selon une note de Tracfin, la cellule française de lutte contre le blanchiment.

 

Des connexions sous haute surveillance

Les juges s’intéressent de près à la société de promotion « Horizon Développement » et à ses liens avec un homme d’affaires franco-marocain déjà sous surveillance. En fait, l’objectif des enquêteurs est de déterminer si l’argent généré par la criminalité financière en France a servi à bâtir ce lagon artificiel et ces résidences somptueuses au pied de l’Atlas.

 

Pour Gims, qui réside entre Marrakech et Dubaï, cette affaire prend une dimension diplomatique délicate. Titulaire d’un passeport diplomatique et proche du président Félix Tshisekedi, il incarne aussi  l’influence culturelle de la République démocratique du Congo à l’international.

 

Le silence de la défense

Pour l’heure, l’avocat du chanteur, Me David-Olivier Kaminski, s’est muré dans le silence. Si la présomption d’innocence demeure, cette interpellation marque un tournant brutal pour celui qui, il y a quelques jours encore, célébrait son statut de plus gros vendeur de disques de l’année.

 

Alors que le dossier ne fait que commencer, le monde de la culture africaine retient son souffle. Le rêve immobilier de Marrakech pourrait bien se transformer en un long feuilleton judiciaire pour l’interprète de « Sapés comme jamais ».

 

Quoi qu’il en soit, ce coup de théâtre judiciaire vient brutalement rappeler que, derrière les projecteurs et les records de ventes, l’artiste le plus bankable de la musique africaine devra désormais écrire un nouveau chapitre : celui de sa défense face à la justice française.

Mohamed Salah quitte Liverpool : Fin d’un règne historique à Anfield

C’est la fin d’une époque qui a fait vibrer le football mondial. L’icône égyptienne Mohamed Salah a officialisé son départ de Liverpool à l’issue de cette saison. Entre records historiques et tensions de fin de règne, retour sur le divorce annoncé entre le « Pharaon » et les Rouges.

 

En effet, le football anglais s’apprête à perdre l’un de ses plus illustres architectes. À 33 ans, Mohamed Salah ne prolongera pas l’aventure sur les bords de la Mersey. Malgré un contrat qui courait initialement jusqu’en 2027, un accord à l’amiable a été trouvé pour libérer l’attaquant dès cet été. Ainsi, une décision qui clôt un chapitre de neuf années marquées par une domination quasi insolente sur la Premier League.

 

Une légende gravée dans le marbre

Arrivé de Rome en 2017, Salah n’était qu’un espoir de confirmation ; il part en légende absolue. Avec 255 buts au compteur, il s’est hissé sur le podium des meilleurs artificiers de l’histoire du club, juste derrière les mythiques Ian Rush et Roger Hunt.

 

L’Égyptien fut la pièce maîtresse du renouveau de Liverpool sous l’ère Klopp, formant avec Sadio Mané et Roberto Firmino un trio offensif qui a terrassé l’Europe. Deux titres de champion d’Angleterre et une Ligue des champions plus tard, son héritage est immense.

 

« Liverpool est une passion, une histoire, un esprit », a confié le joueur sur ses réseaux sociaux, ému par ce lien indéfectible tissé avec les supporters.

 

Une fin de parcours sous haute tension

Pourtant, la lune de miel a laissé place à une météo plus instable ces derniers mois. Sous les ordres d’Arne Slot, le courant n’est plus passé. En outre, entre passages sur le banc de touche et déclarations fracassantes, le malaise était devenu trop visible. Salah n’a d’ailleurs pas mâché ses mots, évoquant le sentiment d’avoir été « sacrifié » par la direction du club lors des périodes de méforme.

 

Ce départ anticipé, bien que qualifié de « transparent et respectueux » par le club, laisse un goût d’inachevé. Actuellement à l’infirmerie après une blessure contre Galatasaray, le Pharaon entame une course contre la montre pour offrir un dernier baroud d’honneur à Anfield avant le 24 mai prochain.

 

Quel avenir pour le Pharaon ?

Si le nom de son futur club reste un mystère, les regards se tournent avec insistance vers l’Arabie saoudite, qui lui fait les yeux doux depuis 2023. Une chose est sûre : le départ gratuit de la star représente un manque à gagner colossal pour Liverpool, mais une opportunité historique pour le club qui saura s’attacher les services de l’un des plus grands talents du XXIᵉ siècle.

 

Ainsi se tourne une page légendaire du football anglais. Mohamed Salah quitte Anfield en roi, laissant derrière lui des records qui parleront longtemps et un vide que la Mersey aura du mal à combler. Le Pharaon s’en va, mais sa légende, elle, reste éternelle.

Sécurité routière : les Lacs 1 passent à la sensibilisation avant la sanction

À quelques jours de l’entrée en vigueur des nouvelles limitations de vitesse, les autorités locales de la commune des Lacs 1 misent d’abord sur la sensibilisation. À Aného, plusieurs rencontres ont réuni, à la mi-mars, élus municipaux, transporteurs et conducteurs autour d’un objectif clair : faire comprendre, avant de réprimer.

Commune Lacs 1
© Commune Lacs 1

De nouvelles limitations de vitesse sur les axes routiers

Dans la salle de réunion de la mairie, l’ambiance oscille entre inquiétude et résignation. Chauffeurs de taxi, conducteurs de motos et responsables de syndicats de transport écoutent attentivement les explications. Car à partir du 1ᵉʳ avril, les habitudes devront changer. Désormais, en zone urbaine, aucun véhicule ne devra dépasser les 50 km/h sur les principaux axes nationaux qui traversent la commune.

Mais au-delà des chiffres, c’est un changement de comportement que recherchent les autorités. « Il ne s’agit pas seulement d’imposer une règle, mais de sauver des vies », insiste un responsable municipal. En effet, ces mesures interviennent dans un contexte marqué par une recrudescence des accidents de la route, souvent liés à l’excès de vitesse.

En dehors des agglomérations, les limitations diffèrent selon les catégories de véhicules. Les automobilistes pourront rouler jusqu’à 90 km/h, tandis que les conducteurs de motos et de tricycles devront se limiter à 60 km/h, notamment sur certains axes stratégiques de la zone.

Commune Lacs 1
© Commune Lacs 1

Des sanctions prévues pour les contrevenants

Cependant, le volet répressif n’est pas en reste. Les contrevenants s’exposent à des sanctions financières immédiates : 5 000 FCFA pour les deux-roues et 10 000 FCFA pour les voitures. En cas d’infraction, les forces de l’ordre pourront également immobiliser les véhicules. Un dispositif de contrôle renforcé est d’ailleurs annoncé pour accompagner l’application de ces nouvelles règles.

Pour les usagers, cette réforme suscite des réactions contrastées. Si certains saluent une initiative nécessaire face à l’insécurité routière, d’autres redoutent un impact sur leurs activités quotidiennes, notamment dans le transport.

Ainsi, entre prévention et fermeté, la commune des Lacs 1 tente d’imposer une nouvelle culture de la route.

Commune Lacs 1
© Commune Lacs 1

Réduire les accidents de la route

À travers cette réforme, les autorités veulent avant tout lutter contre les accidents de la circulation, de plus en plus fréquents, et renforcer la sécurité des usagers sur les routes de la commune. Reste à savoir si cette transition sera suivie d’effets durables sur le terrain.

Sécurité : Le Ghana et le Togo font bloc à Bolgatanga contre le djihadisme

C’est un front commun qui se dessine dans le Nord-Est du Ghana. Depuis mardi 24 mars 2026, la ville de Bolgatanga est le théâtre d’un dialogue stratégique entre hauts responsables et société civile. Objectif : cimenter la coopération avec le voisin togolais pour empêcher l’instabilité sahélienne de s’engouffrer dans les failles frontalières.

Dans les couloirs du 7ᵉ sommet sur la paix, l’ambiance est à l’urgence opérationnelle. Si le Ghana fait figure de havre de stabilité, les signaux d’alerte venus du Sahel ne laissent plus place à l’attentisme. Pour ce faire, une importante délégation du Togo, menée par la sénatrice Issoyotou Confort Kabissa-Lamboni, a franchi la frontière pour apporter son expertise de terrain.

REFED TOGO
© REFED TOGO

Une diplomatie des peuples contre l’extrémisme

Au-delà des protocoles officiels, l’innovation de cette rencontre réside dans l’alliance inédite entre les porteurs d’uniformes et les organisations de la société civile (OSC). Le constat est partagé par les experts de la Fondation STAR-Ghana et du WACCE : la réponse militaire seule ne suffit plus. Il faut désormais bâtir des « systèmes de résilience », une sorte de système immunitaire communautaire capable de rejeter les discours de haine avant qu’ils ne s’enracinent.

Le projet « SURE », soutenu par la diplomatie britannique, place d’ailleurs les femmes et les acteurs communautaires au premier rang de cette vigie. Car dans ces zones reculées, ce sont souvent les dirigeants locaux qui détectent les premiers signes de basculement.

REFED TOGO
© REFED TOGO

Éviter l’effet domino

Ainsi, pendant deux jours, les débats sortent des sentiers battus pour s’attaquer à la porosité des frontières. Désormais, l’enjeu est de transformer les zones de passage en zones de vigilance partagées.

  • Évaluer : que sont devenues les promesses des sommets précédents ?
  • Anticiper : comment bloquer les routes de ravitaillement logistique des groupes armés ?
  • Inclure : comment intégrer les populations marginalisées pour qu’elles ne deviennent pas des recrues faciles ?

Alors que les travaux s’achèvent ce mercredi 25 mars, les regards se tournent vers les recommandations finales. À Bolgatanga, on ne cherche pas seulement à protéger le Ghana ou le Togo, mais à préserver l’intégrité de tout l’espace ouest-africain. Une course contre la montre où la solidarité transfrontalière est devenue l’arme absolue.