Cacao ivoirien : le grand virage d’Alassane Ouattara face à la tempête des cours

En Côte d’Ivoire, le « miracle ivoirien » vacille sous le poids de la chute des cours mondiaux du cacao. Face à une crise qui menace l’équilibre social du premier producteur mondial, le président Alassane Ouattara a validé une profonde réforme du secteur. Entre refonte du calendrier agricole et concessions douloureuses aux multinationales, Abidjan tente de sauver les meubles au moment même où s’ouvre le Salon de l’Agriculture à Paris.

 

C’est un séisme dont l’épicentre se trouve à Abidjan, mais dont les répercussions se font sentir jusqu’à Lomé et Accra. En l’espace de quelques mois, l’or brun ivoirien a perdu de son éclat. Alors que la tonne s’échangeait à des sommets historiques l’été dernier, les cours sur le marché de Londres ont été divisés par trois, passant sous la barre symbolique des 3 000 dollars. Un retournement de situation qui place le pouvoir ivoirien au pied du mur.

 

Un prix d’achat devenu intenable

Le timing ne pouvait être plus délicat pour le chef de l’État. Réélu en octobre dernier sur la promesse d’un prix d’achat record de 2 800 F CFA le kilo, Alassane Ouattara doit aujourd’hui composer avec une réalité économique brutale. Ce tarif, fixé en pleine euphorie électorale, est devenu un fardeau financier pour les caisses de l’État.

Par conséquent, pour éviter un effondrement total du système de commercialisation, la présidence a dû donner son feu vert à une révision drastique des règles du jeu. Les autorités maintiennent pour l’instant le prix aux planteurs, mais elles le font au moyen de manœuvres structurelles d’envergure.

 

Le « sacrifice » du revenu décent

La mesure la plus spectaculaire, bien qu’officieusement actée, concerne le Différentiel de Revenu Décent (DRD). Cette prime de 400 dollars la tonne, arrachée de haute lutte par l’axe Abidjan-Accra en 2020 pour protéger les paysans, est désormais suspendue pour la prochaine campagne intermédiaire.

De fait, cette concession est un signal fort envoyé aux géants du négoce mondial tels que Cargill ou Barry Callebaut. Ces derniers, échaudés par la volatilité des marchés, freinaient leurs achats. En levant cette taxe, le Conseil Café-Cacao (CCC) espère relancer la signature des contrats à terme et garantir l’écoulement de la récolte, quitte à écorner l’un des piliers de sa politique sociale.

 

Une guerre contre la contrebande et un nouveau calendrier

Au-delà de l’aspect financier, Abidjan change de tactique sur le terrain. Un nouveau calendrier de commercialisation entre en vigueur :

  • Ouverture de la campagne : avancée au 1ᵉʳ septembre (au lieu du 1ᵉʳ octobre).
  • Fermeture : fixée au 1ᵉʳ mars (au lieu du 31 mars).

L’objectif est clair : verrouiller les frontières. Ainsi, en s’alignant sur les cycles réels de récolte et en devançant les manœuvres du Ghana voisin, la Côte d’Ivoire veut stopper l’hémorragie de fèves via la contrebande vers le Liberia ou la Guinée.

 

Entre Paris et Abidjan : une vitrine sous pression

Ironie du calendrier, ces annonces interviennent alors que la Côte d’Ivoire est l’invitée d’honneur du Salon international de l’Agriculture à Paris. Tandis que le ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, vante les mérites du terroir ivoirien à la Porte de Versailles, les coulisses de la filière bruissent d’inquiétudes.

En définitive, malgré les mécanismes d’urgence activés par l’État et l’intervention de Transcao pour limiter la casse, l’inquiétude gagne les zones rurales. Car derrière les courbes boursières et les arbitrages budgétaires, ce sont des millions de planteurs qui retiennent leur souffle. Si les cours ne se redressent pas rapidement, la crise du cacao pourrait devenir bien plus qu’un choc économique : un test politique et social majeur pour le pouvoir d’Abidjan.

 

Togo : la BAD prépare un programme de développement des filières bovine et avicole

Au Togo, la BAD explore le potentiel de l’élevage avec la CTOP pour structurer les chaînes de valeur bovine et avicole.

À Lomé, une étape stratégique vient d’être franchie pour l’avenir de l’élevage togolais. La Coordination Togolaise des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles (CTOP) a reçu, ce matin, une délégation de la Banque africaine de développement (BAD). Objectif : poser les bases d’un programme ambitieux dédié au développement des chaînes de valeur des filières bovine, petits ruminants et avicole au Togo.

 

Un secteur clé pour l’économie rurale

Dans un contexte marqué par la hausse des importations de produits carnés et la pression sur le pouvoir d’achat, l’élevage apparaît plus que jamais comme un levier stratégique. En effet, ce sous-secteur contribue de manière significative aux revenus des ménages ruraux et à la sécurité alimentaire nationale.

Ainsi, la mission de la BAD s’inscrit dans une logique d’investissement structurant. Il s’agit, concrètement, d’identifier les maillons faibles des différentes filières — de la production à la commercialisation — afin de bâtir un programme capable de stimuler durablement la production animale au Togo.

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Écouter les acteurs à la base

Contrairement à une approche descendante, la délégation a privilégié l’échange direct avec les producteurs. Réunis au siège de la CTOP, éleveurs, représentants d’organisations professionnelles et acteurs de la filière avicole ont exposé sans détour leurs réalités quotidiennes.

D’une part, ils ont détaillé les contraintes techniques : accès insuffisant aux poussins de qualité, coût élevé des aliments pour bétail, disponibilité limitée des vaccins et exposition accrue aux maladies animales.

D’autre part, les difficultés financières ont été largement évoquées. L’accès au crédit reste complexe, notamment pour les petits producteurs. À cela s’ajoutent des infrastructures parfois inadaptées, des circuits de commercialisation peu structurés et une concurrence accrue des produits importés.

Cependant, au-delà des obstacles, les professionnels ont également mis en avant le potentiel considérable des filières bovine, ovine, caprine et avicole. Selon eux, un appui ciblé sur la productivité, la biosécurité, la transformation locale et l’organisation des marchés pourrait rapidement produire des résultats tangibles.

 

Structurer pour mieux transformer

La CTOP, en tant que plateforme faîtière des organisations paysannes togolaises, joue un rôle d’interface entre les producteurs et les partenaires techniques et financiers. Cette rencontre a donc permis à la BAD de recueillir des données de terrain précises, directement issues des exploitations familiales.

En outre, l’enjeu dépasse la simple augmentation des volumes de production. Il s’agit de structurer l’ensemble des chaînes de valeur : amélioration génétique, alimentation animale, abattage, transformation, conditionnement et distribution.

À terme, le futur programme vise plusieurs objectifs complémentaires :

  • renforcer la résilience des systèmes d’élevage face aux chocs sanitaires et climatiques ;
  • Accroître la production locale de viande et de produits avicoles ;
  • améliorer les revenus des éleveurs ;
  • réduire la dépendance du pays aux importations.

 

Vers une souveraineté alimentaire renforcée ?

En toile de fond, c’est la question de la souveraineté alimentaire qui se dessine. En misant sur l’élevage local, le Togo pourrait non seulement sécuriser son approvisionnement en protéines animales, mais également créer davantage d’emplois en milieu rural.

Toutefois, la réussite d’un tel programme dépendra de la coordination entre les pouvoirs publics, les institutions financières et les organisations professionnelles. La phase de préparation actuellement en cours apparaît donc déterminante.

Si les engagements se concrétisent, cette initiative pourrait marquer un tournant pour l’élevage togolais, longtemps considéré comme secondaire, mais désormais perçu comme un moteur potentiel de croissance inclusive.

Industrie verte : Le Togo mise sur les Parcs Éco-Industriels à Agbélouvé

LOMÉ, 25 février 2026 — Et si l’industrialisation ne rimait plus avec pollution, mais avec performance et écologie ? C’est le défi que tente de relever le gouvernement togolais à Agbélouvé. En effet, ces 25 et 26 février, la capitale togolaise accueille un sommet technique crucial dédié au cadre international des Parcs Éco-Industriels (PEI).

Loin d’être une simple réunion de plus, cet atelier multi-acteurs marque un tournant dans la manière dont le pays prévoit d’accueillir ses futures usines, avec un œil rivé sur la compétitivité mondiale.

 

Une boussole pour les investisseurs, pas un fardeau

Il est essentiel de lever toute ambiguïté : le cadre PEI ne vient pas exploser la machine bureaucratique. Au contraire, il se présente comme un référentiel de qualité. Pour les autorités togolaises, l’enjeu est de créer une « langue commune » entre les ministères, les agences de régulation et les partenaires privés.

De fait, ce dispositif vise à offrir une prévisibilité totale aux investisseurs internationaux. Dans un marché mondialisé où les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) deviennent la norme, le Togo se dote d’un outil pour rassurer les capitaux les plus exigeants.

Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements
© Ministère de l'Industrie et de la Promotion des Investissements

Agbélouvé : le laboratoire de l’ambition togolaise

Le point focal de cette stratégie porte un nom : Agbélouvé. Ce projet de zone industrielle, en pleine structuration, est appelé à devenir le porte-étendard de cette nouvelle ère.

Par conséquent, l’application des normes PEI à Agbélouvé permet de :

  • Optimiser les ressources : mutualiser l’énergie, l’eau et la gestion des déchets entre les entreprises.
  • Anticiper les risques : construire des infrastructures capables de résister aux défis environnementaux de demain.
  • Renforcer la gouvernance : créer un pilotage centralisé et efficace pour éviter les lenteurs administratives.

 

L’expertise au service du « made in Togo »

Le renforcement des capacités entamé ce mercredi à Lomé permet aux décideurs d’apprécier comment ces normes internationales peuvent s’adapter aux réalités locales. Cependant, l’ambition dépasse la simple technique ; il s’agit d’élever le plateau industriel togolais pour le rendre plus attractif que celui de ses voisins côtiers.

« Nous ne construisons pas seulement des zones pour installer des machines, nous bâtissons des écosystèmes où la performance économique nourrit la durabilité », explique un expert proche du dossier.

 

Une boucle vertueuse pour l’économie nationale

En somme, cet atelier à Lomé boucle la boucle d’une stratégie nationale de développement ambitieuse. En partant des normes internationales pour les injecteurs dans le sol d’Agbélouvé, le Togo s’assure que sa croissance industrielle de 2026 ne sera pas un problème pour les générations de 2050. Par ailleurs, en renforçant la coordination entre les institutions dès aujourd’hui, le pays s’assure que le futur industriel du Togo sera vert, visible et résolument tourné vers l’excellence.

Togo : débat tendu sur la prorogation de l’état d’urgence dans les Savanes

L’examen de la prorogation de l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes a donné lieu, ce 25 février 2026, à un épisode révélateur des crispations politiques actuelles. Convoquée en commission pour analyser le texte, la députée Kafui Adjamagbo Johnson affirme avoir quitté la salle après deux heures d’attente, faute de représentants gouvernementaux présents pour éclairer les travaux.

Selon l’élue, aucun responsable n’aurait répondu à la convocation entre 10 h et 12 h, ni fourni d’explication officielle. Un incident qui soulève des questions sur la qualité du dialogue institutionnel dans un contexte sécuritaire déjà sensible.

Un débat crucial pour la région des Savanes

La région des Savanes, au nord du pays, reste confrontée à des menaces sécuritaires persistantes. Depuis l’instauration de l’état d’urgence, les autorités justifient cette mesure par la nécessité de renforcer les capacités de défense et de prévenir les incursions armées.

Toutefois, chaque prorogation ravive un débat de fond : comment concilier impératif sécuritaire et respect des libertés publiques ?

Pour les populations directement exposées aux risques, la question dépasse le cadre politique. Elle touche à leur quotidien, à leur mobilité, et à leurs conditions de vie.

Une exigence de transparence

En quittant la commission, la députée a dénoncé ce qu’elle considère comme un manque de considération envers les représentants du peuple. Elle réclame des réponses claires sur deux points essentiels :

  • L’état d’urgence a-t-il été appliqué dans le strict respect des droits et libertés fondamentales ?
  • Les moyens mobilisés ont-ils permis une amélioration tangible de la situation sur le terrain ?

Ces interrogations s’inscrivent dans un débat plus large sur l’efficacité des dispositifs exceptionnels. En effet, si l’état d’urgence vise à renforcer la sécurité, son renouvellement successif appelle une évaluation rigoureuse et transparente.

Entre sécurité nationale et responsabilité démocratique

Le gouvernement défend la prorogation comme une réponse adaptée à une menace évolutive. Cependant, au sein de l’Assemblée nationale, plusieurs voix plaident pour un meilleur équilibre entre efficacité opérationnelle et contrôle parlementaire.

Dans toute démocratie, les mesures exceptionnelles exigent un encadrement strict. Par conséquent, le débat en plénière et le vote à venir s’annoncent déterminants. Ils permettront non seulement d’examiner le bien-fondé de la prorogation, mais aussi d’évaluer la qualité du dialogue entre l’exécutif et le législatif.

Une question de méthode autant que de fond

Au-delà du contenu du texte, l’incident en commission met en lumière un enjeu institutionnel : le respect des procédures et des élus. Une Assemblée efficace repose sur la circulation de l’information et la collaboration entre les pouvoirs.

Ainsi, la controverse actuelle ne porte pas uniquement sur la sécurité dans les Savanes. Elle interroge aussi la manière dont les décisions majeures sont débattues et expliquées aux représentants des citoyens.

Un vote décisif en perspective

Alors que la plénière doit prochainement se prononcer, l’attention se tourne vers les échanges à venir. La prorogation de l’état d’urgence sera examinée à l’aune de deux impératifs : protéger les populations et préserver l’État de droit.

Dans un contexte régional instable, le Togo cherche à maintenir un équilibre délicat. Reste à savoir si les réponses apportées satisferont les attentes des élus et des citoyens.

Le Togo facilite l’acheminement de 20 000 tonnes d’engrais vers le Niger

Lomé, 25 février 2026 — Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires et climatiques persistants, le Togo confirme son rôle de plateforme logistique majeure en Afrique de l’Ouest. À Lomé, le ministre togolais en charge de l’Économie maritime, Kokou Edem Tengue, a échangé ce mercredi avec le ministre de l’Agriculture du Niger, le Colonel Mahaman Elhadj Ousmane, autour d’un enjeu crucial : garantir un approvisionnement sécurisé en engrais pour le Niger.

Au cœur des discussions, une opération logistique d’envergure : le transit de 20 000 tonnes d’intrants agricoles via les infrastructures portuaires togolaises. Une initiative qui, au-delà de l’aspect technique, illustre également une diplomatie économique assumée par Lomé.

Kokou Edem Tengue
© Kokou Edem Tengue

Une réponse concrète à un enjeu vital

 

L’engrais n’est pas une marchandise ordinaire. Il constitue un maillon essentiel de la productivité agricole et, par conséquent, de la sécurité alimentaire. Or, le Niger, confronté à des contraintes logistiques liées à son enclavement géographique, dépend fortement de corridors régionaux fiables pour ses importations stratégiques.

Ainsi, en facilitant l’acheminement de ces 20 000 tonnes d’intrants, le Togo ne se limite pas à offrir un appui technique. Il contribue directement à la stabilité alimentaire d’un pays frère, dans un contexte où la hausse des prix mondiaux et les perturbations des chaînes d’approvisionnement pèsent lourdement sur les économies sahéliennes.

Lomé, hub logistique régional

Le rôle du Port autonome de Lomé s’affirme une fois de plus comme stratégique. Seul port en eau profonde de la sous-région capable d’accueillir de très grands navires, il constitue une porte d’entrée privilégiée vers les pays enclavés comme le Niger, le Burkina Faso ou le Mali.

Sous les orientations du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, le gouvernement togolais mise sur la modernisation continue des infrastructures portuaires et routières. L’objectif est de faire du Togo un corridor logistique incontournable en Afrique de l’Ouest.

Ainsi, cette opération d’acheminement d’engrais s’inscrit dans une stratégie plus large de coopération régionale fondée sur l’efficacité des infrastructures et la fluidité du transit.

Kokou Edem Tengue
© Kokou Edem Tengue

Une solidarité régionale assumée

Au-delà des chiffres, le message politique est fort. En facilitant l’accès du Niger à des intrants agricoles essentiels, Lomé renforce les liens de coopération sud-sud. Cette dynamique s’inscrit dans une logique d’intégration régionale, où la complémentarité des économies devient un levier de résilience collective.

D’ailleurs, les observateurs nigériens ont salué cette initiative, y voyant un signal positif dans un environnement sous-régional parfois fragilisé par des tensions sécuritaires et économiques.

Une diplomatie économique en action

En définitive, cette rencontre à Lomé met en lumière un nouveau visage de la diplomatie africaine : pragmatique, orientée vers les résultats et centrée sur les besoins essentiels des populations.

Le transit de 20 000 tonnes d’engrais via le Togo n’est pas seulement une opération logistique. C’est aussi un acte politique fort, traduisant la volonté de faire des infrastructures nationales un outil au service de la solidarité régionale et du développement partagé.

Le Togo plaide pour un Nouvel An africain : vers une renaissance des repères culturels du continent

Le Togo franchit une étape symbolique dans la valorisation de l’héritage africain. Dans un communiqué rendu public le 24 février 2026, le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, a annoncé la volonté du gouvernement togolais de proposer une date officielle pour célébrer un Nouvel An africain à l’échelle continentale.

Cette initiative ne relève pas d’un simple acte symbolique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation des marqueurs historiques et culturels du continent. En effet, alors que le calendrier grégorien structure aujourd’hui la vie administrative, économique et sociale de la majorité des pays africains, Lomé estime qu’il est temps de redonner une visibilité institutionnelle aux systèmes traditionnels de mesure du temps propres à l’Afrique.

Un leadership continental assumé

Cette proposition intervient dans un contexte stratégique : le Togo assure actuellement la présidence du Haut comité sur la Décennie des racines africaines et de la diaspora africaine. À ce titre, les autorités togolaises entendent engager des consultations approfondies avec la Commission de l’Union africaine ainsi qu’avec des historiens, anthropologues et leaders culturels du continent.

Autrement dit, Lomé ne cherche pas à imposer une date unilatéralement. Le processus annoncé se veut inclusif et participatif, dans le respect de la diversité culturelle africaine. Un colloque international est d’ailleurs prévu dans la capitale togolaise afin de recueillir des contributions scientifiques et traditionnelles avant toute transmission officielle à la Commission de l’Union africaine.

Pourquoi un Nouvel An africain ?

D’abord, parce que l’Afrique disposait historiquement de ses propres systèmes de repères temporels. Ceux-ci étaient souvent liés aux cycles agricoles, aux mouvements astronomiques et aux rites spirituels. Ces calendriers structuraient la vie communautaire bien avant l’arrivée des puissances coloniales.

Ensuite, la colonisation a progressivement marginalisé ces repères, imposant le calendrier grégorien comme référence unique. Si ce calendrier reste indispensable dans les relations internationales, le gouvernement togolais estime qu’il est possible d’y adjoindre un marqueur identitaire continental, à l’image de ce que font d’autres civilisations.

Ainsi, cette démarche apparaît comme un acte de reconnaissance historique plutôt qu’un rejet des standards internationaux.

Des traditions toujours vivantes comme fondation

Le Togo souligne que plusieurs communautés africaines célèbrent encore leurs propres débuts d’année. En pays Guin, au sud du Togo, la prise de la pierre sacrée demeure un rituel marquant le renouveau spirituel et communautaire.

En Afrique du Nord, la fête berbère de Yennayer continue de symboliser le Nouvel An amazigh. Cette tradition est particulièrement vivante en Algérie, où elle est reconnue officiellement comme fête nationale.

Ces exemples démontrent que l’idée d’un Nouvel An africain n’est ni théorique ni artificielle. Elle repose sur des pratiques concrètes encore enracinées dans les sociétés africaines.

Un enjeu d’unité et de projection internationale

Au-delà de la dimension culturelle, l’initiative togolaise pourrait avoir une portée diplomatique. En effet, l’instauration d’un Nouvel An africain constituerait un symbole fort d’unité continentale. À l’heure où l’intégration régionale progresse, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), un repère commun renforcerait le sentiment d’appartenance collective.

De plus, sur le plan international, cette reconnaissance offrirait une vitrine supplémentaire à la richesse culturelle africaine. Elle contribuerait à repositionner l’Afrique comme un espace porteur d’histoire, d’innovation et de continuité civilisationnelle.

Une démarche stratégique et structurée

Il convient de souligner que le processus annoncé par Lomé suit une méthodologie claire :

  • organisation d’un colloque scientifique international ;
  • consultations avec les institutions continentales ;
  • transmission des recommandations à la Commission de l’Union africaine ;
  • éventuelle adoption à l’échelle continentale.

En d’autres termes, le Togo privilégie une approche institutionnelle plutôt qu’une initiative isolée.

Vers une renaissance symbolique ?

Cette proposition intervient dans un contexte où de nombreux États africains multiplient les initiatives de valorisation patrimoniale. Ainsi, la création d’un Nouvel An africain pourrait devenir un jalon supplémentaire dans le processus de réappropriation identitaire du continent.

Si elle est adoptée, cette date ne remplacerait pas le 1ᵉʳ janvier. Elle viendrait plutôt compléter le calendrier existant, en offrant aux Africains un moment officiel de célébration de leur histoire commune.

En définitive, la démarche togolaise pose une question fondamentale : comment concilier modernité institutionnelle et héritage ancestral ? En proposant un Nouvel An africain, Lomé semble répondre qu’il ne s’agit pas de choisir entre les deux, mais de les faire coexister.

Santé : Aného inaugure un bloc pédiatrique de pointe avec Smile Train

ANÉHO (Togo), 25 février 2026 – L’image est forte, presque cinématographique. Sous le soleil de la ville côtière d’Aného, ​​le ruban est tombé, dévoilant ce qui pourrait bien devenir un modèle de référence pour la chirurgie pédiatrique dans la sous-région. Le mardi 24 février, le Centre Hospitalier Préfectoral (CHP) n’a pas seulement inauguré des murs, mais une promesse : celle qu’aucun enfant de la région ne soit plus laissé pour compte faute d’infrastructures adaptées.

Commune Lacs 1
© Commune Lacs 1

Un saut technologique au service de la vie

Alors que les systèmes de santé du continent font face à des défis persistants, le CHP d’Aného choisit de regarder vers l’avenir. Ce nouveau bloc opératoire, fruit d’une synergie stratégique avec l’organisation américaine Smile Train, est un concentré de technologie médicale conçu spécifiquement pour la physiologie fragile des plus jeunes.

D’ailleurs, L’arsenal médical déployé est impressionnant :

  • Monitoring de haute précision pour une surveillance constante.
  • Systèmes d’anesthésie pédiatrique de pointe, minimisant les risques opératoires.
  • Circuits de stérilisation répondant aux protocoles internationaux les plus rigoureux.

Commune Lacs 1
© Commune Lacs 1

L’Union sacrée pour le capital humain

La cérémonie de coupure du ruban a réuni un parterre de décideurs, signe de l’importance capitale du projet. Du Préfet des Lacs, Daté Benissan-Têtêvi, à la représentante du ministère de la Santé, la Dr Josée Nayo-Apetsianyi, le message était unanime : l’investissement dans la santé des enfants est le levier le plus puissant du développement durable.

« Ce n’est pas seulement de la pierre et de l’acier », confie un membre du personnel soignant présent. « C’est la fin d’un long voyage pour des parents qui devaient autrefois parcourir des centaines de kilomètres pour une intervention spécialisée. »

Commune Lacs 1
© Commune Lacs 1

Pourquoi cette avancée dépasse les frontières du Togo

Par ailleurs, les observateurs régionaux perçoivent cette inauguration comme un signal fort. Elle prouve que les partenariats public-privé (PPP), portés par des acteurs engagés comme Smile Train, comblent rapidement les lacunes des plateaux techniques locaux.

En d’autres termes, Aného devient un laboratoire de résilience sanitaire. En décentralisant les soins de haute spécialité, le Togo renforce aussi son filet de sécurité sociale et offre un cadre rassurant où l’humanisation des soins prime sur l’austérité hospitalière.

Commune Lacs 1
© Commune Lacs 1

L’espoir au bout du bistouri

Au-delà des chiffres et des équipements, l’impact social est immédiat. Pour les familles de la préfecture des Lacs, ce bloc chirurgical signifie moins d’angoisse, des coûts de transport réduits et, surtout, la garantie d’une prise en charge digne.

Alors que les premiers patients s’apprêtent à franchir les portes de ce sanctuaire de santé, une nouvelle page de l’histoire médicale togolaise s’écrit, portée par l’excellence et l’équité.

 

En définitive, si le rideau est tombé sur la cérémonie protocolaire de ce mardi, c’est un tout autre rideau qui se lève désormais : celui d’un bloc opératoire prêt à changer des destins. En revenant à ce ruban coupé sous le soleil d’Aného, on comprend que l’infrastructure n’est que le point de départ d’une boucle vertueuse.

Ainsi, en offrant aujourd’hui à ces enfants les soins qu’ils méritent, le CHP et ses partenaires ne font pas que moderniser un hôpital ; ils sécurisent l’avenir de ceux qui, demain, porteront à leur tour le développement de la préfecture des Lacs. La promesse est tenue, le cycle de l’espoir est lancé.

Togo : Une stratégie à 500 millions USD après la COP30

LOMÉ (Togo), 24 février 2026 — Après une participation remarquée au sommet (COP30 )de Belém au Brésil, le Togo passe à la vitesse supérieure. Le gouvernement a dévoilé une stratégie audacieuse pour transformer ses engagements environnementaux en investissements concrets, avec une enveloppe potentielle dépassant les 500 millions de dollars.

Ainsi, le Togo ne veut plus seulement participer aux grands messes climatiques ; il veut encaisser les dividendes de sa diplomatie verte. Le jeudi 19 février dernier, lors d’une session de restitution à Lomé, les autorités ont dressé le bilan de la COP30 tout en posant les jalons de la COP31, avec pour objectif de passer des discours politiques à une rentabilité écologique tangible.

 

Un trésor de guerre pour la résilience

Par ailleurs, la moisson de la COP30, qui s’est tenue en novembre dernier au Brésil, s’avère prometteuse. Grâce à une approche ciblée auprès de cinq partenaires internationaux — dont le Fonds Vert pour le Climat (GCF) et le Japon — le pays a identifié des leviers de financement des massifs.

Selon les projections officielles, le Togo pourrait mobiliser entre 354 et 544 millions de dollars US sur les cinq prochaines années. Ces fonds ne sont pas de simples aides, mais le résultat d’une stratégie visant à présenter des dossiers « bancables », capables de séduire les mécanismes financiers les plus rigoureux.

 

Au-delà du cash : le transfert technologique

Mais la stratégie togolaise ne se limite pas aux chiffres. La feuille de route présentée à Lomé met en avant des acquis structurels majeurs :

  • Innovation numérique : le gouvernement a noué un partenariat avec Evercity pour développer des plateformes technologiques.
  • Révolution agricole : une collaboration avec Embrapa vise à renforcer la recherche et la résilience des sols.
  • Gouvernance locale : des échanges avec le Fonds Mondial pour le Développement des Villes (FMDV) doivent transformer l’urbanisme national.

 

Le cap vers la COP31 : « Priorité à l’impact »

Pour la future COP31, le gouvernement a défini une architecture de préparation reposant sur trois piliers fondamentaux. Le Directeur de cabinet du ministère de l’Environnement a martelé la nécessité de cibler les secteurs les plus vulnérables tout en garantissant une transparence totale dans le suivi des investissements.

« Il s’agit de répondre avec précision aux critères des fonds mondiaux pour transformer nos ambitions en réalités durables », a-t-il souligné devant un parterre d’experts et d’ONG.

En somme, en uniformisant ses projets aux normes du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et du Fonds d’Adaptation, le Togo entend renforcer sa crédibilité et s’imposer comme le bon élève de la finance climatique en Afrique de l’Ouest.

ARCEP Togo : conservation des forfaits et facturation internet plus transparente

C’est une petite révolution dans l’univers des télécommunications togolaises. L’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP) a annoncé, le 20 février dernier, une série de mesures destinées à renforcer les droits des consommateurs face aux opérateurs mobiles YAS Togo et Moov Africa Togo.

Conservation des forfaits non utilisés, facturation internet plus précise et prolongation de la durée de validité des cartes SIM : ces nouvelles règles entendent répondre à des plaintes récurrentes d’abonnés, souvent frustrés par la disparition jugée « rapide » de leurs unités ou de leurs données.

 

Les forfaits non consommés désormais récupérables

Jusqu’ici, les abonnés perdaient définitivement leur forfait arrivé à expiration, même s’ils n’avaient pas utilisé toutes leurs minutes ou données. Désormais, ils peuvent récupérer leurs volumes non consommés à condition de souscrire à la même offre dans le délai de conservation fixé.

Ce délai est fixé à :

  • 10 jours pour les forfaits dont la validité est inférieure ou égale à 10 jours ;
  • 30 jours pour les forfaits valables plus de 10 jours.

Autre changement : lorsque plusieurs forfaits sont actifs en même temps, le système privilégiera celui dont la date d’expiration ou de conservation est la plus proche. L’objectif est d’éviter que des volumes soient perdus sans avoir été utilisés.

 

L’ARCEP du Togo : une facturation internet au plus près de la consommation réelle

 

Autre avancée notable : l’unité de décompte unique pour l’internet mobile devient l’octet, soit la plus petite unité de mesure des données numériques.

Concrètement, cela signifie que les volumes facturés correspondront exactement à la quantité de données réellement consommée. Cette exigence place le Togo parmi les pays les plus stricts de la sous-région en matière de transparence tarifaire.

Pour de nombreux utilisateurs, cette précision pourrait mettre fin au sentiment d’« épuisement anormal » des forfaits internet, souvent dénoncé sur les réseaux sociaux.

 

Cartes SIM : validité prolongée et règles concertées

Une carte SIM plus longtemps active – La durée avant qu’une carte SIM inutilisée ne devienne inactive passe de trois à six mois. Cette extension protège les abonnés qui n’utilisent pas régulièrement leur ligne, notamment ceux vivant à l’étranger ou disposant de plusieurs cartes. Tant que la carte reste active, le crédit présent sur le compte principal ne sera pas perdu.

Un processus concerté – L’ARCEP affirme que ces mesures résultent d’une concertation avec les opérateurs et trois associations de consommateurs : la Ligue des consommateurs du Togo (LCT), l’Association togolaise des consommateurs (ATC) et le Mouvement Martin Luther King (MMLK). L’autorité a mis en place des mécanismes de suivi pour garantir le respect effectif des nouvelles règles.

 

Vers une relation plus équilibrée ?

Au-delà des aspects techniques, cette décision traduit une volonté de renforcer la confiance entre opérateurs et usagers. Dans un pays où le téléphone mobile est devenu un outil central — pour communiquer, travailler, effectuer des transactions financières ou accéder à l’information — la clarté des offres est devenue un enjeu majeur.

En imposant davantage de transparence et en prolongeant la durée de vie des services, le régulateur cherche à instaurer une relation plus équilibrée entre les entreprises de télécommunications et leurs millions d’abonnés.

Reste désormais à observer l’application concrète de ces mesures et leur impact sur l’expérience quotidienne des consommateurs togolais.

Vo 2 renforce la santé infantile avec un modèle intégré de services sociaux

Vo, région Maritime, 24 février 2026 – Dans cette commune rurale du sud-est togolais, la question de la santé infantile ne relève plus seulement des structures médicales : elle devient une affaire collective. Le 19 février 2026, le maire de la commune Vo 2, TOMEGAH Dominique Godfroy, a réuni autorités traditionnelles, responsables communautaires et professionnels de santé autour d’un objectif clair : repenser l’offre locale de soins pour mieux protéger l’enfant et le nouveau-né.

Au centre des échanges, un thème ambitieux : « Le modèle intégré d’offre de soins et services pour la survie et le développement de l’enfant ». Derrière cette formule, une volonté de décloisonner les services sociaux de base et de renforcer leur efficacité.

Commune Vo2 Mairie de Togoville
© Commune Vo2 Mairie de Togoville

Une mobilisation communautaire élargie

Chefs cantons, chefs de villages, membres des comités villageois de développement, associations locales et responsables des unités de soins périphériques ont répondu à l’invitation. Cette forte mobilisation révèle un changement d’approche : les acteurs locaux ne perçoivent plus la santé maternelle et infantile comme une question strictement médicale, mais comme un enjeu social global.

Ainsi, des spécialistes du district sanitaire de Vo ont animé la rencontre pour détailler les fondements du modèle intégré. L’idée est simple : mieux coordonner les services existants, éviter les ruptures dans la prise en charge et rapprocher les structures de soins des populations.

Commune Vo2 Mairie de Togoville
© Commune Vo2 Mairie de Togoville

Placer le nouveau-né au cœur des priorités

Dans de nombreuses localités rurales, l’accès aux soins reste tributaire de la distance, du coût et du niveau d’information des familles. Ainsi, en mettant l’accent sur le nouveau-né et l’enfant, la commune de Vo 2 affirme une orientation forte : investir dès les premiers jours de vie pour garantir un développement harmonieux.

Par ailleurs, le modèle présenté insiste sur plusieurs axes :

  • un suivi renforcé de la grossesse et de l’accouchement ;
  • une meilleure coordination entre sages-femmes, agents de santé communautaires et autorités locales ;
  • une sensibilisation accrue des familles sur les pratiques de prévention ;
  • un accès simplifié aux soins essentiels.

Cette approche intégrée vise aussi à réduire les risques évitables et à améliorer les indicateurs de santé infantile, encore fragiles dans certaines zones rurales.

Commune Vo2 Mairie de Togoville
© Commune Vo2 Mairie de Togoville

Un pari sur le capital humain

Au-delà de la santé, la démarche s’inscrit dans une vision plus large du développement local. Pour le maire, placer l’enfant au centre de l’action publique revient aussi à investir dans le capital humain de la commune. Une population en meilleure santé constitue le socle d’un développement économique et social durable.

Cette initiative traduit également une volonté de synergie : elle engage les autorités locales, les structures sanitaires et les communautés à travailler ensemble, dans une logique de responsabilité partagée.

Commune Vo2 Mairie de Togoville
© Commune Vo2 Mairie de Togoville

Vers un modèle reproductible ?

Si l’expérience de Vo 2 porte ses fruits, elle pourrait en effet inspirer d’autres communes togolaises confrontées aux mêmes défis. L’approche intégrée, en privilégiant la proximité et la coordination, répond aux réalités des territoires où les ressources sont limitées mais où la mobilisation communautaire demeure forte.

À Vo 2, le message est clair : le développement commence dès la naissance. Et la commune considère désormais la qualité des services offerts aux plus vulnérables comme un indicateur majeur de la performance locale.