Lomé tend de nouveau la main aux investisseurs de la diaspora

LOMÉ, 22 avril 2026 Le gouvernement togolais accélère sa stratégie de mobilisation des compétences et des capitaux de l’extérieur. Dans un communiqué officiel, le ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’extérieur a annoncé la tenue, le 26 avril 2026, de la troisième session virtuelle dédiée aux opportunités d’investissement au pays. Un rendez‑vous qui s’inscrit dans le cadre du suivi rigoureux des engagements de la dernière Table ronde économique.

Depuis quelques années, la diaspora n’est plus seulement perçue comme une source de transferts de fonds familiaux, mais comme un partenaire stratégique de premier plan. C’est pourquoi Lomé multiplie les passerelles numériques pour présenter des projets concrets aux Togolais vivant aux quatre coins du globe. Cette nouvelle rencontre, prévue à 16 heures GMT via la plateforme Zoom, se veut une étape charnière pour transformer les intentions de la Table ronde en réalités industrielles et commerciales.

 

Une vitrine pour les projets structurants

Le thème de cette session, « Opportunités et projets d’investissement au Togo », n’est pas le fruit du hasard. En effet, le ministère entend détailler des feuilles de route précises dans des secteurs porteurs tels que l’agrobusiness, l’économie numérique et les infrastructures. L’objectif est limpide : offrir à la diaspora une visibilité totale sur les réformes en cours et les garanties offertes par le climat des affaires togolais.

Par ailleurs, ce format virtuel permet de briser les barrières géographiques, offrant ainsi la possibilité aux entrepreneurs de Paris, New York, Berlin ou Abidjan de dialoguer directement avec les techniciens du ministère. Toutefois, au‑delà de la simple présentation, l’enjeu réside dans la capacité de l’administration à rassurer ces investisseurs sur la sécurisation de leurs avoirs et la rentabilité des projets proposés.

 

Un suivi rigoureux de la Table ronde économique

Cette troisième session témoigne surtout d’une volonté de continuité. En plus, cette réunion constitue le véritable service après‑vente de la Table ronde économique. Le gouvernement togolais montre ainsi qu’il ne s’arrête pas aux annonces, mais qu’il assure un suivi permanent pour maintenir la confiance des fils et filles du pays à l’étranger.

En définitive, pour les Togolais de l’extérieur souhaitant participer à l’émergence nationale, le rendez‑vous du 26 avril est une occasion unique d’accéder à des informations de première main. Les intéressés doivent se connecter via les codes d’accès fournis par la diplomatie togolaise (ID de réunion : 867 7788 2316) pour rejoindre la discussion, marquant ainsi un nouveau pas vers une intégration économique renforcée de la diaspora.

Cette offensive numérique confirme que le Togo mise désormais sur une « diplomatie de résultats », où chaque membre de la diaspora est comme un actionnaire potentiel de la croissance nationale.

 

SIAM 2026 : le Togo renforce ses partenariats agricoles à Meknès

MEKNÈS, 22 avril 2026 – Alors que le Maroc célèbre la 18ᵉ édition de son Salon International de l’Agriculture (SIAM), le pavillon togolais ne passe pas inaperçu. Du 20 au 26 avril 2026, une délégation de haut rang du ministère de l’Agriculture séjourne dans la cité impériale de Meknès. L’objectif affiché est clair : capter les innovations chérifiennes pour accélérer la transformation structurelle des campagnes togolaises.

Sous l’impulsion de l’ambassade du Togo à Rabat, le stand national, aux couleurs du pays, est devenu le théâtre d’une diplomatie économique active. En effet, loin de se contenter d’une simple présence protocolaire, la délégation conduite par M. Anani Kodjogan Kpadenou, directeur des grands projets agricoles, a multiplié les rencontres de haut niveau dès l’ouverture des portes du salon.

Ambassade du Togo au Maroc
© Ambassade du Togo au Maroc

Le partenariat avec OCP Africa au cœur des échanges

Par ailleurs, l’état‑major du géant mondial des phosphates, le groupe OCP, a accordé une audience stratégique à la délégation togolaise, ouvrant ainsi la voie à une excellente coopération. Autour de Mme Hajar Alafifi, directrice générale d’OCP Africa, mais aussi de Mme Ghita Benazzouz, directrice de la communication, et de Mme Houda Zindine, responsable des affaires publiques Afrique chez OCP Nutricrops, les émissaires togolais — dont Maman Sani Songai, expert en semences, et Sina Kassam, chargé de mission ministériel — ont jeté les bases de nouvelles collaborations.

De fait, les discussions ont porté sur deux piliers essentiels pour le pays :

  • La fertilisation des sols, enjeu majeur pour accroître les rendements des petits producteurs.
  • La transformation agro‑industrielle, passage nécessaire d’une agriculture de subsistance à une économie de valeur ajoutée.

Ambassade du Togo au Maroc
© Ambassade du Togo au Maroc

Vers une souveraineté alimentaire renforcée

Cette offensive à Meknès s’inscrit dans la feuille de route gouvernementale togolaise qui vise à faire de l’agriculture le moteur de la croissance nationale. Par ailleurs, cette mission illustre l’excellence de la coopération bilatérale entre Lomé et Rabat, deux capitales résolument tournées vers une vision partagée du développement Sud‑Sud.

Finalement, pour l’Ambassade du Togo au Maroc, cette participation au SIAM 2026 dépasse le cadre de la simple promotion commerciale. Elle constitue une étape de plus vers la souveraineté alimentaire du pays, en connectant les acteurs publics togolais aux technologies de pointe et aux solutions durables proposées par le leader marocain de la nutrition des sols.

À Meknès, le modèle togolais des « Grands projets agricoles » suscite l’intérêt des investisseurs, confirmant que le pays de Faure Gnassingbé entend désormais jouer les premiers rôles dans l’agrobusiness ouest‑africain.

Togo : Kara célèbre les couleurs nationales pour le 66ᵉ anniversaire de l’indépendance

KARA, 22 avril 2026 À l’approche du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du Togo, le campus de Kara s’est paré du drapeau togolais. L’Agora du « 21 janvier 2004 » a vibré, mardi 21 avril 2026, au rythme d’une vaste campagne de sensibilisation portée par le Ministère chargé des Droits Humains. Objectif : restaurer le prestige des symboles de l’État auprès d’une jeunesse en quête de repères. Ainsi, le gouvernement entend transformer les futurs cadres de la nation en ambassadeurs du patriotisme.

Université de Kara Togo Officielle
© Université de Kara Togo Officielle

Le campus, laboratoire de citoyenneté

Dans le cadre solennel du campus sud de l’Université de Kara (UK), l’heure n’était pas aux cours magistraux habituels, mais à une leçon de civisme grandeur nature. En choisissant l’université comme étape majeure de sa tournée nationale, le gouvernement togolais entend transformer les futurs cadres de la nation en ambassadeurs du patriotisme.

Pour les autorités universitaires, cette mobilisation n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans la continuité du programme « Campus Citoyen », une initiative locale visant à faire de l’espace académique un lieu d’engagement civique permanent.

« Cette démarche renforce des valeurs durables au sein de notre communauté », a martelé M. Assoté Ebgaou, Secrétaire général de l’UK, représentant la présidence de l’institution. En effet, un étudiant présent a confié : “Nous ne regardons plus le drapeau comme une simple étoffe, mais comme un rappel de ce que nous devons à notre pays.”

Université de Kara Togo Officielle
© Université de Kara Togo Officielle

Le drapeau, bien plus qu’une étoffe

Au cœur des échanges, le drapeau national a cristallisé toutes les attentions. M. Talim Anathère, Secrétaire général du ministère chargé des Droits Humains, a rappelé que cette campagne nationale, déployée dans les écoles et universités du pays, vise à faire du respect des symboles le socle de l’identité togolaise.

Cependant, face à une montée parfois désordonnée des couleurs ou à une méconnaissance des codes de conduite républicains, l’État a choisi la pédagogie. Qu’exprime le vert ? Quelle attitude adopter lors de la montée du drapeau ? Autant de questions qui ont nourri des débats passionnés entre étudiants et officiels. D’ailleurs, le vert, symbole d’espérance, a suscité des échanges vibrants, preuve que les couleurs nationales peuvent encore éveiller une émotion collective.

Université de Kara Togo Officielle
© Université de Kara Togo Officielle

Un sentiment d’appartenance à consolider

Présent pour l’ouverture officielle, le maire de la Kozah, Me N’Djélé Edah, a salué une initiative nécessaire pour consolider le « vivre‑ensemble ». Pour l’édile, le respect des institutions commence par la compréhension profonde de ce qu’elles représentent.

En quittant l’Agora, les étudiants de Kara ne sont pas repartis avec de simples connaissances théoriques, mais avec une mission : celle de porter haut les couleurs nationales, non seulement lors des célébrations officielles du 27 avril, mais dans chaque acte de leur vie de citoyen.

En somme, cette rencontre marque une étape clé dans la réappropriation des valeurs républicaines par la nouvelle génération. Mais au‑delà des cérémonies, ces valeurs trouveront‑elles un écho dans la vie quotidienne des jeunes citoyens ?

Coco De Kofi : de la prison à la tête de CDK Group

LOMÉ, 22 avril 2026 Il y a des trajectoires qui s’écrivent dans la douleur avant de s’épanouir dans la résilience. Celle de Woenagnon Kofi, plus connu sous le pseudonyme de Coco De Kofi, appartient à cette catégorie rare. Ancien détenu devenu figure de proue de l’événementiel et de l’humanitaire au Togo, cet homme de 36 ans a transformé une injustice judiciaire en un empire de solidarité. Portrait d’un « Joseph » moderne qui a fait de la prison son tremplin.

 

Le jour où tout bascule

L’histoire bascule un jour de 2008 sur le tarmac de l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma. À l’époque, Coco De Kofi n’a que 18 ans. Jeune président du groupe de ballet « Jeunes Espoirs », il rêve d’Allemagne, où sa troupe est attendue pour une série de représentations. Mais le rêve vire au cauchemar bureaucratique : les visas fournis par leur manager s’avèrent être des faux.

Face à la police de l’air, le jeune leader fait un choix sacrificiel : il assume seul la responsabilité administrative pour épargner ses camarades. « J’ai préféré porter le poids de l’erreur pour que mes amis soient libres », confiera‑t‑il plus tard. Il ne le sait pas encore, mais il vient de franchir les portes d’un enfer qui durera trois ans et demi.

 

Le « dossier perdu » et l’éveil d’une conscience

Derrière les murs de la prison civile de Lomé, Woenagnon Kofi subit de plein fouet les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire. Placé en détention préventive, son dossier s’égare dans les méandres de l’administration. Sans jugement, sans date de sortie, il devient un prisonnier « oublié ».

Pourtant, au lieu de sombrer dans l’amertume, le jeune homme se mue en porte‑parole. Sensible à la précarité de ses codétenus, il organise la vie sociale interne et interpelle sur les conditions d’hygiène. Son destin bascule à nouveau en 2011 lors d’une visite officielle du ministre de la Justice de l’époque. À la faveur d’une activité culturelle qu’il organise entre les murs, il parvient à exposer son cas de vive voix. Quelques jours plus tard, l’erreur est reconnue : il est libéré immédiatement.

 

SMPDD : Structurer l’indignation

À sa sortie, l’ancien détenu ne tourne pas la page. Il décide, au contraire, d’en écrire un nouveau chapitre dédié à ceux qu’il a laissés derrière les barreaux. En 2013, il fonde la Solidarité Mondiale pour les Personnes Démunies et les Détenus (SMPDD).

L’association ne se contente pas de distribuer des vivres. Elle s’attaque au cœur du problème : l’assistance juridique pour éviter que d’autres ne subissent le sort du « dossier perdu », et la réinsertion sociale pour briser le cycle de la récidive. Par la musique et des concerts de solidarité, il finance l’amélioration des infrastructures sanitaires carcérales, transformant sa notoriété naissante en levier de plaidoyer pour les droits humains.

CDK
© CDK

L’ascension de CDK Group : l’événementiel au service du social

Aujourd’hui, l’homme d’affaires a pris le pas sur l’activiste, sans jamais le renier. À la tête de CDK Group, une entité mêlant sécurité privée et événementiel, Coco De Kofi est devenu un acteur incontournable de la scène culturelle togolaise.

Le début de l’année 2026 a marqué un tournant spectaculaire pour son groupe. En janvier, il réussit le tour de force de réunir les ténors de l’humour africain, comme l’Ivoirien Gohou Michel et Agalawal, lors d’un gala destiné aux enfants souffrant de détresse respiratoire. Plus récemment, le 4 avril dernier, c’est le Stade Omnisport de Lomé qu’il faisait vibrer avec la star Himra, prouvant que sa capacité de mobilisation dépasse désormais largement le cadre militant.

Pour Woenagnon Kofi, la réussite n’est pas une fin en soi, mais une revanche sur le sort. S’il n’est pas devenu ministre comme le Joseph biblique auquel ses proches le comparent volontiers, il a construit une influence peut‑être plus durable : celle d’un homme qui a su transformer les fers de l’injustice en clés pour l’avenir de la jeunesse togolaise. Et si la prison, loin de briser un destin, pouvait parfois en révéler la force ?

Lomé : Le Golfe 4 adopte son compte administratif 2025

          La commune du Golfe 4, cœur battant et politique de la capitale togolaise, a adopté mardi son compte administratif 2025. Un satisfecit budgétaire pour l’opposant historique, malgré les défis persistants de la décentralisation.

 

C’est un rituel républicain qui, dans le Golfe 4, prend souvent des airs de test de légitimité. Mardi 21 avril, dans la salle délibérante de cette commune stratégique de Lomé — qui englobe aussi bien les quartiers populaires que le centre des affaires —, les conseillers municipaux ont tranché. Une large majorité a validé le compte administratif de l’exercice 2025 (17 voix pour et 3 abstentions), mettant ainsi un terme au « marathon budgétaire » de l’exécutif municipal.

L’enjeu de cette 9ᵉ journée de session ordinaire dépassait la simple arithmétique comptable. Car dans cette municipalité dirigée par l’une des figures de proue de l’opposition nationale, l’opinion et les conseillers scrutent chaque ligne de dépense et interrogent chaque recette.

Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive
© Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive

Une reddition de comptes sous surveillance

La matinée a été rythmée par l’exposé du Trésorier des communes Golfe 1, 4 et 6. Un exercice de pédagogie financière qui a rapidement laissé place à des « échanges nourris ». Selon des participants, les conseillers n’ont pas ménagé l’exécutif, multipliant les demandes d’éclaircissements sur la destination des fonds publics.

« C’est la preuve de la vitalité de notre institution », glisse-t-on dans l’entourage du maire. Cette phase de reddition de comptes est cruciale au Togo, où la décentralisation, encore jeune, cherche son second souffle. Pour le Golfe 4, il s’agit de prouver que l’autonomie locale n’est pas qu’un concept juridique, mais une réalité budgétaire capable de répondre aux attentes de populations exigeantes.

Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive
© Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive

Le retrait du maire, une chorégraphie légale

Comme l’exige le protocole pour éviter tout conflit d’intérêts lors de l’approbation de sa propre gestion, Jean-Pierre Fabre a dû s’éclipser au moment du vote. La présidence de séance a été confiée à Madame Candide Bamezon-Toulan Leguede.

Le résultat est sans appel : aucune voix contre. Avec 17 votes favorables sur 20 votants (dont deux procurations), le maire sort conforté de cet exercice. Les trois abstentions rappellent néanmoins qu’au sein de ce conseil, le consensus n’est pas automatique et que la gestion des deniers publics reste un sujet de vigilance pour une partie des élus.

Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive
© Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive

Vers les défis de 2026

Si ce vote valide le passé, il ouvre surtout la voie au futur. En validant sa gestion de 2025, la commune se donne une visibilité politique nécessaire pour entamer les chantiers de 2026.

Dans un contexte national où les municipalités peinent parfois à mobiliser leurs propres ressources fiscales, le Golfe 4 tente de s’imposer comme un modèle de rigueur administrative. Jean-Pierre Fabre voit dans cette adoption à une « large majorité » un signal fort envoyé tant à ses administrés qu’au pouvoir central : sa municipalité tient ses comptes et maintient sa trajectoire de développement, malgré les vents contraires.

Togo : Cap sur le budget 2027-2029 entre croissance et défi de la dette

                             À Lomé, le gouvernement a lancé, lundi 20 avril, les travaux de cadrage pour la période 2027‑2029. Entre une croissance robuste et une dette qui dévore les recettes, l’exécutif tente de sanctuariser ses marges de manœuvre.

Dans les couloirs feutrés du Centre administratif des services économiques et financiers (CASEF) de Lomé, l’ambiance était, ce 20 avril, à la discipline quasi chirurgicale. Le Togo vient de donner le coup d’envoi de son Cadre budgétaire à moyen terme (CBMT) pour la période 2027‑2029. Cet instrument de planification pluriannuelle projette sur trois ans l’évolution des recettes, des dépenses, du déficit et de la dette publique, offrant une cohérence entre politiques publiques et moyens financiers.

En effet, derrière cet acronyme technique se cache la boussole financière du pays pour les trois prochaines années : un exercice de haute voltige qui doit concilier les ambitions de la « feuille de route 2026‑2031 » et une réalité comptable de plus en plus étroite.

Ministère des Finances et du Budget du Togo
© Ministère des Finances et du Budget du Togo

Une résilience en trompe‑l’œil ?

Sur le papier, les indicateurs togolais affichent une santé insolente dans une sous‑région malmenée par l’instabilité. La croissance a atteint 6,2 % en 2025, l’inflation est restée contenue à 0,4 %, et le déficit budgétaire a reculé de 5,5 % à 3,2 % du PIB. Ainsi, le pays fait figure de bon élève de l’UEMOA.

Pourtant, le tableau brossé par Akou Mawussé Adetou Afidenyigba, directrice de cabinet du ministère des Finances, est loin de tout triomphalisme. La dette publique demeure élevée, à 62,6 % du PIB, et le service de la dette absorbe plus de 85 % des recettes fiscales. En clair, pour chaque franc collecté par l’État, il ne reste que 15 centimes pour financer les écoles, les routes ou les hôpitaux une fois les créanciers payés.

Ministère des Finances et du Budget du Togo
© Ministère des Finances et du Budget du Togo

Le défi de la pression fiscale

Le gouvernement se retrouve face à un goulot d’étranglement structurel. La pression fiscale plafonne à 13,1 % du PIB, bien en deçà de la norme communautaire de 20 %. Cette faible mobilisation des ressources domestiques, couplée à une masse salariale représentant 6,9 % des recettes fiscales (au‑delà du seuil de soutenabilité) et à des investissements publics stabilisés autour de 6,6 % du PIB (458 milliards de FCFA), limite drastiquement les capacités d’investissement.

Pour desserrer l’étau, Lomé mise sur deux leviers :

  • La transition numérique : une digitalisation accrue de l’administration fiscale pour élargir l’assiette sans étouffer les contribuables actuels.
  • Le recours au privé : face à la raréfaction de l’aide internationale et aux tensions géopolitiques, le Togo veut séduire les investisseurs via des partenariats public‑privé (PPP) pour porter ses projets structurants.

Ministère des Finances et du Budget du Togo
© Ministère des Finances et du Budget du Togo

Une planification sous influence sécuritaire

Au‑delà des chiffres, c’est le contexte sécuritaire régional qui hante les prévisions. En outre, la menace persistante au nord du pays, les tensions géopolitiques et les chocs climatiques récurrents imposent des dépenses incompressibles et exigent une planification budgétaire anticipative.

Toutefois, l’originalité de cette session de cadrage réside toutefois dans son ouverture. Pour la première fois, la société civile a été invitée à exprimer ses attentes dès la phase de conception. Une manière pour le pouvoir de renforcer la « crédibilité macroéconomique » du pays auprès des partenaires internationaux (FMI, Banque mondiale), tout en cherchant un consensus social sur des arbitrages budgétaires qui s’annoncent, par définition, douloureux.

Ministère des Finances et du Budget du Togo
© Ministère des Finances et du Budget du Togo

Finalement le message envoyé par Lomé est clair : le temps de la dépense débridée est révolu. Place à une « discipline innovante », seul rempart, selon le ministère, pour préserver la souveraineté économique du pays dans un environnement global de plus en plus imprévisible.

Togo : 52 militaires incarcérés, la crise s’enracine dans les FAT

                   Cinquante-deux militaires, dont huit femmes, ont été placés sous mandat de dépôt à la prison civile de Lomé. Accusés d’« incitation à la mutinerie », ces arrestations massives lèvent le voile sur un malaise persistant au sein de l’institution militaire togolaise.

L’enceinte de la prison civile de Lomé a accueilli, ces derniers jours, des pensionnaires d’un genre particulier. Selon des informations concordantes, les autorités ont transféré cinquante-deux membres des Forces armées togolaises (FAT) dans le principal centre pénitentiaire de la capitale. La justice a placé en détention ce groupe, composé de quarante-quatre hommes et de huit femmes, après une série d’interpellations visant diverses unités du pays.

 

Une détention sous haute surveillance

La justice militaire accuse cinquante-deux militaires — dont huit femmes — d’incitation à la mutinerie et les a placés sous mandat de dépôt à la prison civile de Lomé. Les autorités ont installé les détenus dans un quartier de haute sécurité, isolé du reste de la population carcérale, afin d’empêcher toute propagation de la contestation ou tout contact non maîtrisé avec l’extérieur.

Le ministère des Armées et l’état-major restent muets : aucune communication officielle n’a, pour l’heure, précisé la nature exacte des faits reprochés ni les circonstances des interpellations.

 

Un malaise profond au sein des rangs

Le chiffre de cinquante-deux interpellations frappe les esprits, mais il ne représente que la partie émergée de l’iceberg. Des sources proches des milieux de la défense évoquent un climat délétère au sein de la « Grande Muette ». Selon ces mêmes observateurs, le nombre total de militaires actuellement détenus à Lomé pourrait s’élever à plus de 500, parmi lesquels figureraient vingt-six femmes.

Si ces chiffres se confirment, ils révéleraient une crise de confiance profonde entre le commandement et une partie de la troupe. Les causes de ce malaise restent multiples et font l’objet de nombreuses spéculations :

  • Des revendications liées aux conditions de vie et de solde ;
  • Des tensions internes liées à la stratégie de lutte contre l’insécurité aux frontières nord ;
  • Des divergences sur la gestion de la discipline interne.

 

Une armée fragilisée sous pression

Alors que de nouvelles vagues d’arrestations sont redoutées, l’affaire demeure extrêmement sensible dans un pays où l’armée constitue le pilier central du pouvoir. Le placement en détention de personnels féminins en nombre significatif souligne également que la grogne n’épargne aucune composante des FAT.

À Lomé, les questions restent, pour l’instant, sans réponses officielles. Mais l’isolement de ces cinquante-deux soldats confirme que, derrière la façade de discipline de l’armée togolaise, les craquements se font de plus en plus audibles.

Togo : L’opposition (ANC) boycotte les célébrations de l’indépendance du 27 avril

                À l’approche du 66ᵉ anniversaire de l’accession à la souveraineté internationale, l’Alliance nationale pour le changement (ANC) a annoncé son refus de participer aux festivités officielles du 27 avril. Le parti de Jean-Pierre Fabre dénonce une dérive autoritaire et appelle à une « vraie » indépendance.

Alors que Lomé se pare de ses couleurs nationales pour les préparatifs du traditionnel défilé militaire et civil, une voix discordante s’élève depuis le siège de l’opposition. L’ANC a fait savoir, le lundi, qu’elle ne s’associerait pas aux célébrations officielles de la fête de l’indépendance. Dans ce contexte, marqué par la récente réforme constitutionnelle ayant fait basculer le pays vers un régime parlementaire, la décision prend une dimension symbolique forte.

 

« Ce sera sans nous. »

Pour la formation orange, l’heure n’est pas aux réjouissances. Eric Dupuy, porte-parole de l’ANC, a justifié ce boycott en fustigeant ce qu’il qualifie d’« indépendance de façade ». Selon lui, les idéaux des pères de l’indépendance de 1960 — le « Travail, la Liberté, la Patrie » — seraient aujourd’hui vidés de leur substance par un système qu’il juge verrouillé. Par ailleurs, le parti réclame un retour aux fondamentaux démocratiques avant toute parade protocolaire :

  • Une transparence électorale accrue ;
  • Le respect strict des libertés publiques et de manifestation ;
  • Une gouvernance rendant réellement compte aux citoyens.

« Participer à ces cérémonies reviendrait à cautionner un simulacre de démocratie », explique-t-on dans l’entourage du parti. L’ANC estime que la souveraineté d’un peuple ne se mesure pas au faste des défilés, mais à la capacité des citoyens à choisir librement leurs dirigeants. Ainsi, le boycott s’inscrit dans une logique de contestation plus large.

 

66ᵉ anniversaire : l’opposition refuse les célébrations, le gouvernement appelle à l’unité

Ce boycott n’est pas une première pour l’opposition togolaise, mais il intervient cette année dans un contexte de rupture profonde. En outre, depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 2024, qui permet  Faure Essozimna Gnassingbé, de devenir président du Conseil — un poste qui lui permet de se maintenir au pouvoir sous une nouvelle forme de gouvernance — le fossé entre le pouvoir et ses détracteurs s’est élargi.

Cependant, le gouvernement rejette ces accusations et appelle à l’unité nationale autour de la thématique de la « résilience et de l’ambition ». Pour les autorités, le 27 avril doit rester un moment de cohésion sacrée, au-delà des clivages partisans. Toutefois, entre la fierté d’une nation qui célèbre son parcours et les revendications d’une opposition qui se sent exclue du jeu politique, l’indépendance du Togo continue, soixante-six ans après, de faire l’objet d’une bataille de récits acharnée.

Le Togo achète 4 avions Super Tucano pour sécuriser ses frontières Nord

                   Face à l’enracinement de la menace djihadiste dans la région des Savanes, Lomé a finalisé l’acquisition de quatre avions d’attaque légère A-29 Super Tucano auprès du constructeur brésilien Embraer. En effet, un investissement stratégique estimé à 70 millions d’euros vise à reprendre l’initiative dans le ciel septentrional.

 

Le ciel du nord du Togo s’apprête à changer de visage. selon plusieurs sources concordantes confirmant une information qui circulait depuis la fin de l’année 2024, le gouvernement togolais a porté son choix sur l’avionneur brésilien Embraer pour moderniser son aviation de combat. Ce contrat, dont le montant avoisinerait les 70 millions d’euros, porte sur la livraison de quatre appareils A-29 Super Tucano, des avions de conception robuste spécifiquement taillés pour les théâtres d’opérations asymétriques.

 

Une réponse chirurgicale à la menace JNIM

L’acquisition de ces vecteurs aériens n’est pas un luxe de parade. Depuis 2023, la préfecture de Kpendjal, à la frontière avec le Burkina Faso, subit une pression constante des groupes liés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Pour l’état-major togolais, l’enjeu est de combler un déficit de surveillance et de puissance de feu dans une zone de savanes et de forêts où l’ennemi joue de sa mobilité.

Le Super Tucano s’impose comme l’outil idéal pour cette « guerre de l’ombre » :

  • Autonomie record : capable de patrouiller plus de 8 heures, il offre une permanence en l’air indispensable pour la surveillance des frontières. De surcroît, cette endurance réduit les temps morts entre les missions.
  • Agilité technique : il peut décoller et atterrir sur des pistes sommaires ou non revêtues, un atout majeur pour les bases avancées du nord.
  • Capacité de frappe : Équipé de blindage en Kevlar et capable d’emporter des roquettes et des bombes guidées, il peut fournir un appui feu immédiat aux troupes au sol prises en embuscade.

 

La stratégie du saut technologique

Avec cette commande, le Togo rejoint le club des pays africains (comme le Nigeria ou le Mali) ayant misé sur cet appareil pour leurs opérations de contre-insurrection. Jusqu’ici, l’armée de l’air togolaise s’appuyait sur une flotte vieillissante d’Alpha Jet et d’hélicoptères Gazelle. Dès lors, l’arrivée des A-29 marque un saut technologique : cockpit compatible avec les jumelles de vision nocturne, systèmes de communication cryptés et capteurs optroniques de dernière génération.

Si Lomé n’a pas encore fait de déclaration officielle — tradition de discrétion oblige sur les dossiers militaires —, la signature de ce contrat avec un « client africain non identifié », mentionnée par Embraer en décembre 2024, ne laissait que peu de doutes aux experts de défense. Ainsi, les observateurs ont rapidement relié cette annonce aux besoins opérationnels du Grand Nord.

 

Un tournant dans la guerre au Nord ?

Sur le terrain, l’intégration de ces appareils pourrait modifier le rapport de force. En privant les groupes armés de leur liberté de mouvement diurne et nocturne, les FAT (Forces Armées Togolaises) espèrent sécuriser durablement les populations civiles du Grand Nord.

Par ailleurs, les observateurs s’attendent à une réduction des embuscades et à une meilleure protection des axes de communication. Cependant, ils rappellent que l’arme aérienne n’est qu’un volet d’une réponse qui se veut aussi sociale et administrative pour tarir les sources du recrutement djihadiste. À cet égard, des mesures de gouvernance locale et de développement restent indispensables pour consolider les gains militaires.

Enquête sur X : Elon Musk ne répond pas à la convocation de Paris

                               Le propriétaire de la plateforme X (anciennement Twitter) ne s’est pas présenté à sa convocation par le parquet de Paris, ce lundi 20 avril. L’enquête pénale, qui porte notamment sur la diffusion de contenus pédopornographiques et de « deepfakes », se heurte au refus de coopération du milliardaire Elon Musk et à des tensions diplomatiques avec Washington.

Le rendez‑vous, fixé depuis février, est resté sans suite : le siège est resté vide. Elon Musk a décliné l’invitation du parquet de Paris, qui souhaitait l’entendre dans le cadre d’un entretien volontaire ce lundi. Cette procédure, de nature non contraignante, n’expose pas la personne convoquée à des poursuites immédiates en cas d’absence. La convocation faisait suite à une perquisition spectaculaire menée en début d’année dans les bureaux parisiens de la société par les enquêteurs de l’unité de lutte contre la cybercriminalité.

Interrogé par la BBC, le parquet de Paris a indiqué avoir « pris note de l’absence des personnes convoquées », tout en soulignant que cette situation ne saurait entraver la poursuite des investigations. Linda Yaccarino, ex‑directrice générale de la plateforme au moment des faits présumés, a également ignoré la procédure.

 

Un dossier alourdi par les dérives de l’intelligence artificielle

Initialement ouverte en 2025 à la suite de signalements portant sur les contenus recommandés par la plateforme, l’instruction a pris une dimension nettement plus sombre ces derniers mois. Les premières investigations visaient notamment des soupçons d’utilisation de l’algorithme de recommandation à des fins d’ingérence dans le débat public français. Les procureurs s’intéressent désormais à Grok, le chatbot développé par xAI et intégré à la plateforme.

Il est reproché à X une forme de « complicité » dans plusieurs infractions graves :

  • la diffusion et la possession de matériel pédopornographique en bande organisée ;
  • la création d’images truquées (« deepfakes ») à caractère sexuel sans consentement, générées via l’IA de la plateforme ;
  • l’extraction frauduleuse de données à grande échelle.

 

Bras de fer diplomatique et « vendetta politique »

Pour Elon Musk, cette offensive judiciaire n’est rien d’autre qu’une « attaque politique ». Un point de vue qui trouverait un écho au sein du ministère de la Justice américain. Selon des informations du Wall Street Journal, Washington aurait opposé une fin de non‑recevoir aux autorités françaises, refusant toute assistance juridique et accusant Paris d’instrumentaliser le système judiciaire américain contre des fleurons de la tech.

Le milliardaire, coutumier du fait — il avait déjà boudé une audience de la Securities and Exchange Commission à Los Angeles en 2024 —, a réagi sur son réseau social en validant la position de son gouvernement d’un laconique : « En effet, cela doit cesser. »

De son côté, la plateforme X rejette l’ensemble des accusations, les qualifiant de « sans fondement » et dénonçant une procédure qu’elle estime attentatoire à la liberté d’expression.

 

Une pression réglementaire mondiale

Malgré cette résistance, X se retrouve de plus en plus isolée. Outre la France, l’Union européenne et le Royaume‑Uni ont multiplié les avertissements et engagé des procédures contre la plateforme, l’accusant de faillir à ses obligations de modération et de mettre en péril la sécurité des mineurs.

Le refus d’Elon Musk de répondre aux questions des magistrats français pourrait conduire le parquet de Paris à envisager des mesures plus contraignantes, bien que leur mise en œuvre à l’échelle internationale s’annonce d’ores et déjà comme un défi juridique majeur, compte tenu de la protection dont semble bénéficier l’entrepreneur outre‑Atlantique.