Le 8 mars 2026, pendant que le monde célébrait la Journée internationale des droits des femmes, un autre cri, plus discret mais tout aussi révélateur, s’est fait entendre à l’intérieur de l’usine CIMTOGO au Togo. Dans la section d’ensachage, plusieurs travailleurs ont cessé leurs activités pour dénoncer ce qu’ils qualifient de conditions de travail précaires et de rémunérations dérisoires.
Au-delà d’une simple grève, cet épisode révèle une question plus profonde qui traverse de nombreuses économies africaines : qui profite réellement de la croissance industrielle ?
Une rémunération jugée dérisoire
Selon le collectif des employés mobilisés, la majorité d’entre eux ne sont pas directement recrutés par l’entreprise, mais passent par un système de sous-traitance connu sous le nom de RMO. Ce mécanisme, affirment-ils, les maintient dans une situation d’instabilité professionnelle et salariale.
Le mode de rémunération est particulièrement contesté. Les travailleurs expliquent être payés à la tonne de ciment ensachée, à hauteur d’environ 118 francs CFA par tonne. Dans une usine où la production peut atteindre plusieurs milliers de tonnes de ciment par jour, ils estiment que l’écart entre la richesse générée et leurs revenus reste difficile à justifier.
Pour les ouvriers, cette réalité nourrit un sentiment d’injustice : tandis que l’activité industrielle prospère, les travailleurs sous-traités affirment devoir se partager des revenus modestes entre des dizaines de collègues.
CIMTOGO : des conditions de travail à haut risque
Au-delà de la question salariale, les employés dénoncent également la pénibilité et les dangers de leur activité quotidienne.
Dans les zones d’ensachage, ils évoquent notamment :
- l’exposition prolongée à la poussière de ciment, potentiellement nocive pour les voies respiratoires ;
- la manipulation répétée de charges lourdes ;
- des horaires étendus, incluant le travail de nuit ;
- des risques d’accidents industriels liés à l’environnement de production.
Autant de facteurs qui, selon eux, justifieraient une meilleure protection sociale et des mesures de sécurité renforcées.
Des revendications simples mais structurantes
Face à cette situation, les travailleurs grévistes formulent plusieurs demandes qu’ils présentent comme le minimum nécessaire pour vivre dignement.
Parmi leurs revendications principales figurent :
- l’instauration d’un salaire minimum de 100 000 francs CFA,
- la mise en place de primes et d’indemnités,
- l’accès à une couverture médicale,
- et l’amélioration globale des conditions de travail.
Ces demandes, expliquent-ils, ne visent pas seulement une hausse de revenu, mais aussi une reconnaissance du rôle essentiel des travailleurs dans la chaîne de production de CIMTOGO.
Une grève sous tension à CIMTOGO
Les grévistes affirment par ailleurs que, durant le mouvement, des personnes extérieures auraient été introduites dans l’usine pour remplacer les travailleurs mobilisés. Une pratique qui, selon eux, pourrait soulever des questions au regard du droit du travail et des normes de sécurité industrielle.
Pour les employés, cette situation accentue le sentiment de marginalisation et renforce leur détermination à poursuivre leur mobilisation.
Une question plus large pour l’économie togolaise
L’affaire dépasse désormais les murs de l’usine. Elle renvoie à un débat plus vaste sur la place des travailleurs sous-traités dans les grandes industries africaines.
Au Togo comme ailleurs sur le continent, la croissance des secteurs industriels et miniers repose souvent sur une main-d’œuvre externalisée. Si ce modèle permet aux entreprises de gagner en flexibilité, il soulève aussi des interrogations sur la protection sociale, la stabilité de l’emploi et la redistribution des richesses.
Dans un contexte où les États cherchent à attirer les investissements industriels, l’équilibre entre compétitivité économique et justice sociale apparaît plus que jamais comme un défi central pour les années à venir.
Vers un dialogue social ?
Pour l’heure, les travailleurs de la section ensachage assurent vouloir maintenir la pression afin d’obtenir des avancées concrètes. Leur mobilisation pourrait ainsi devenir un test pour le dialogue social dans l’industrie togolaise.
Car au-delà des chiffres de production, une réalité demeure : la solidité d’une industrie se mesure aussi à la dignité de ceux qui la font fonctionner.























