BAC 1 Session 2026 : Quand la correction des copies devient un audit pédagogique

Après avoir lancé la session normale du BAC 1 2026 sous l’emblème de l’excellence, le ministère de l’Éducation nationale franchit un cap stratégique. En effet, dans une note officielle, le ministre Mama OMOROU bouscule les vieilles habitudes des centres de correction. Désormais, l’examen ne servira plus seulement à trier les candidats, mais aussi à radiographier le niveau réel de l’école togolaise.

 

Au-delà de la note : traquer les lacunes des élèves

Ainsi, la consigne ministérielle envoyée aux équipes d’évaluation est on ne peut plus claire : il faut dépasser le simple geste d’attribuer une note sur 20. Le ministre Mama OMOROU exige des correcteurs un recensement méthodique et systématique des faiblesses des candidats. Concrètement, chaque copie devra être lue comme un indicateur des notions mal comprises, des compétences manquées et des savoir-faire non assimilés.

De ce fait, cette mutation méthodologique vise à transformer les salles de correction en véritables laboratoires d’analyse. En disséquant les fautes récurrentes et en cartographiant les blocages des élèves, le ministère veut obtenir une vision nette et sans filtre des difficultés auxquelles les lycéens font face au quotidien.

« La correction ne doit plus être uniquement un exercice d’évaluation ; elle doit également devenir un instrument d’analyse au service de la qualité des apprentissages », insiste le ministre de l’Éducation nationale.

 

Une feuille de route pour les inspecteurs et les formateurs

Par ailleurs, ce travail de terrain ne restera pas lettre morte dans les cartons des centres d’examen. Une fois la session close, les inspections pédagogiques centraliseront l’ensemble de ces rapports de carences. Ensuite, ces données brutes serviront de matière première pour révolutionner les pratiques de classe autour de trois axes :

  • La remédiation ciblée : concevoir des modules d’accompagnement spécifiques pour corriger le tir dès la rentrée suivante.
  • L’évolution des pratiques : ajuster les méthodologies d’enseignement là où les élèves échouent massivement.
  • La formation continue : réorienter les programmes de renforcement des capacités des enseignants en fonction des faiblesses structurelles détectées.

 

Vers une culture de l’évaluation formative

En définitive, pour le patron de l’éducation, le salut du système scolaire togolais repose sur l’autocritique constructive. L’ambition à long terme est d’ancrer une véritable culture de l’évaluation formative, où chaque session d’examen national devient un miroir permettant d’ajuster le tir, d’identifier les forces du système, mais surtout de corriger ses défaillances.

« Chaque erreur identifiée doit devenir une opportunité d’amélioration », rappelle Mama OMOROU, qui exhorte les correcteurs à faire preuve de professionnalisme, d’engagement et de rigueur de fer. Enfin, en bout de chaîne, c’est la valeur du futur diplôme et la compétitivité des bacheliers togolais qui se jouent dans les centres de correction. Par cette approche, l’État réaffirme son ambition politique : moderniser l’école publique en misant sur l’amélioration continue des acquis.

Université de Lomé : la FSHS débat des crises frontalières et de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest

L’Université de Lomé a de nouveau transformé son auditorium en un véritable laboratoire d’idées et de réflexion sur l’avenir de l’Afrique de l’Ouest. Le jeudi 21 mai 2026, la Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société (FSHS) a organisé la 5ᵉ édition de ses Journées scientifiques, un rendez-vous académique désormais inscrit dans l’agenda intellectuel de l’institution universitaire.

Placée sous le thème : « Les dynamiques frontalières, l’intégration régionale et le développement en Afrique de l’Ouest face aux crises contemporaines », cette rencontre a réuni enseignants-chercheurs, étudiants, responsables administratifs, décideurs politiques, acteurs de la société civile et partenaires au développement autour des défis majeurs qui secouent actuellement la sous-région.

Université de Lomé
© Université de Lomé

Une université tournée vers les grands enjeux africains

À travers cette initiative, la FSHS confirme sa volonté de faire de la recherche scientifique un outil d’analyse, d’anticipation et d’aide à la décision face aux mutations politiques, économiques et sécuritaires qui traversent l’espace ouest-africain.

Cette 5ᵉ édition s’inscrit d’ailleurs dans la dynamique impulsée par le Professeur Kossivi HOUNAKE, Président de l’Université de Lomé, qui place la recherche, l’innovation scientifique et l’ouverture sur les réalités africaines au cœur de la stratégie de gouvernance de l’institution.

Dans un contexte régional marqué par la montée du terrorisme, les tensions communautaires, les coups d’État militaires, les déplacements de populations et les fragilités économiques, les débats ont permis d’interroger la capacité des États ouest-africains à préserver la cohésion régionale tout en renforçant les mécanismes de développement et de coopération.

Université de Lomé
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Les frontières ouest-africaines au centre des préoccupations

Au cours des échanges, plusieurs intervenants ont souligné que les frontières, longtemps perçues comme de simples limites territoriales, sont aujourd’hui devenues des espaces stratégiques où se croisent enjeux sécuritaires, défis migratoires, échanges économiques et tensions sociales.

Les chercheurs ont notamment mis en lumière les conséquences des crises sécuritaires sur les flux transfrontaliers, les activités commerciales et la mobilité des populations dans plusieurs zones sensibles de la sous-région.

Face à l’expansion des groupes armés et à l’insécurité grandissante dans certaines régions du Sahel et du Golfe de Guinée, la question de la gouvernance des frontières apparaît désormais comme un enjeu central pour les États ouest-africains.

Les participants ont également insisté sur la nécessité de renforcer la coopération régionale afin d’éviter que les frontières ne deviennent des espaces de fragilité, de trafics illicites ou de tensions communautaires.

 

Les sciences sociales comme outil de prévention des crises

L’un des principaux enseignements de cette rencontre réside dans la place accordée aux sciences sociales dans la compréhension et la gestion des crises contemporaines.

Pour les organisateurs, les réponses purement sécuritaires ne suffisent plus face à la complexité des défis actuels. Les universitaires ont plaidé pour une approche plus globale intégrant les dimensions historiques, sociologiques, anthropologiques, économiques et politiques des conflits.

Les réflexions ont ainsi porté sur les mécanismes de résilience développés par les populations frontalières confrontées à l’insécurité, à la précarité économique et aux mutations sociales.

Les chercheurs ont aussi souligné le rôle essentiel des universités dans la production de connaissances capables d’orienter les politiques publiques et d’accompagner les stratégies de paix et de développement durable.

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Intégration régionale : entre ambitions et défis persistants

La rencontre scientifique a également permis d’évaluer les limites actuelles des politiques d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest.

Malgré les efforts engagés depuis plusieurs décennies par les organisations communautaires, notamment la CEDEAO, les intervenants ont relevé que les crises politiques et sécuritaires fragilisent de plus en plus les mécanismes de coopération régionale.

Les tensions diplomatiques, les transitions politiques militaires, les restrictions de circulation et les défis économiques constituent aujourd’hui des obstacles majeurs à l’ambition d’une Afrique de l’Ouest intégrée et stable.

Pour plusieurs participants, le développement de la sous-région passe inévitablement par une meilleure coordination des politiques publiques, un renforcement de la solidarité régionale et une gouvernance plus inclusive des espaces frontaliers.

 

Une tribune scientifique au service du développement et de la paix

Au-delà des communications académiques, cette 5ᵉ édition des Journées scientifiques de la FSHS a surtout confirmé le rôle stratégique que joue l’Université de Lomé dans les débats intellectuels sur l’avenir du continent africain.

Les recommandations formulées au terme des travaux visent notamment à promouvoir une gestion plus apaisée des frontières, renforcer les mécanismes de prévention des conflits et valoriser davantage les contributions des sciences humaines et sociales dans les processus de décision publique.

À travers cette initiative de la FSHS , l’Université de Lomé réaffirme sa volonté de promouvoir une recherche rigoureuse, ouverte sur les réalités africaines et orientée vers la consolidation de l’État de droit, du vivre-ensemble et de la paix durable en Afrique de l’Ouest.

Tabaski au Golfe 5 : solidarité et partage

À quelques heures de la célébration de la Tabaski au Togo, la solidarité s’est invitée dans plusieurs foyers de la commune de Golfe 5. Ce mardi 26 mai 2026, une vaste opération d’assistance sociale a redonné le sourire à des dizaines de femmes démunies des quartiers et villages de la commune.

Dans une ambiance mêlant émotion, reconnaissance et esprit de partage, 22 béliers ainsi qu’une importante quantité de riz ont été remis aux comités de développement à la base afin d’être redistribués aux femmes vulnérables des 22 quartiers et villages du ressort communal.

Mairie d'Aflao Gakli Officiel
© Mairie d'Aflao Gakli Officiel

Une action sociale qui s’inscrit dans la durée

À l’origine de cette initiative : le maire de la commune de Golfe 5, Kossi Agbenyega ABOKA, la Synergie des importateurs de véhicules d’occasion du Togo (SIVOT) et le Conseil national du patronat du Togo, mobilisés pour permettre aux familles les plus fragiles de vivre dignement cette fête de sacrifice et de communion.

Sur les lieux de la remise, les visages fermés ont rapidement laissé place aux sourires. Pour plusieurs bénéficiaires, ce geste représente bien plus qu’un simple don matériel : il symbolise une présence, une considération et un soutien dans un contexte économique parfois difficile.

Prenant la parole, le président de la SIVOT, Fadi ELRAYES, a affirmé que cette action sociale constitue désormais une tradition, portée par la volonté de promouvoir la fraternité et la convivialité, particulièrement durant les périodes festives.

« Cette œuvre de solidarité doit continuer à vivre dans nos habitudes quotidiennes et être transmise aux enfants », a-t-il insisté, invitant chacun à garder une attention particulière envers les personnes en situation de vulnérabilité.

Il a aussi appelé les populations à faire vivre quotidiennement les valeurs de solidarité et de compassion, tout en transmettant cet esprit de générosité aux jeunes générations.

Cette opération traduit une volonté de renforcer les liens de fraternité et de solidarité au sein des communautés locales, particulièrement pendant les périodes festives.

Mairie d'Aflao Gakli Officiel
© Mairie d'Aflao Gakli Officiel

Kossi Agbenyega ABOKA appelle à la responsabilité citoyenne

De son côté, le maire de Golfe 5, Kossi Agbenyega ABOKA, a salué un geste empreint de compassion et d’humanisme. L’autorité municipale a également profité de cette rencontre pour sensibiliser les bénéficiaires sur leur rôle dans la préservation des valeurs civiques, citoyennes et patriotiques.

Face aux défis sociaux et aux dérives grandissantes liées aux réseaux sociaux, l’édile a également insisté sur le rôle central des mères dans l’éducation des enfants. Il a exhorté les femmes à maintenir le cap de l’encadrement familial afin de protéger la jeunesse contre les dérives liées aux réseaux sociaux et aux mauvaises influences.

« Les enfants représentent la relève de demain. Il est essentiel de les encadrer afin qu’ils ne soient pas emportés par certaines dérives », a-t-il déclaré.

Mairie d'Aflao Gakli Officiel
© Mairie d'Aflao Gakli Officiel

Des bénéficiaires émues et reconnaissantes

Du côté des bénéficiaires, l’émotion était palpable. Sourires, prières et mots de gratitude ont rythmé la cérémonie.Pour plusieurs femmes présentes, cette assistance arrive à un moment crucial, à la veille d’une fête religieuse souvent difficile à préparer pour les familles les plus modestes.

À Golfe 5, cette initiative solidaire rappelle qu’au-delà de la célébration, la Tabaski demeure aussi un symbole de partage, d’entraide et de cohésion sociale.

Togo : 6,3 % de croissance en 2025, 6 919,1 milliards FCFA de PIB nominal

Le Togo achève le cycle de sa Feuille de route gouvernementale 2020-2025 sur une note de solidité macroéconomique qui tranche avec les turbulences régionales. Selon les dernières données officielles de l’Inseed, le pays confirme sa trajectoire de résilience post-COVID. Mais derrière la barrière rassurante des chiffres globaux se cache une profonde reconfiguration des moteurs de la richesse togolaise : le boom du béton et de la logistique compense désormais le coup de frein de l’agriculture et de la finance.

La solidité du bloc macroéconomique

Au plan global, la trajectoire togolaise affiche une régularité de métronome. Depuis la relance de 2021, l’activité économique progresse à un rythme de croisière, maintenant une moyenne robuste de 6,3 % de croissance en volume par an. Pour l’exercice 2025, l’atterrissage se fait en douceur : le taux de croissance s’établit à 6,3 % contre 6,5 % en 2024.

Cette dynamique se traduit ainsi par une hausse significative de la valeur absolue de la richesse nationale, tant sur le plan nominal (qui intègre l’effet des prix) que réel (corrigé de l’inflation) :

Indicateurs de Richesse (Inseed) Exercice 2024 Exercice 2025 Évolution
PIB Nominal(milliards de FCFA) 6 453,6 6 919,1 +7,2% (Croissance nominale)
PIB Réel(milliards de FCFA) 5 314,8 5 649,2 +6,3% (Croissance en volume)

Si ces agrégats témoignent d’une économie togolaise étanche aux crises multiformes qui secouent le Sahel et les marchés mondiaux, l’intérêt d’une analyse réside dans la dissection de ses trois moteurs.

Le triomphe du béton, des mines et du corridor logistique

C’est le grand enseignement de l’année 2025 : le secteur secondaire accélère son rythme, passant de 7,3 % en 2024 à 7,5 % en 2025. Il apporte ainsi une contribution stable de 1,5 point à la croissance du PIB réel.

Cette surchauffe positive repose notamment sur une alliance solide entre les industries extractives et les infrastructures :

  • La fièvre constructive : portée par les grands chantiers publics et privés, la branche construction s’envole de 16,9 % (injectant 0,5 point au PIB). Un boom qui dope mécaniquement la fabrication de matériaux de construction, laquelle affiche une croissance spectaculaire de 27,4 % (0,4 point de contribution).
  • L’industrie lourde en appoint : les industries extractives confirment leur excellente santé avec un bond de 10,6 % (0,2 point de contribution), tandis que la métallurgie, les machines et la réparation progressent à un rythme plus modéré de 6,7 % (0,1 point de contribution).

 

Le tertiaire, moteur incontournable de la croissance togolaise

Parallèlement, le secteur tertiaire conserve son statut de poumon de l’économie togolaise. Il dicte le tempo global avec un taux de croissance de 7,0 % (en légère hausse par rapport aux 6,8 % de 2024) et s’octroie ainsi la part du lion en pesant pour 3,5 points dans la croissance du PIB réel.

Ce leadership du tertiaire est, quant à lui, porté par le triptyque de la connectivité et des échanges :

  • Transports et entreposage : Véritable démonstration de force de la plateforme logistique de Lomé, cette branche signe une accélération phénoménale à 16,2 % de croissance en 2025, contre seulement 4,5 % en 2024, pesant à elle seule 1,4 point de PIB.
  • Numérique et Télécoms : la branche information et communication maintient son rôle d’accélérateur technologique avec 17,2 % de croissance, faisant grimper sa contribution au PIB de 0,5 point en 2024 à 0,8 point en 2025.
  • Commerce : les flux marchands restent également dynamiques et progressent de 9,9 % (0,7 point de contribution).

 

 L’alerte agricole et le coup de froid financier

Toutefois, tout n’est pas au vert dans le tableau de bord de l’Inseed. Le rapport met en lumière des zones de vulnérabilité ou de contraction volontaire qui calment l’euphorie ambiante.

La première alerte vient du secteur primaire. S’il maintient une trajectoire positive avec une valeur ajoutée brute réelle établie à 1 095,1 milliards de FCFA, le secteur subit néanmoins un net ralentissement : son rythme de croissance chute à 4,2 % en 2025 contre 5,7 % en 2024. Le secteur reste porté par la branche socle « agriculture, élevage, chasse, sylviculture, exploitation forestière et services de soutien » (+4,3 %), mais ce coup de frein global rappelle la sensibilité du secteur aux aléas climatiques et aux coûts des intrants.

Par ailleurs, le second signal d’alarme provient des forces correctrices internes du secteur tertiaire, où deux piliers traditionnels virent au rouge :

La rigueur publique et le resserrement financier :

  • L’Administration publique enregistre un recul marqué de son activité de -8,8 %, amputant la croissance du PIB réel de -0,6 point. Un chiffre qui illustre un effort de consolidation budgétaire au terme de la Feuille de route 2025.
  • Plus préoccupant, les activités financières et d’assurance subissent un repli sévère de -9,6 %, grevant le PIB réel de -0,3 point. Une contraction qui pourrait traduire un durcissement des conditions de crédit ou une restructuration du marché bancaire local.

Le bilan de la Feuille de route

Au moment de solder les comptes de la stratégie quinquennale 2020-2025, le Togo démontre qu’il a su diversifier ses bases productives pour amortir les chocs. L’effondrement des administrations publiques et la contre-performance des banques auraient pu plomber l’économie ; elles ont cependant été neutralisées par la vitalité des chantiers de construction, l’envolée des télécoms et la puissance logistique du corridor de transport togolais.

Dans ce contexte, l’activité économique togolaise demeure vigoureuse en 2025. Le PIB nominal devrait ainsi atteindre 6 919,1 milliards de FCFA, contre 6 453,6 milliards en 2024, soit une progression nominale de 7,2 %, confirmant la capacité de résilience de l’économie nationale malgré les fragilités sectorielles persistantes.

Le défi des prochains mois consistera désormais à redynamiser le secteur agricole afin de s’assurer que cette croissance macroéconomique reste inclusive et garante de la souveraineté alimentaire.

Sénégal : Ahmadou Al Aminou Lô nommé Premier ministre

Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a officialisé le lundi 25 mai 2026 la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô au poste de Premier ministre. Ce décret marque une rupture institutionnelle majeure et intervient trois jours seulement après le limogeage d’Ousmane Sonko, dont le départ avait entraîné la démission collective de l’équipe gouvernementale.

Cette nomination consacre une recomposition profonde au sommet de l’État. Elle met fin à des mois de frictions politiques et de divergences stratégiques persistantes entre le président Faye et son Premier ministre et allié de première heure, Ousmane Sonko, notamment autour du traitement de l’imposante dette publique (qui culmine à 132 % du PIB) et des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI).

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Le profil du nouveau chef du gouvernement : un pivot monétaire et financier

En portant son choix sur Ahmadou Al Aminou Lô, le chef de l’État mise résolument sur un profil de haut niveau pour rassurer les marchés et stabiliser l’appareil d’État. Ancien directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour le Sénégal entre 2018 et 2023, cet économiste chevronné bénéficie d’une solide réputation de technocrate au sein du système bancaire et financier régional.

Le décret de nomination insiste d’ailleurs sur sa maîtrise fine des « rouages de l’économie et des finances ». Loin d’être un inconnu dans les cercles du pouvoir actuel, M. Lô incarnait jusqu’ici l’épine dorsale administrative du régime. Il a successivement occupé les fonctions de secrétaire général du gouvernement sous la primature d’Ousmane Sonko, avant de devenir ministre d’État auprès du président, chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’ambitieux Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ».

 

Vers « un changement de méthode » et une réorientation économique

Dès sa première déclaration publique, le nouveau locataire de la Primature a tenu à fixer le cap et à dissiper les craintes d’un reniement des promesses de rupture du régime. Qualifiant sa mission de « sacerdoce », Ahmadou Al Aminou Lô a précisé que cette nouvelle phase ne constituait « point un changement de cap », mais plutôt « un changement de méthode dans la cohérence institutionnelle et l’action gouvernementale ». Il s’est également voulu rassurant en martelant que « le Sénégal est un pays sûr et viable ».

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Le curseur monétaire : un pragmatisme rassurant face à l’orthodoxie régionale

Connu pour ses positions pragmatiques sur l’échiquier monétaire ouest-africain, le nouveau Premier ministre s’est souvent prononcé en faveur de la stabilité et de l’équilibre externe du franc CFA, tranchant subtilement avec la rhétorique souverainiste plus radicale portée par son prédécesseur.

Lors des grands débats de 2018 et 2020 entourant la transition avortée du franc CFA vers l’Eco, Ahmadou Al Aminou Lô, alors Directeur national de la BCEAO pour le Sénégal, avait publiquement défendu la monnaie commune. Il rappelait notamment qu’en maintenant le dispositif de parité fixe, la région s’assurait une précieuse stabilité monétaire et se prémunissait contre l’inflation galopante, affirmant fermement que « des changements brusques, ça ne se fait pas ».

Cette posture d’économiste de banque centrale, axée sur la viabilité macroéconomique, la gestion des Eurobonds et les négociations techniques avec le FMI, suscite déjà des vagues au sein de la majorité. Dès l’annonce de sa nomination, des figures de l’aile gauche du parti PASTEF, à l’instar du député Guy Marius Sagna, ont exprimé leurs vives réserves, s’interrogeant publiquement sur la présence d’un « défenseur historique du franc CFA » à la tête d’un exécutif censé prôner la décolonisation monétaire.

En confiant les clés de la Primature à ce grand commis de la haute finance, le président Bassirou Diomaye Faye envoie un signal de normalisation et d’apaisement en direction des partenaires internationaux et des marchés financiers.

 

Vers un « gouvernement de mission » : trois chantiers urgents

La nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô ouvre la voie à la formation d’un gouvernement de mission composé de technocrates chargé de relever trois chantiers urgents : rétablir la cohésion de l’État en mettant fin à la paralysie administrative héritée des dualités politiques et en remettant l’appareil public au travail, rassurer en priorité les bailleurs de fonds en relançant le dialogue avec le FMI et la Banque mondiale pour stabiliser la dette publique et restaurer la crédibilité financière du Sénégal, et piloter l’économie face à une tempête régionale en concrétisant le plan « Sénégal 2050 », en sécurisant les revenus attendus du pétrole et du gaz et en protégeant les recettes nationales dans un contexte ouest‑africain instable.

Assemblées annuelles BAD 2026 à Brazzaville

Dans les allées du Centre international de conférences de Kintélé, à Brazzaville, le ton est déjà donné. Avant même la cérémonie protocolaire officielle prévue ce mardi 26 mai, les 61èmes Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), couplées à la 52ème Assemblée annuelle du Fonds africain de développement (FAD), ont démarré lundi dans une atmosphère mêlant diplomatie financière, célébration panafricaine et urgence économique.

Durant cinq jours, la capitale congolaise devient le carrefour stratégique où se croisent chefs d’État, ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales, investisseurs institutionnels et experts du développement venus des 81 pays membres de la BAD. Mais derrière le cérémonial et les rencontres de haut niveau, une même interrogation traverse les débats : comment financer l’avenir du continent africain dans un contexte mondial marqué par le recul de l’aide publique internationale, la pression de la dette et les tensions géopolitiques ?

Une ouverture sous le symbole du panafricanisme

Le choix du 25 mai pour lancer les travaux n’a rien d’anodin. Cette première journée a coïncidé avec la Journée de l’Afrique, célébrant la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963. Dans la salle Mfoa de Kintélé, la symbolique politique a rapidement rejoint les préoccupations économiques.

Autour du président congolais Denis Sassou Nguesso, les interventions ont multiplié les références aux figures historiques du panafricanisme et à l’émancipation économique du continent. Le chef de l’État congolais a notamment rendu hommage aux pères fondateurs de l’OUA, appelant à une nouvelle étape de l’intégration africaine fondée sur la maîtrise des leviers financiers.

Aux côtés des autorités congolaises, plusieurs personnalités internationales ont également pris part aux premières séquences de ces assemblées, notamment Selma Malika Haddadi, venue porter le message de l’Union africaine sur l’intégration économique du continent, ainsi que Diene Keita, dont la présence illustre l’importance accordée aux enjeux démographiques et sociaux dans les stratégies de développement africaines.

Dans un message vidéo adressé aux participants, Évariste Ndayishimiye a lui aussi inscrit son intervention dans cette logique de rééquilibrage mondial. « L’Afrique ne demande pas la charité, mais l’équité et la justice », a-t-il déclaré, dénonçant implicitement les déséquilibres persistants de l’architecture financière internationale.

Le premier grand test de Sidi Ould Tah

Ces assemblées constituent surtout le premier rendez-vous continental majeur du nouveau président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, successeur du Nigérian Akinwumi Adesina.

Dès son allocution inaugurale, le nouveau patron de l’institution a imprimé sa marque : celle d’un panafricanisme économique offensif. Face aux délégués réunis à Brazzaville, il a insisté sur la nécessité pour les États africains de mutualiser davantage leurs ressources et leurs capacités financières.

« Nous ne pouvons plus nous contenter de solutions de fortune face à un déficit de financement qui frôle les 400 milliards de dollars par an. L’Afrique doit repenser structurellement la manière dont elle finance son avenir…»

Pour lui, l’heure n’est plus à la dépendance vis-à-vis des bailleurs traditionnels, mais à la mobilisation des richesses africaines elles-mêmes : fonds souverains, caisses de retraite, capitaux privés et diaspora. « Aucun pays africain ne peut se développer seul », a-t-il martelé, dans un plaidoyer pour une solidarité financière continentale renforcée.

Cette orientation constitue d’ailleurs le fil conducteur de ces assemblées 2026. La BAD entend désormais accélérer la mobilisation de financements dits “alternatifs”, capables de compenser l’essoufflement des mécanismes classiques d’aide au développement.

La bataille du capital humain

Au-delà des grands discours économiques, cette première journée a également été marquée par une séquence diplomatique importante : la signature d’un partenariat stratégique entre la BAD et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA). L’accord a été paraphé par Sidi Ould Tah et Diene Keita, en présence de plusieurs responsables internationaux.

À travers ce protocole, les deux institutions veulent renforcer les investissements dans le capital humain, notamment la santé maternelle, l’autonomisation des femmes et la résilience démographique. Un axe stratégique pour la BAD, qui considère désormais la transition démographique comme un moteur essentiel de croissance économique.

L’objectif affiché est clair : transformer la jeunesse africaine en levier de développement plutôt qu’en facteur de vulnérabilité sociale. Une ambition particulièrement ciblée vers les zones fragiles et les pays confrontés à de fortes pressions économiques.

Une Afrique en quête de nouveaux leviers financiers

Autour des sessions plénières, plusieurs réunions parallèles ont déjà ouvert les discussions sur la réforme du système financier mondial. Des échanges ont notamment débuté avec la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique sur les mécanismes de restructuration de la dette et l’accès au financement climatique.

Des experts comme Carlos Lopes participent aux réflexions sur les nouvelles stratégies de financement du développement africain. Parmi les dossiers attendus dans les prochains jours figurent également les tables rondes consacrées au Fonds bleu pour le bassin du Congo, aux infrastructures énergétiques et au financement climatique.

Dans les couloirs de Kintélé, une conviction semble désormais s’imposer : l’Afrique entre dans une phase où sa souveraineté politique dépendra de plus en plus de sa souveraineté financière. Et c’est précisément cette bataille que Brazzaville entend placer au centre de ces assemblées annuelles de la BAD.

À Aného, le projet WACA fait reculer la mer et renaître l’espoir

Les habitants d’Aného respirent mieux : la mer recule, la ville avance. Dimanche, Harold Tavares, administrateur du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique, a visité les chantiers du littoral dans la préfecture des Lacs afin d’évaluer les avancées d’un vaste programme de protection côtière soutenu par la Banque. L’objectif affiché est de freiner l’érosion, réduire les inondations, restaurer les milieux naturels et renforcer la capacité des populations à faire face au changement climatique.

Sur le terrain, les transformations sont déjà visibles. En effet, des zones gagnées sur l’océan, des passages lagunaires rétablis sur plusieurs kilomètres et la construction d’un brise-lame promettent désormais une défense durable contre les assauts marins qui rongent la côte depuis des décennies. Ces aménagements n’ont pas seulement reconstruit des berges ; ils ont également rendu à des familles des espaces de vie et de travail autrefois menacés.

Des retombées sociales et économiques concrètes

« WACA a profondément amélioré le quotidien des communautés », a affirmé M. Tavares lors de sa visite, appelant à maintenir la pression contre les phénomènes climatiques et l’érosion côtière. À travers cette déclaration, son discours mettait l’accent sur la nécessité d’un effort continu, non seulement pour achever les ouvrages en cours, mais aussi pour pérenniser les bénéfices obtenus grâce à une gestion intégrée du littoral.

Par ailleurs, l’impact social et économique du projet dépasse largement les seuls travaux d’ingénierie. Des emplois locaux ont été créés sur les chantiers, des équipements de pêche ont été mis à la disposition des pêcheurs et des coopératives locales ont vu leurs capacités renforcées. Pour beaucoup d’habitants, la résilience se mesure désormais en opportunités concrètes : revenus restaurés, filets réutilisables et marchés plus sûrs pour leurs produits.

Entre sécurisation du littoral et défis de durabilité

Le segment Aného–Gbodjomé protège désormais la côte. Les équipes de terrain poursuivent cependant les interventions sur la portion restante du littoral, entre Gbodjomé, Agbodrafo et Goumoukopé; elles ont déjà achevé plusieurs structures de protection et en construisent d’autres. Elles progressent aussi dans le comblement des bras lagunaires, ce qui stabilise la côte et restaure des écosystèmes aquatiques essentiels.

 

Les autorités locales et les bénéficiaires restent néanmoins vigilants. La durabilité des aménagements dépendra à la fois de l’entretien des infrastructures, de la continuité des financements et de l’adhésion des communautés aux pratiques de gestion durable. À Aného, la mer laisse aujourd’hui place à l’espoir ; la prochaine étape sera désormais de transformer cet élan en gains durables pour les générations futures.

Éperviers du Togo : Patrice Neveu dévoile sa liste pour les matchs amicaux

À quelques mois du lancement des éliminatoires de la CAN 2027, le ton est déjà donné du côté des Éperviers du Togo. Entre ambitions assumées, concurrence ouverte et volonté de bâtir un groupe conquérant, le sélectionneur Patrice Neveu a dévoilé samedi une liste de 25 joueurs pour les prochaines rencontres amicales face à l’équipe nationale de football de Centrafrique et à l’équipe nationale de football du Bénin.

Ces deux rendez-vous serviront de véritable laboratoire avant les échéances officielles de septembre. Dans un groupe de qualification particulièrement relevé avec l’équipe nationale de football d’Algérie, celle de Zambie et celle du Burundi, les Togolais savent qu’ils ne peuvent commettre aucun faux pas.

 

Une liste entre expérience et nouveaux visages

Fidèle à sa logique de compétitivité, Patrice Neveu a misé sur un savant mélange entre cadres habituels et profils émergents. Les piliers de la sélection répondent présents, à commencer par Dakonam Djene, patron de la défense, ou encore l’inévitable Kevin Denkey, devenu l’une des principales armes offensives du Togo.

Mais, la nouveauté vient surtout de l’intégration de cinq joueurs issus du championnat local. Un signal fort envoyé au football togolais. Le technicien français entend observer de près ces talents et leur offrir progressivement une place dans le projet des Éperviers.

Dans cette dynamique, des éléments comme Bastou Djibril, Mouhamed Kpelafia ou encore Komi Arnaud Komlavi auront une occasion en or de convaincre.

Neveu affiche clairement ses ambitions

Le message du sélectionneur est limpide : l’objectif unique reste la qualification pour la CAN 2027. Patrice Neveu ne fuit pas la pression.

« Les résultats, pour ma part, c’est aller chercher cette qualification. Je me mets volontairement la pression d’un compétiteur. Les matchs de septembre arrivent vite », a-t-il déclaré.

Cette déclaration traduit l’état d’esprit d’un entraîneur conscient des attentes autour de cette génération togolaise. Après plusieurs campagnes frustrantes, les Éperviers veulent enfin retrouver une grande compétition continentale et redonner de l’élan à tout un pays passionné de football.

Une préparation décisive avant septembre

Les matchs amicaux à venir auront donc une importance capitale. Au-delà des résultats, ils permettront de tester les automatismes, d’évaluer l’état de forme des cadres et de mesurer la capacité des nouveaux venus à répondre aux exigences du haut niveau international.

Dans les cages, Steven Mensah, Malcolm Barcola et Achirafou Yaya se livreront une concurrence ouverte. En défense, le duo Kennedy Boateng–Dakonam Djene devra imposer sa solidité, tandis qu’en attaque, le tandem Kevin Denkey–Kodjo Fo-Doh Laba tentera d’enflammer le public.

Tableau récapitulatif des éperviers

Poste Joueur Club Pays
Gardien Steven Mensah VfB Oldenburg Allemagne
Gardien Malcolm Barcola Ittihad Riadi de Tanger Maroc
Gardien Achirafou Yaya AFAD Côte d’Ivoire
Gardien Mensah Ekoue ASCK Togo
Défenseur Kennedy Boateng Dinamo Bucarest Roumanie
Défenseur Steven Nador Modena FC Italie
Défenseur Kevin Boma Estoril Praia Portugal
Défenseur Gustave Akueson SC Bastia France
Défenseur Abdoul-Sabourh Bode Stade Malien Mali
Défenseur Pierre Nadjombe Alemania Aachen Allemagne
Défenseur Faad Sana NS Mura Slovénie
Défenseur Izak Akakpo FC Lorient France
Milieu Dakonam Djene Getafe CF Espagne
Milieu Dermane Karim FC Lorient France
Milieu Roger Aholou Al Ittihad SC Libye
Milieu Sadik Fofana US Lecce Italie
Milieu Bastou Djibril AS Gbohloe-Su Togo
Milieu Mouhamed Kpelafia ASCK Togo
Milieu Agno Aimé Koffi ASKO de Kara Togo
Attaquant Kevin Denkey FC Cincinnati États-Unis
Attaquant Charles Abi Valenciennes FC France
Attaquant Idjessi Metsoko Spartak Trnava Slovaquie
Attaquant Kodjo Fo-Doh Laba Al Ain FC Émirats arabes unis
Attaquant Komi Arnaud Komlavi ASCK Togo
Attaquant Yannis Sankoutcha Tarbes Pyrénées Football France

Le compte à rebours est lancé. Désormais, les Éperviers n’ont plus le luxe de l’hésitation : chaque rassemblement, chaque minute et chaque match devront rapprocher le Togo de son grand objectif continental.

Sénégal : après le départ de Ousmane Sonko, le spectre d’une crise institutionnelle

Dans les rues de Dakar, les discussions tournent désormais autour d’un seul sujet : la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Depuis l’annonce du limogeage du chef du gouvernement et la dissolution de l’équipe ministérielle, le climat politique sénégalais s’est brusquement alourdi.

Devant certaines permanences du Pastef, militants et sympathisants se relaient depuis plusieurs heures. Entre incompréhension, colère et inquiétude, beaucoup peinent encore à croire à l’implosion du duo qui incarnait, il y a encore quelques mois, l’espoir d’une nouvelle gouvernance au Sénégal.

« Nous pensions qu’ils resteraient unis jusqu’au bout », confie un jeune militant rencontré dans le quartier des Parcelles Assainies. « Aujourd’hui, les gens ont l’impression qu’on revient aux anciennes pratiques politiques que le mouvement dénonçait. »

Une fracture devenue visible au fil des mois

Dans les cercles politiques dakarois, plusieurs observateurs affirment pourtant que les tensions entre les deux hommes n’étaient plus un secret. Derrière l’image d’un pouvoir soudé, des divergences apparaissaient progressivement sur la manière de gouverner, la stratégie diplomatique et les choix économiques.

D’un côté, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les déplacements internationaux et les rencontres avec les partenaires traditionnels du pays, cherchant à rassurer les bailleurs et les investisseurs dans un contexte économique difficile.

De l’autre, Ousmane Sonko continuait d’incarner, pour une partie de la base militante, la ligne dure du souverainisme et de la rupture avec les anciens équilibres politiques.Cette opposition de styles a progressivement nourri une méfiance interne qui a fini par éclater au grand jour.

Le Pastef face au risque de division

Au sein même du parti présidentiel, les positions semblent désormais se radicaliser. Plusieurs cadres réputés proches d’Ousmane Sonko ont déjà quitté certaines fonctions administratives ou suspendu leurs activités politiques en attendant de connaître les prochaines orientations du mouvement. Dans les marchés, les universités et les transports publics de Dakar, beaucoup redoutent désormais une bataille ouverte entre les deux camps.

« Le problème, c’est que la majorité des militants de terrain reste attachée à Sonko », analyse un enseignant en sciences politiques à l’Université Cheikh-Anta-Diop. « Si cette fracture se confirme, le pouvoir risque de perdre une partie importante de sa base populaire. »

L’Assemblée nationale sous haute tension

L’autre interrogation concerne désormais l’équilibre des forces au Parlement. Plusieurs députés du Pastef pourraient refuser de soutenir sans réserve le futur gouvernement nommé par la présidence. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, certains élus évoquent déjà des discussions internes autour d’une éventuelle motion de censure si les tensions venaient à s’aggraver.

Même si aucun scénario de blocage institutionnel n’est officiellement confirmé, l’hypothèse inquiète jusque dans les milieux économiques, où l’on craint une période prolongée d’instabilité politique.

Une rupture aux conséquences encore imprévisibles

Pour de nombreux Sénégalais, cette crise marque surtout la fin symbolique d’un récit politique bâti autour de la loyauté, du sacrifice militant et du projet de rupture porté depuis plusieurs années par Pastef. Dans plusieurs quartiers populaires de Dakar, les débats se prolongent tard dans la nuit. Certains soutiennent le choix présidentiel au nom de la stabilité de l’État. D’autres dénoncent ce qu’ils considèrent comme une trahison politique.

Une chose paraît toutefois certaine : au-delà du simple remaniement gouvernemental, le Sénégal vient d’entrer dans une nouvelle phase politique dont les conséquences pourraient durablement remodeler les rapports de force jusqu’à l’élection présidentielle de 2029.

Sénégal : Fin de partie pour le tandem Faye-Sonko, le gouvernement dissous

Dakar, le 24 mai 2026 – C’est un véritable séisme politique qui secoue le Sénégal et, au-delà, toute la sous-région ouest-africaine. Par le décret présidentiel n°2026-1128 signé le vendredi 22 mai 2026, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre, Ousmane Sonko, entraînant par conséquent la dissolution immédiate du gouvernement.

L’annonce, lue tard dans la soirée à la télévision nationale (RTS) par le ministre et secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba, marque la rupture brutale d’un binôme exécutif au pouvoir depuis l’alternance d’avril 2024.

 

La fin de l’illusion du pouvoir « à deux têtes »

Pendant deux ans, le slogan « Sonko moy Diomaye » (« Sonko, c’est Diomaye ») avait incarné la promesse d’une gouvernance fusionnelle et d’un projet politique de rupture partagé. Pourtant, la réalité institutionnelle de la Loi fondamentale sénégalaise a fini par rattraper le duo. En s’appuyant rigoureusement sur les articles 42, 43, 53 et 56 de la Constitution, Bassirou Diomaye Faye a rappelé une vérité juridique indiscutable : c’est le président de la République qui définit la politique de la Nation.

Depuis plusieurs mois, les signaux d’un essoufflement du tandem s’accumulaient. Début mai, le chef de l’État avait déjà publiquement émis des réserves quant à la « personnalisation excessive » de son Premier ministre au sein du parti au pouvoir. Si Bassirou Diomaye Faye rappelait alors que le Premier ministre conservait sa confiance, il avait toutefois prévenu :

« Le jour où il n’aura plus ma confiance, je changerai de Premier ministre. »Ce jour est manifestement arrivé.

 

Deux visions face à l’urgence économique et diplomatique

Au-delà des querelles d’ego et de leadership, ce divorce politique met en lumière de profondes divergences sur les orientations stratégiques du Sénégal, alors que le pays fait face à une dette préoccupante atteignant 132 % du PIB.

L’approche pragmatique de la présidence : Bassirou Diomaye Faye s’est rapidement glissé dans les habits de la realpolitik. Ses nombreux déplacements à l’Élysée Palace et ses échanges réguliers avec Emmanuel Macron témoignaient d’une volonté de rassurer les partenaires historiques et de négocier un nouveau programme d’aide avec le Fonds monétaire international.

La ligne souverainiste de la primature :  À l’inverse, Ousmane Sonko est resté fidèle à une posture de rupture plus radicale, fustigeant régulièrement « le diktat que l’Occident veut imposer au reste du monde » et prônant un souverainisme économique strict, quitte à ralentir les négociations avec les bailleurs internationaux.

 

L’affirmation internationale de Bassirou Diomaye Faye

Un autre facteur clé de cette rupture réside dans la stature internationale croissante acquise par le chef de l’État. Dès juillet 2024, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest l’avait désigné comme médiateur en chef auprès des pays de l’Alliance des États du Sahel — à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Cette stature s’est encore consolidée fin 2025 lorsque le Sénégal a obtenu la présidence de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour la période 2026-2030.

Cette légitimité régionale et internationale a manifestement poussé le président Faye à s’émanciper définitivement de la tutelle politique de son ancien mentor. Un Premier ministre au discours de rupture radicale devenait de plus en plus difficile à concilier avec une diplomatie présidentielle axée sur la médiation régionale et la respectabilité internationale.

 

Vers quelle recomposition politique ?

Au lendemain de cette annonce, l’incertitude plane sur Dakar. Les ministres sortants ont été chargés d’expédier les affaires courantes, mais aucun nom n’a encore été avancé pour la formation du prochain gouvernement.

Du côté des partisans d’Ousmane Sonko, rassemblés vendredi soir devant son domicile à Dakar, la sortie de leur leader du gouvernement a été perçue comme une victoire de sa crédibilité et de ses convictions pour un Sénégal affranchi de toute ingérence occidentale. Selon eux, le pays n’a aucune leçon à recevoir de quiconque, comme l’avait affirmé leur leader face à l’Assemblée nationale la veille. Le président du Pastef a toutefois réagi sobrement sur ses réseaux sociaux, déclarant : « Ce soir, je dormirai le cœur léger. »

Reste désormais à savoir si cette séparation poussera Ousmane Sonko à reprendre son costume d’opposant radical en vue des prochaines échéances électorales, ou si Bassirou Diomaye Faye parviendra à stabiliser le pays en bâtissant une nouvelle majorité sous la bannière du mouvement « Diomaye Président ».