OHADA : 17 ans après, Lomé relance le débat sur son financement

Dix-sept ans après sa dernière session spéciale, l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) revient sur la question cruciale de ses ressources. Les travaux du Comité des Experts ont débuté le 4 mai 2026 à Lomé, prélude à la réunion des ministres des Finances prévue vendredi. L’enjeu est clair : donner enfin à l’institution les moyens de son ambition.

Créée en 1993 par le Traité de Port-Louis, l’OHADA a transformé l’écosystème économique africain en offrant une sécurité juridique et judiciaire inédite. Les États membres sont devenus des destinations de confiance pour les investisseurs. Mais derrière ce succès, une fragilité persiste : l’organisation peine à mobiliser des ressources stables et consacre une énergie considérable à la recherche de financements.

Ministère des Finances et du Budget
© Ministère des Finances et du Budget

Les limites des mécanismes actuels

Le Secrétaire Permanent, le Professeur Mayatta N’Diaye Mbaye, a rappelé avec force : « La réactivité, l’efficacité, le rendement ne peuvent être obtenus que lorsque les moyens sont disponibles. »

  • Le fonds de capitalisation initial a montré ses limites.
  • Le mécanisme de financement autonome de 2003 est resté largement inopérant.
  • L’instabilité budgétaire fragilise la mission et détourne l’organisation de ses actions concrètes.

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Vers une souveraineté économique accrue

La session de Lomé, reportée après Addis-Abeba, bénéficie du soutien de l’Agence Française de Développement (AFD). Les experts, directeurs de la comptabilité publique et consultants doivent aussi examiner une étude stratégique financée par l’AFD et proposer des réformes « concrètes et réalistes ».

Pour Akou Mawussé Adetou Afidenyigba, représentante du ministre des Finances du Togo, l’OHADA est « un outil économique » dont la vocation dépasse le juridique. Elle a rappelé que l’organisation a assaini l’environnement des entreprises et stimulé l’investissement, mais qu’elle doit désormais franchir un cap : « sortir d’ici avec les meilleures résolutions possibles qui puissent donner à l’Organisation les moyens d’accompagner encore et toujours les États membres dans leurs efforts de développement économique ».

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Un droit fort pour des investissements durables

Au-delà des chiffres, l’enjeu est politique et stratégique : il s’agit de renforcer la souveraineté des États membres et de garantir un cadre juridique stable. Dans un agenda régional chargé — les ministres revenant de Washington et se préparant pour Nairobi — leur présence à Lomé traduit l’urgence absolue.

Car à l’heure de la mondialisation, les investisseurs ne choisissent pas seulement un pays, ils choisissent un droit. Et pour que ce droit demeure un moteur de développement, il doit s’appuyer sur des financements pérennes. Les recommandations des experts seront soumises vendredi aux ministres des Finances, seuls habilités à trancher.

Golfe 4 : un tournoi intercommunal de football pour unir les communes et la jeunesse

Au Golfe 4, les représentants des municipalités de la capitale togolaise ont validé les contours d’une compétition inédite dont le coup d’envoi sera donné le 13 juin. Derrière l’enjeu sportif, les communes cherchent à bâtir une identité métropolitaine et à occuper une jeunesse désœuvrée.

 En effet, la salle de délibération de la mairie du Golfe 4 a accueilli ce mercredi 6 mai 2026 une séance de travail décisive pour l’organisation du premier Tournoi de Football Intercommunal du Grand Lomé. Après une prière d’ouverture placée sous le signe de la concorde, les représentants des différentes communes ont procédé à une présentation mutuelle, avant d’entrer dans le vif du sujet : caler les derniers détails logistiques et réglementaires.

Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive
© Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive

Un cadre protocolaire et institutionnel

M. Akouété Tsolenyanu, deuxième adjoint au maire de Golfe 4 et président du comité d’organisation, a salué l’assemblée en rappelant l’importance de l’événement pour « renforcer les liens entre les administrés du Grand Lomé ». De son côté, M. Djimada Sebou, secrétaire général du comité et directeur de la planification et du développement de Golfe 4, a exposé la genèse du projet, son cadre réglementaire et les règles prévues pour garantir l’équité et le fair‑play.

 

Un calendrier serré

Ainsi, les dates clés ont été fixées :

  • 29 mai 2026 : dépôt des dossiers de participation, tirage au sort des poules et mise en place des commissions techniques.
  • 13 juin 2026 : coup d’envoi officiel de la compétition.

Par ailleurs, la rencontre s’est achevée par une phase de divers riche en échanges, suivie de la traditionnelle photo de famille pour immortaliser l’engagement commun.

Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive
© Commune du Golfe4 Mairie d'Amoutive

Au‑delà du sport : un enjeu sociopolitique

Si l’ordre du jour semblait relever de l’animation locale, les discours ont rapidement dépassé le cadre sportif. Dans une métropole que la décentralisation et les découpages administratifs récents fragmentent, les édiles locaux envisagent désormais le football comme un levier d’intégration sociale et territoriale. Les communes cherchent à bâtir une identité métropolitaine et à occuper une jeunesse souvent désœuvrée.

Ce tournoi intercommunal apparaît ainsi comme un test grandeur nature pour les politiques de jeunesse des nouvelles municipalités. Il vise aussi à canaliser l’énergie des jeunes autour d’un projet fédérateur, à réduire l’oisiveté et à renforcer la cohésion sociale dans les quartiers périphériques.

Reste désormais à savoir si la concorde affichée lors de la photo de famille finale par les responsables municipaux survivra à la réalité du terrain et aux rivalités sportives qui s’annoncent, selon les organisateurs eux-mêmes, particulièrement intenses.

Togo : la BOAD et le Fonds vert injectent 15,39 milliards CFA

Grâce à un accord de don signé avec la BOAD, adossé au Fonds vert pour le climat, le gouvernement togolais déploie le programme « SAPO 48 ». L’objectif est de substituer une logique de prévention à la gestion de crise.

Face à l’intensification des aléas climatiques qui bousculent régulièrement l’Afrique de l’Ouest, le Togo choisit de revoir sa doctrine. Mardi 5 mai à Lomé, le gouvernement togolais et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) ont paraphé un accord de financement d’un montant de 15,39 milliards de francs CFA (environ 27,7 millions de dollars). Cet apport, octroyé sous forme de don, est destiné à la mise en œuvre du projet « SAPO 48 », une initiative visant à renforcer la résilience des communautés vulnérables face aux inondations, sécheresses et feux de végétation.

Sur le plan symbolique et financier, l’opération est stratégique pour Lomé. Ce programme constitue le tout premier projet individuel d’investissement direct du Fonds vert pour le climat (FVC) au bénéfice du Togo. Pour l’exécutif, ce guichet direct valide une stratégie dite « de portefeuille », pensée pour capter les grands financements environnementaux mondiaux et alimenter, à terme, le futur Togo Green Fund.

 

Rompre avec la gestion de l’urgence

Le projet se déploiera sur une période de cinq ans avec une ambition structurelle : protéger l’ensemble de la population, soit près de 9 millions de personnes, et cibler de manière prioritaire 1,3 million de bénéficiaires directs installés dans les zones géographiques les plus exposées.

Sur le terrain, l’enveloppe financera trois axes majeurs. D’abord, la modernisation des services d’information météorologique. Ensuite, le déploiement de systèmes d’alerte précoce multirisques capables de toucher rapidement les communautés rurales. Enfin, la mise en place de mécanismes financiers d’urgence indexés sur les prévisions, permettant de débloquer des fonds avant même que la catastrophe ne survienne.

Pour les autorités togolaises, ce dispositif marque un pivot politique majeur. Il s’agit de s’extraire de l’urgence pour entrer dans l’ère de la planification. « Anticiper, c’est sauver des vies, préserver les moyens de subsistance et protéger les investissements publics », a fait valoir le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le colonel Calixte Madjoulba, insistant sur le fait que la sécurité nationale intègre désormais la variable climatique.

 

Une approche économiquement rationnelle

Cette approche préventive répond également à des impératifs macroéconomiques. Les reconstructions post-catastrophes pèsent lourdement sur les budgets des États de la sous-région, souvent contraints de réallouer des ressources initialement dédiées au développement ou aux infrastructures de base. En investissant en amont, les ministères des Finances cherchent à atténuer les coûts globaux des crises à venir.

Si la signature du projet « SAPO 48 » marque une avancée concrète, les chantiers restent denses. Le pays prépare déjà, toujours aux côtés de la BOAD, un second volet baptisé « PRECO-Togo », un programme complémentaire axé sur la reconstruction et le soutien communautaire post-catastrophes. Une manière de solder le passé tout en essayant de prévoir l’avenir.

CCI‑Togo inaugure une délégation régionale à Agoè‑Nyivé 1

                  L’inauguration d’une délégation régionale dans la commune d’Agoè‑Nyivé 1 marque une étape clé dans la stratégie de déconcentration de la CCI‑Togo. Objectif : offrir un guichet de proximité aux milliers d’entreprises qui font la vitalité de la capitale.

 

Après Sokodé et Dapaong, c’est au tour de l’effervescente agglomération de Lomé de voir l’institution consulaire s’installer au plus près de ses bases. Le mercredi 5 mai, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCI‑Togo) a officiellement ouvert les portes de sa nouvelle délégation régionale pour le Grand Lomé. Un choix géographique tout sauf anodin : l’infrastructure trône désormais à Agoè‑Nyivé 1, un carrefour stratégique où bat le cœur du commerce et de la petite industrie togolaise.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

La cérémonie s’est déroulée en présence d’un large éventail d’autorités politiques, administratives et traditionnelles, signe de l’importance accordée à cette implantation. Pour le Dr José Kwassi Symenouh, président de la CCI‑Togo, cet acte dépasse la simple symbolique immobilière.

« Il ne peut y avoir de développement local fort sans un secteur privé fort », a‑t‑il martelé lors de la cérémonie.

Dans un pays où le secteur privé est appelé à porter l’essentiel des objectifs de la Feuille de route gouvernementale 2025, cette extension territoriale agit comme un catalyseur. Il s’agit en effet de rompre avec une gestion centralisée pour offrir aux Très Petites et Moyennes Entreprises (TPME) un accès direct à l’information et à l’accompagnement technique.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

Le Grand Lomé, un géant à encadrer

Si le Grand Lomé n’est pas une région administrative au sens classique, il demeure le moteur thermique de l’économie nationale. Il concentre l’essentiel des flux de marchandises, des services financiers et des initiatives entrepreneuriales du pays. Véritable cœur économique du Togo, il regroupe également  une forte concentration d’opérateurs économiques, de PME et d’industries qui participent activement à la création de richesse et d’emplois. Pourtant, jusqu’à présent, la densité du tissu économique local rendait l’accès aux services consulaires parfois complexe pour les opérateurs de la périphérie.

Mme Zouréhatou Kassah‑Traoré, Gouverneure du District Autonome du Grand Lomé, a salué cette initiative qui s’arrime à la politique de décentralisation du pays. En rapprochant les instruments d’appui des usagers, l’institution espère aussi fluidifier le passage du secteur informel vers le formel, un défi majeur pour l’administration fiscale et économique.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

L’innovation comme nouveau fer de lance

En plus, cette nouvelle antenne abrite une unité novatrice : un pôle dédié à l’implémentation des résultats de recherche et d’innovation. Une nouveauté qui souligne la volonté de la CCI‑Togo de ne plus être seulement un organe de représentation, mais un véritable incubateur de modernité pour les industries locales.

Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a d’ailleurs rappelé que cette inauguration s’inscrit dans une « dynamique de transformation ». En intégrant la recherche au cœur de la pratique commerciale, le Togo espère monter en gamme dans la chaîne de valeur régionale, notamment dans le cadre de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAF). Il a aussi insisté sur le rôle central du secteur privé, estimant qu’il constitue un levier essentiel de création de richesse, d’emplois et d’innovation dans les territoires.

Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo
© Chambre de Commerce et d'Industrie du Togo

Une vision de proximité et d’ancrage territorial

Avec ce nouveau maillage, la CCI‑Togo confirme sa mue. En quittant ses habits de prestige pour enfiler ceux de partenaire de terrain, elle fait le pari que la croissance togolaise se jouera désormais au plus près des territoires. Cette implantation traduit une vision de long terme : rapprocher les services consulaires, renforcer l’ancrage territorial et accompagner efficacement les entreprises dans leur développement.

Togo–Commonwealth : Faure Gnassingbé reçoit Shirley Ayorkor Botchway

Déjà quatre ans se sont écoulés depuis l’adhésion historique du Togo au club d’influence anglophone. Ce matin, Lomé a accueilli la secrétaire générale du Commonwealth, Shirley Ayorkor Botchway, venue exprimer sa gratitude pour le soutien du Togo à sa candidature. Cette visite exploratoire vise désormais à matérialiser les ambitions économiques du pays.

En matière de géopolitique ouest‑africaine, le pragmatisme l’emporte de plus en plus sur les héritages coloniaux. Ce mardi 5 mai 2026, le président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a reçu au palais de la présidence à Lomé la secrétaire générale du Commonwealth, Shirley Ayorkor Botchway. Cette visite de travail, aux allures de prise de contact technique et politique, marque une nouvelle étape dans la stratégie togolaise de diversification de ses alliances.

Pour la diplomate ghanéenne, élue à la tête de l’organisation intergouvernementale, ce déplacement à Lomé revêtait également une dimension de courtoisie républicaine. Mme Ayorkor Botchway a ainsi tenu à exprimer de vive voix sa gratitude au chef de l’État togolais pour l’appui décisif apporté par Lomé lors de sa campagne pour l’élection au Secrétariat général. Au‑delà des remerciements d’usage, le cœur des discussions s’est rapidement concentré sur l’évaluation des gains mutuels de ce partenariat amorcé il y a près de quatre ans.

Présidence du Conseil du Togo
© Présidence du Conseil du Togo

Une diplomatie de la diversification

Le Togo a officiellement adhéré au Commonwealth le 24 juin 2022. Le 20 octobre de la même année, il a symboliquement scellé cette intégration en hissant, pour la première fois, son drapeau à Marlborough House, siège londonien de l’organisation. Pour ce petit État francophone d’Afrique de l’Ouest, cette démarche ne relevait pas d’une rupture avec ses partenaires traditionnels, mais plutôt d’une ambition d’élargissement de ses horizons économiques et commerciaux.

L’accès à ce vaste marché de 2,5 milliards de consommateurs, régi par la Déclaration de Londres de 1949, offre à Lomé une vitrine de choix pour attirer de nouveaux investisseurs étrangers, notamment anglo‑saxons et asiatiques.

« Je suis venue pour explorer les domaines dans lesquels le Commonwealth peut soutenir le travail du président du Conseil ainsi que les institutions de gouvernance du Togo », a précisé Shirley Ayorkor Botchway à l’issue de l’audience, qualifiant sa démarche d’essentiellement « exploratoire ».

Présidence du Conseil du Togo
© Présidence du Conseil du Togo

Gouvernance et investissements en ligne de mire

Si l’organisation est historiquement fondée sur la promotion de valeurs communes — la démocratie, la paix, les droits de l’homme et la bonne gouvernance —, elle s’affirme de plus en plus comme un réseau d’affaires d’une redoutable efficacité. Les autorités togolaises espèrent capitaliser sur cette plateforme pour financer des projets d’infrastructures et moderniser l’appareil étatique.

Mme Ayorkor Botchway s’est félicitée de la « convergence de vues » avec les dirigeants togolais, assurant que l’institution apporterait son soutien « sous toutes les formes » aux réformes en cours dans le pays. Pour le Togo, l’enjeu des prochains mois consistera à transformer ces déclarations d’intention en programmes d’assistance technique et en flux d’investissements directs, consolidant ainsi un choix diplomatique qui bouscule les schémas postcoloniaux traditionnels.

Université de Lomé : CEDEAO–AES, sécurité en débat

L’Institut d’Études Stratégiques du Togo a réuni experts et universitaires pour décrypter la rivalité institutionnelle entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel. Une fracture politique qui complique la lutte contre le djihadisme.

Comment penser la sécurité collective lorsque l’architecture même de l’intégration régionale se fissure ? C’est à cette brûlante question qu’a tenté de répondre, ce mardi 5 mai 2026, l’Institut d’Études Stratégiques (IES) de l’Université de Lomé. Dans l’enceinte feutrée de la salle de conférence de WASCAL, une table ronde a réuni un parterre d’universitaires, de diplomates – notamment des représentants de l’ambassade de Chine – et d’étudiants autour d’un sujet devenu un véritable casse‑tête géopolitique : la coexistence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la jeune Alliance des États du Sahel (AES).

Depuis le schisme provoqué par le départ des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’organisation historique, la région cherche un second souffle. À Lomé, l’objectif n’était pas de distribuer les mauvais points politiques, mais de disséquer scientifiquement les angles morts d’une coopération devenue bipolaire.

Université de Lomé
© Université de Lomé

Les parcs naturels, nouveaux sanctuaires du terrorisme

Le premier signal d’alarme est venu du terrain, par la voix du lieutenant‑colonel Dominic Bareremna Afelu. Le haut gradé a analysé un paradoxe tragique : les aires protégées transfrontalières, autrefois symboles de coopération écologique, sont devenues des failles géopolitiques majeures.

Entre le complexe W‑Arly‑Pendjari (WAP), partagé entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger, et d’autres réserves de la sous‑région, les groupes armés terroristes profitent des frictions institutionnelles entre la CEDEAO et l’AES. En l’absence d’un commandement conjoint et fluide, ces zones boisées se transforment en sanctuaires idéaux. Pour le conférencier, la rivalité des blocs ne doit pas paralyser la gestion coordonnée de ces espaces, sous peine de voir des pans entiers de territoires échapper définitivement au contrôle des États.

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Le cyberespace, nouveau front de la souveraineté

Mais la guerre moderne ne se joue pas que dans les fourrés du Sahel. La fragmentation politique s’est également invitée sur le terrain de la technologie. Venue du Nigeria, la chercheuse Dr Wada Nabeelah, représentante de Galaxy Backbone Limited, a apporté un éclairage crucial sur ce qu’elle nomme la « cyber‑résilience ».

« La rupture du dialogue politique entre les capitales ouest‑africaines fragilise les réseaux de partage de renseignements cybernétiques », a‑t‑elle alerté.

À l’ère de la désinformation de masse et des cyberattaques ciblant les infrastructures critiques, l’experte a plaidé pour une « souveraineté numérique collective ». Selon elle, qu’un État appartienne à la CEDEAO ou à l’AES, la vulnérabilité face aux algorithmes et aux piratages reste identique. Bâtir des passerelles numériques s’impose donc comme une nécessité vitale, au‑delà des querelles de légitimité politique.

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L’approche « métafactuelle » pour repenser le djihadisme

Enfin, pour clore ces échanges, le directeur de l’IES, le Dr Ekue Folly Gada, enseignant‑chercheur à l’Université de Lomé, a proposé un pas de côté théorique indispensable. Refusant les grilles de lecture simplistes ou purement occidentales du phénomène terroriste, il a développé une analyse basée sur la méthode « méta factuelle ».

Il s’agit, pour cet historien et politologue reconnu pour ses positions en faveur des savoirs endogènes africains, d’explorer les causes profondes, les bifurcations manquées et les réalités invisibles qui nourrissent l’extrémisme violent dans la sous‑région. Pour le Dr Gada, comprendre le terrorisme implique de comprendre ce qui aurait pu être évité et de déconstruire les récits hégémoniques.

Portés par les interventions des étudiants, les débats ont mis en lumière une évidence : si la politique divise l’Afrique de l’Ouest, la science et l’urgence sécuritaire imposent de toute urgence de retrouver les chemins du dialogue.

Djeddah : Lomé réclame des financements ciblés

Au siège de la BID, Lomé a plaidé pour un alignement des financements sur ses priorités nationales, notamment l’agriculture et les infrastructures, alors que le pays amorce son plan triennal d’investissements publics.

En diplomatie, les symboles et le calendrier font souvent bon ménage. Alors que Lomé peaufine la trajectoire de son nouveau Programme d’investissement public (PIP), c’est à Djeddah, au cœur de la finance islamique, que la diplomatie togolaise est allée chercher de nouveaux leviers de croissance. À cet effet, le 30 avril dernier, le chargé d’Affaires par intérim du Consulat Général du Togo en Arabie saoudite, Abdoul Kahar Souley, a été reçu par Rami M. S. Ahmad, vice‑président de la Banque islamique de développement (BID).

Une rencontre formelle aux accents de cadrage stratégique, qui s’inscrit dans la vision portée par le président Faure Gnassingbé et mise en œuvre par son Ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey : faire de la diplomatie économique un levier du développement national.

Consulat Général du Togo à Djeddah
© Consulat Général du Togo à Djeddah

L’impératif des secteurs clés

Face au bras financier des pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), le représentant togolais a joué une partition claire : transformer la reconnaissance légitime du Togo pour les soutiens passés en un engagement accru sur les chantiers de demain. Ainsi, Lomé demande un ciblage plus chirurgical des flux financiers vers les secteurs structurels — l’eau, l’assainissement, la santé, l’énergie et les transports.

« La diplomatie togolaise ne cherche plus seulement des bailleurs, elle cherche des partenaires d’exécution pour des projets à fort impact social », glisse une source diplomatique.

Ce plaidoyer fait écho aux récentes orientations de la banque. En octobre dernier, le conseil d’administration de la BID avait déjà validé une enveloppe de 60,3 millions de dollars (environ 55,2 millions d’euros) spécifiquement dédiée à l’amélioration des conditions de vie des populations vulnérables et à la productivité agricole au Togo.

Consulat Général du Togo à Djeddah
© Consulat Général du Togo à Djeddah

Une convergence d’intérêts

Du côté de la BID, la réception a été favorable. Rami M. S. Ahmad a salué la « performance » globale des projets en cours sur le sol togolais, réaffirmant la disponibilité de l’institution à accompagner la feuille de route gouvernementale. Le vice‑président a également rappelé que la Banque reste engagée dans des secteurs clés comme les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, l’eau et l’assainissement, la santé ainsi que le développement du secteur privé.

Par ailleurs, la coopération renforcée doit aussi s’étendre au secteur privé togolais. Dans une Afrique de l’Ouest secouée par des vents macroéconomiques contraires, Lomé mise sur l’accès à des lignes de financement diversifiées et conformes aux principes de la finance islamique pour obtenir une bouffée d’oxygène stratégique. Le gouvernement doit désormais transformer ces déclarations d’intention en conventions de financement concrètes et immédiates — un véritable test de vélocité pour la diplomatie économique togolaise.

Togo : Accusé de détournements, l’ancien patron du fisc Philippe Tchodie rompt le silence

Visé par des allégations de malversations financières portées par le journaliste d’investigation Ferdinand Ayité, le Dr Philippe Kokou B. Tchodie, ex-patron de l’Office togolais des recettes (OTR), a brisé un long mutisme le 4 mai. Une contre-attaque plus méprisante que factuelle.

C’est un tweet ciselé comme une sentence, publié au cœur du printemps numérique loméen. le lundi 4 mai 2026, le Dr Philippe Kokou B. Tchodie a choisi son compte officiel pour mettre un terme à des mois de spéculations et de mutisme lourd de conséquences. Mais, que ceux qui attendaient des bilans chiffrés ou des démentis juridiques point par point se détrompent : l’ancien tout-puissant commissaire général de l’Office togolais des recettes (OTR) a préféré la hauteur du mépris aux arènes de la justification.

« Je n’ai pas répondu, je ne répondrai point aux provocations de la cour de récréation », a tranché l’économiste, qualifiant les accusations de détournement de fonds qui le visent, lui et son premier cercle, de bruits de couloir insignifiants. « Pas par faiblesse, mais par force. La lucidité de savoir que mon temps vaut mieux, mes combats méritent mieux, ma vie attend mieux », ajoute-t-il. Une esquive qui en dit long sur la nervosité qui gagne les cercles de la haute finance togolaise.

 

Flash-back : l’automne d’une disgrâce et le pavé dans la mare de Ferdinand Ayité

Pour comprendre l’onde de choc de cette sortie, il faut rembobiner le fil d’une affaire qui secoue Lomé depuis plusieurs mois. En octobre 2025, un séisme institutionnel secouait le monde économique togolais : après six années d’un règne sans partage à la tête de la régie financière de l’État, Philippe Kokou Tchodie était brutalement remplacé par Yawa Djigbodi Tsègan, l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale. Officiellement « appelé à d’autres fonctions », le haut fonctionnaire laissait derrière lui un bilan macroéconomique flatteur, marqué par une hausse spectaculaire des recettes fiscales du pays.

Pourtant, les coulisses de ce départ allaient rapidement s’assombrir. Le journaliste d’investigation Ferdinand Ayité, directeur du journal L’Alternative (en exil), jetait un pavé dans la mare en publiant une série de révélations explosives. Documents à l’appui, le journaliste mettait au jour un système présumé de détournements de fonds publics, de rétrocommissions et d’enrichissement illicite gravitant autour de la direction de l’OTR et de plusieurs de ses proches.

Dès lors, le départ de M. Tchodie ne ressemblait plus à une fin de cycle administrative, mais bien à une exfiltration politique destinée à protéger le cœur du système fiscal togolais. Face à la tempête médiatique, l’ancien haut fonctionnaire s’était muré dans un mutisme absolu. Jusqu’à ce lundi.

 

La stratégie de l’esquive face à la suspicion

En choisissant de qualifier le travail d’investigation journalistique de « provocations de cour de récréation », l’ancien commissaire général adopte une posture classique des élites africaines mises en cause : la disqualification ou la dévalorisation de la critique.

Toutefois, cette superbe affichée sur les réseaux sociaux peine à masquer l’embarras. À Lomé, l’opinion publique, étouffée par la vie chère, se montre de plus en plus sensible aux affaires de gouvernance financière. L’OTR, véritable poumon économique de l’État chargé de collecter l’impôt et les droits de douane, se doit d’incarner une exemplarité absolue.

Pour le pouvoir togolais, cette guerre ouverte par réseaux sociaux interposés est un caillou dans la chaussure. Si la justice togolaise n’a, pour l’heure, ouvert aucune enquête officielle à l’encontre de l’ancien directeur, le silence du parquet face aux révélations de Ferdinand Ayité ne fait qu’alimenter le soupçon d’une impunité sélective. Philippe Kokou Tchodie affirme que sa vie « attend mieux » ; la transparence des finances publiques togolaises, elle, attendra encore.

Kozah : doléances ouvrières à la fête du travail

Derrière les festivités de la fête du Travail dans la préfecture de la Kozah, les syndicats ont adressé un message nuancé au pouvoir : si les grands chantiers de modernisation sont salués, la réalité du panier de la ménagère reste une source d’inquiétude majeure.

 

Le bitume de Kara a vibré, ce lundi, sous les pas d’une caravane hétéroclite. Des mécaniciens aux enseignants, les différents corps de métiers ont défilé jusqu’au Lycée de Kara pour marquer ce 1er mai 2026. Mais, passé le folklore des fanfares, l’heure était à la solennité. La Coordination régionale des centrales syndicales des travailleurs du Togo (CCSTT) a officiellement remis son cahier de doléances au préfet de la Kozah, représentant, pour l’occasion, le gouverneur de la région, le général Komlan Adjitowou.

Gouvernorat Région de la Kara
© Gouvernorat Région de la Kara

Entre satisfecit industriel et urgence sociale

Le ton employé par les représentants syndicaux témoigne d’une volonté de dialogue constructif. Les leaders ouvriers n’ont pas manqué de souligner les avancées structurelles de ces derniers mois. Dans les discours, le Centre régional de mécanisation agricole de Tchitchao revient comme un symbole de souveraineté alimentaire, tout comme l’extension de l’assurance maladie universelle aux travailleurs non salariés, une réforme sociale d’envergure pour le pays.

Cependant, ce tableau de bord flatteur ne dissimule qu’imparfaitement les lézardes sociales. « Le béton ne se mange pas », semblent dire, en substance, les travailleurs. Si la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) stimule l’emploi, l’érosion du pouvoir d’achat et la précarité de certains secteurs de la fonction publique continuent de nourrir une frustration sourde.

Gouvernorat Région de la Kara
© Gouvernorat Région de la Kara

Des attentes immenses face à la « vie chère »

Malgré les récents recrutements dans l’administration, les attentes restent « fortes », pour ne pas dire pressantes. Les échanges de ce lundi ont mis en lumière une demande de revalorisation salariale plus audacieuse et une meilleure régulation des prix des produits de première nécessité.

Le préfet de la Kozah, jouant la carte de l’apaisement, a assuré que l’exécutif examinerait ces préoccupations avec une « attention particulière ». Un engagement classique, mais dont la concrétisation sera scrutée de près par une base syndicale de plus en plus vigilante.

Gouvernorat Région de la Kara
© Gouvernorat Région de la Kara

Un test pour la cohésion nationale

Dans un contexte régional marqué par l’instabilité, le gouvernement togolais sait que la paix sociale est son meilleur atout. En choisissant la voie de la concertation plutôt que celle de l’affrontement, les travailleurs de la Kozah lancent la balle dans le camp des autorités.

Pour le régime de Lomé, l’enjeu est désormais de transformer ces succès macroéconomiques et ces infrastructures rutilantes en une amélioration tangible du quotidien des populations du nord du pays. Car, à Kara comme ailleurs, le calme des défilés ne doit pas faire oublier l’urgence des ventres vides.

Afrique du Sud : Le cri de Julius Malema face au poison de la xénophobie

Alors que le pays s’enfonce dans une crise identitaire et sociale profonde en ce début mai 2026, le leader des Economic Freedom Fighters (EFF) brise l’omerta politique. Dans un plaidoyer vibrant, il renvoie les dirigeants africains et la société sud-africaine à leurs responsabilités, dénonçant une « manipulation héritée de l’apartheid ».

L’atmosphère est électrique dans les townships du Gauteng. Le 4 mai 2026, alors que des rumeurs de « shutdown » national circulent, Julius Malema a choisi de porter un discours de vérité radicale. Loin du populisme facile qui désigne le migrant comme la source de tous les maux, le « Commander in Chief » des EFF a livré une analyse chirurgicale des fractures qui déchirent la nation arc-en-ciel.

 

Le migrant, bouc émissaire d’un État défaillant

Pour Julius Malema, l’hostilité envers les Nigérians ou les Zimbabwéens n’est qu’un écran de fumée. « L’État vous éloigne des vraies raisons de votre chômage », a-t-il lancé avec véhémence. Selon lui, cette violence est « parrainée par l’État et par le capital » pour masquer l’absence criante d’opportunités économiques.

Le constat est d’une froideur mathématique : ce ne sont pas les autres Africains qui ont spolié les terres ou confisqué les richesses, mais bien un système hérité de la dépossession coloniale. Malema rappelle une vérité historique souvent occultée : les emplois occupés par les migrants sont souvent des « emplois d’esclaves » que les Sud-Africains refusent à juste titre, conscients de leur propre valeur.

« Il n’y a pas de Zimbabwéen qui vous ait pris vos terres… Il n’y a juste pas d’emplois. »

La « manipulation » de l’apartheid : un héritage toxique

L’aspect le plus frappant du discours de Malema réside dans sa lecture historique. Il affirme que les divisions actuelles s’inscrivent dans un « schéma historique de manipulation hérité de l’apartheid ». L’objectif, hier comme aujourd’hui, est de monter les communautés noires les unes contre les autres afin de détourner l’attention des inégalités structurelles.

Cette « violence noire contre les Noirs » est, selon lui, une réédition des tactiques utilisées par l’ancien régime pour maintenir le contrôle. En s’attaquant à ceux qui « ressemblent à nos propres enfants », la société sud-africaine ne fait que prolonger sa propre aliénation.

Mourir avec une conscience claire : l’éthique au-dessus des votes

Dans un paysage politique qui accepte souvent toutes les compromissions pour grappiller des voix à l’approche des scrutins, Malema lance un pari risqué par sa position. « Je ne peux jamais renier un Africain à cause des votes », déclare-t-il, tout en affirmant qu’il préfère perdre l’élection plutôt que de bâtir son succès sur la haine de l’autre.

Ce refus de la démagogie xénophobe est aussi un défi direct aux dirigeants du continent. Malema dénonce une classe politique qui privilégie le pouvoir au détriment des populations, quitte à laisser une femme enceinte sans médicaments simplement parce qu’elle vient d’un pays voisin.

« Je ne veux pas vos votes s’ils sont teintés de haine. » a-t-il conclu. 

 

Un miroir tendu aux dirigeants africains

Si le discours s’adresse aux Sud-Africains, il résonne comme un réquisitoire contre l’immobilisme des États du continent. En soulignant que « nous ne faisons qu’un », Malema pointe du doigt l’échec d’une intégration africaine qui reste lettre morte dans les chancelleries.

Pendant que les migrants se font tuer ou chasser, le silence ou l’impuissance des gouvernements à rapatrier leurs ressortissants ou à exiger leur protection renforce le sentiment d’abandon. Pour le leader des EFF, être Africain doit être placé « au-dessus des votes ».

En ce 4 mai 2026, l’Afrique du Sud est à la croisée des chemins. Entre la tentation du repli identitaire violent et l’appel à une solidarité continentale exigeante, la voix de Malema rappelle que les racines du mal sont à chercher dans l’échec de la transformation économique, et non chez le voisin venu chercher un avenir.