À Lomé, le changement climatique n’est plus seulement une affaire de politiques environnementales. Il devient une question d’arbitrage budgétaire. Depuis le 3 août, le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique forme ses cadres à une nouvelle manière de lire, programmer et évaluer la dépense publique. Objectif : préparer le Budget Vert 2027 et faire du climat un critère à part entière des choix économiques de l’État.
Pendant cinq jours, jusqu’au 7 août, la salle Entente du CASEF accueille ainsi un atelier qui pourrait sembler technique. Pourtant, derrière les tableaux, les méthodes de marquage et les exercices budgétaires se joue une transformation plus profonde : déterminer comment l’argent public peut financer la croissance sans aggraver les vulnérabilités climatiques du pays.
Passer à l’échelle : le climat intégré dans toute la mécanique budgétaire
Jusqu’ici, une dépense publique se juge principalement à son utilité économique, sociale ou administrative. La budgétisation verte ajoute une autre question : quel est son impact sur le climat et l’environnement ? Au Togo, les dépenses peuvent ainsi être classées selon leur contribution : favorable, défavorable ou neutre au climat et à l’environnement. Cette méthode permet aux décideurs de visualiser les effets environnementaux des choix budgétaires et de mieux orienter les ressources.
Le pays a engagé cette réforme progressivement. Après une première expérience avec neuf ministères en 2024, le périmètre s’est élargi à 25 ministères et institutions pour l’exercice 2025. Le Budget Vert 2026 couvre désormais l’ensemble des ministères et institutions de l’administration centrale. Le passage à l’échelle change donc la nature de l’exercice : il ne s’agit plus d’expérimenter, mais d’installer durablement le climat dans la mécanique budgétaire.
C’est précisément ce que prépare l’atelier ouvert à Lomé. Sous la conduite d’Ahodo Tchamdja, Directeur général des Études et Analyses économiques, représentant le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, les participants doivent acquérir les outils nécessaires à l’élaboration du document Budget Vert 2027 du ministère.
Le programme va au-delà d’une formation théorique. Les cadres doivent comprendre les concepts fondamentaux de la budgétisation verte, maîtriser la méthodologie de marquage et appliquer ces outils aux activités inscrites dans le Plan de travail et budget annuel 2027 du ministère.
Une deuxième étape interviendra au quatrième trimestre 2026. La cellule Budget Vert du ministère devra alors finaliser le marquage des activités et projets, actualiser leurs coûts à partir de la lettre de cadrage budgétaire 2027 et rédiger la partie narrative du futur document. Le résultat attendu est double : des cadres capables de manier l’outil et un Budget Vert 2027 finalisé.
Cette réforme prend une dimension particulière dans un pays exposé aux effets du dérèglement climatique. Sécheresses, inondations, érosion côtière et irrégularité des précipitations ne menacent pas uniquement l’environnement. Elles affectent l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, les ressources en eau et, par ricochet, les finances publiques. Lorsqu’une inondation détruit une route, lorsqu’une sécheresse fragilise une production agricole ou lorsqu’un phénomène météorologique extrême impose des dépenses imprévues, l’État finit par payer la facture.
La budgétisation verte cherche donc à déplacer le curseur : ne plus attendre que le climat provoque la dépense, mais intégrer le risque climatique au moment où l’État décide de dépenser. C’est l’un des enjeux majeurs de cette réforme. La dépense publique doit pouvoir contribuer simultanément à la croissance, à la résilience économique et à la protection des ressources naturelles.
Pour Ahodo Tchamdja, l’enjeu dépasse largement la création d’une nouvelle rubrique budgétaire. La budgétisation verte doit intégrer les considérations climatiques et environnementales à l’ensemble du cycle de la dépense : planification, programmation, arbitrage, exécution et évaluation.
Cette approche peut également renforcer la transparence. En identifiant les dépenses favorables, défavorables ou neutres, l’État dispose d’un instrument supplémentaire pour suivre la cohérence de ses politiques publiques. Le Budget Vert devient ainsi une forme de radiographie des choix économiques. Il ne dit pas seulement combien l’État dépense. Il permet aussi de demander dans quelle direction il dépense.
La démarche du ministère de l’Économie et de la Veille stratégique s’inscrit dans une réforme plus large de la gestion des finances publiques togolaises. Le Togo a déjà utilisé son expérience pour partager son approche avec d’autres pays, notamment le Cameroun et la République du Congo. Le ministère des Finances et du Budget présente cette trajectoire comme une expérience pionnière en Afrique de l’Ouest.
Mais le véritable enjeu du leadership revendiqué ne se trouve pas dans le nombre d’ateliers organisés ni dans le volume de documents produits. Il se mesurera à la capacité du système budgétaire à transformer les analyses climatiques en décisions financières.
Autrement dit, identifier une dépense comme « verte » ne suffira pas. Il faudra ensuite vérifier son exécution, ses résultats et son impact réel. Le ministère des Finances et du Budget a d’ailleurs engagé en 2026 une étape consacrée au suivi de l’exécution des Budgets Verts 2024 et 2025, avec l’objectif de passer de la programmation à la redevabilité.
À Lomé, la philosophie défendue par les autorités peut finalement se résumer à une question simple : que fait chaque franc CFA public face au risque climatique ? Le Budget Vert 2027 doit apporter une partie de la réponse. En formant ses cadres et en préparant le marquage de ses activités, le ministère de l’Économie et de la Veille stratégique cherche à inscrire le climat dans les décisions qui précèdent la dépense, et non uniquement dans les politiques qui viennent la corriger après coup.
Le chantier est désormais lancé. La prochaine étape sera celle de la preuve : prouver que l’intégration du climat dans le budget change effectivement la manière de choisir les investissements, de hiérarchiser les priorités et d’évaluer les résultats. Le Togo a commencé à verdir son budget, mais doit encore prouver que cette orientation peut réellement verdir son développement.
À Saly, le débat sur l’économie africaine s’est déplacé vers un territoire longtemps laissé hors des comptes : celui du travail domestique non rémunéré. Du 28 au 30 juillet 2026, chercheurs, responsables publics, parlementaires, organisations de la société civile et partenaires internationaux ont confronté leurs expériences autour d’une question qui touche directement les politiques sociales et économiques : comment reconnaître la valeur du temps consacré aux soins et aux tâches domestiques lorsqu’aucun salaire ne vient le mesurer ?
La question a occupé une place centrale lors de la 4ᵉ Conférence NTA Africa, organisée à Saly autour du thème de l’« économie générationnelle et économie des soins au cœur des politiques publiques en Afrique ».
Parmi les participants, l’ONG Cœur Solidaire Togo a conduit une délégation de dix représentants du Togo et du Bénin. Mais l’organisation n’est pas venue uniquement assister aux débats. Elle a voulu faire de cette rencontre un espace de travail régional.
Préparer les repas, s’occuper des enfants, accompagner une personne âgée, entretenir le logement, assister un proche malade : ces activités structurent la vie quotidienne, mais restent souvent en marge des indicateurs classiques de richesse et de production.
Pourtant, elles libèrent du temps pour les personnes qui exercent une activité rémunérée et permettent aux ménages, aux communautés et aux économies de fonctionner.
C’est précisément ce paradoxe que les acteurs réunis à Saly ont cherché à mettre en lumière : une activité peut produire une valeur sociale et économique considérable sans apparaître comme un emploi.
Le sujet prend une dimension particulière lorsqu’il concerne les femmes, qui assument encore une part importante de ces responsabilités domestiques dans de nombreux contextes africains. La question ne relève donc pas uniquement de la vie familiale. Elle touche à l’emploi, à l’égalité, à la protection sociale, à la pauvreté et à la répartition des opportunités économiques.
La présence de Cœur Solidaire à Saly s’inscrit dans le cadre d’un projet consacré à l’élaboration de politiques fondées sur les données concernant le travail domestique non rémunéré au Togo et au Bénin. L’objectif consiste à faire entrer davantage de données et d’éléments mesurables dans un débat souvent réduit à des considérations sociales.
Mesurer le travail invisible devient ainsi une étape préalable pour mieux orienter les politiques publiques. C’est dans cette logique que la délégation togolaise et béninoise a participé aux échanges avec des chercheurs, des parlementaires, des cadres ministériels, des organisations de la société civile, des institutions internationales et des partenaires techniques et financiers.
Cette diversité d’acteurs a permis de croiser plusieurs approches : recherche, décision publique, action associative et financement du développement.
Le moment le plus significatif de la participation de Cœur Solidaire s’est déroulé en marge de la conférence. L’ONG a organisé un atelier régional consacré au partage d’expériences sur l’économie des soins et le travail domestique non rémunéré. Les participants y ont confronté les réalités de différents pays et réfléchi aux moyens de mieux reconnaître cette contribution souvent absente des politiques économiques.
Les discussions ont abouti à la « Déclaration de Saly ». Ce texte rassemble des engagements et des recommandations destinés à différents acteurs afin de renforcer la reconnaissance et la valorisation du travail domestique non rémunéré en Afrique.
Son importance dépendra désormais moins de sa portée symbolique que de sa capacité à nourrir des décisions concrètes : production de données, intégration du sujet dans les politiques publiques et meilleure prise en compte de l’économie des soins dans les stratégies de développement.
Intégrer la valeur du temps dans la réflexion économique africaine
Le débat de Saly pose finalement une question simple, mais lourde de conséquences : que vaut une économie si elle ignore une partie du travail qui lui permet de fonctionner ? Tant que les tâches domestiques et les activités de soins restent invisibles dans les politiques publiques, une partie de la contribution économique des ménages échappe à l’analyse.
Pour le Togo et le Bénin, l’enjeu consiste donc à transformer cette réalité quotidienne en données exploitables, puis en politiques capables de réduire les inégalités dans la répartition du temps et des responsabilités.
La rencontre de Saly aura au moins permis de faire franchir au sujet une étape : sortir le travail domestique non rémunéré de la sphère privée pour le placer au cœur de la réflexion sur les politiques publiques africaines. Cœur Solidaire entend poursuivre cette dynamique avec ses partenaires, notamment le CREG, PRB, L’AADEF Bénin et le CRDI.
Car reconnaître le travail invisible ne signifie pas seulement lui donner un nom. Il faut désormais le mesurer, l’intégrer aux politiques publiques et, surtout, agir sur les inégalités qu’il révèle.
À Maurice, l’affaire est désormais politique avant même d’être judiciaire. Cinq jours après l’arrestation de son époux dans une enquête présumée de trafic de cannabis entre La Réunion et l’île Maurice, Véronique Leu-Govind a quitté, lundi 3 août, ses fonctions de ministre déléguée aux Arts et à la Culture. Elle a également abandonné la présidence des Nouveaux Démocrates.
La décision, prise d’un commun accord avec le Premier ministre Navin Ramgoolam, vise officiellement à éviter que les « perceptions » liées au dossier ne fragilisent le gouvernement et le parti. À ce stade, aucune charge personnelle n’est retenue contre l’ancienne ministre.
Saisie record à La Réunion : une enquête judiciaire qui cible le domicile familial
Le dossier remonte au 26 juillet, lorsque près de 100 kilos de cannabis, évalués à environ 4,4 millions d’euros, ont été saisis à Bras-Panon, à La Réunion. Les investigations ont ensuite conduit les enquêteurs mauriciens à Case-Noyale, au domicile du couple. Une perquisition y a notamment permis de découvrir quatre plants de cannabis et une fiole de méthadone. Les enquêteurs ont également saisi le téléphone de Gulshan Govind et un véhicule enregistré au nom de son épouse. Ils auraient découvert dans ce véhicule des traces de matière végétale suspectée d’être du cannabis.
Arrêté le 31 juillet, Gulshan Govind, 42 ans, reste détenu. Il fait face à quatre accusations provisoires, notamment pour possession de drogue dangereuse, culture de cannabis et complot en vue d’une importation aggravée par le trafic.
La stratégie du gouvernement Ramgoolam pour éviter la crise politique
Véronique Leu-Govind, qui s’est présentée volontairement le 2 août devant la brigade antidrogue, doit être entendue de nouveau le 5 août avec son avocat. En parallèle, les investigations s’élargissent. La Financial Crimes Commission examine un possible volet de blanchiment d’argent concernant Gulshan Govind et sa famille. Une autre enquête porte sur leur patrimoine. La démission de la ministre ne met donc pas fin à l’affaire. Elle en déplace surtout le centre de gravité vers le terrain politique.
L’opposition accentue la pression et réclame sa démission de l’Assemblée nationale
Mardi 4 août, le chef de l’opposition, Joe Lesjongard, a demandé à l’Assemblée nationale que Véronique Leu-Govind renonce également à son mandat de députée de Savanne–Rivière-Noire. Cette nouvelle offensive s’ajoute à un précédent familial datant de 2023. Cette année-là, la justice avait condamné son frère Benjamin Leu à trois ans de prison après son arrestation à La Réunion dans une affaire de stupéfiants.
Face aux interrogations, Navin Ramgoolam promet qu’il n’y aura « jamais de cover-up », quelle que soit l’identité des personnes impliquées. Les autorités mauriciennes ont également demandé l’entraide judiciaire des autorités françaises à La Réunion. Le gouvernement mauricien cherche ainsi à limiter les conséquences politiques du dossier tout en laissant la justice poursuivre ses investigations. Pour l’heure, l’enquête continue et le gouvernement ne prévoit aucun remplacement immédiat au ministère délégué aux Arts et à la Culture.
À Agbélouvé, le chiffre a donné le ton. Pour la campagne 2026-2027, la filière soja togolaise vise 300 000 tonnes de production. Mais derrière cet objectif quantitatif se joue une bataille autrement stratégique : consolider la place du Togo sur le marché du soja biologique tout en faisant de cette culture une source de revenus plus solide pour les producteurs.
Réunis dans la commune de Zio 3 pour lancer la cinquième campagne de production, les acteurs de la filière ont placé le biologique au centre de leurs priorités. Le thème retenu — « Soja biologique : notre choix, notre avenir » — résume cette volonté de faire du bio l’un des principaux leviers de croissance de la filière.
Dix ans d’expansion : Une production nationale en forte croissance depuis 2015
Le chemin parcouru permet de mesurer l’ampleur de l’ambition. En 2015, le Togo produisait moins de 25 000 tonnes de soja. Dix ans plus tard, la production nationale dépassait 260 000 tonnes en 2025. Le pays veut désormais franchir un nouveau seuil avec une cible de 300 000 tonnes pour la campagne 2026-2027.
Cette progression traduit l’installation progressive du soja dans le paysage agricole et commercial togolais. Pour le Conseil interprofessionnel de la filière soja du Togo (CIFS-Togo), l’étape suivante consiste à mieux organiser cette croissance.
Car produire davantage ne suffit plus lorsque les marchés deviennent plus exigeants et que la concurrence internationale se renforce. Le défi est désormais de faire fonctionner la filière comme un véritable écosystème, depuis la parcelle jusqu’au marché d’exportation.
Le soja biologique : Un avantage compétitif sur le marché international
C’est sur ce terrain que le Togo entend jouer une partie de son avenir. Selon le président du CIFS-Togo, Mounirou Koriko, le pays a déjà occupé à quatre reprises la première place des exportateurs de soja biologique vers l’espace Schengen. Cette performance constitue un avantage commercial, mais également une responsabilité : celle de maintenir la qualité et la régularité nécessaires pour rester compétitif.
Le marché du soja biologique n’est donc plus seulement une opportunité. Il devient un territoire à défendre. Pour y parvenir, la filière mise sur l’intensification de la production biologique et sur le renforcement des dispositifs d’accompagnement des producteurs.
Cela passe notamment par les semences, les intrants, la formation et l’accompagnement technique. Autrement dit, le Togo cherche à sécuriser la production en amont pour préserver sa compétitivité en aval.
Derrière les statistiques et les objectifs d’exportation se trouve une réalité plus concrète : celle du producteur. Pour atteindre 300 000 tonnes, la filière devra disposer de producteurs suffisamment accompagnés, de semences de qualité et de solutions techniques adaptées aux réalités du terrain.
Le CIFS-Togo veut donc renforcer la coordination entre les différents maillons de la chaîne de valeur : agriculteurs, transformateurs, partenaires techniques et institutions publiques. Cette organisation apparaît d’autant plus importante que la filière veut simultanément augmenter ses volumes et préserver les exigences liées au biologique. Le rendement ne peut plus être pensé séparément de la qualité, et la qualité ne peut plus être dissociée de l’accès au marché.
Représentant le ministre chargé de l’Agriculture, Alex Kpanté Bouab, directeur de l’entrepreneuriat et du financement agricole, a rappelé les principaux leviers sur lesquels le gouvernement entend agir. L’exécutif mise sur l’accès aux semences améliorées et aux intrants de qualité, mais aussi sur le conseil agricole, la formation des producteurs et une mécanisation adaptée.
Le soutien annoncé s’étend également à la professionnalisation des coopératives. Le gouvernement veut par ailleurs encourager des pratiques agricoles capables de mieux résister aux effets du changement climatique et renforcer les connexions entre producteurs, transformateurs et marchés.
Cette approche traduit un changement de perspective. Le soja n’est plus considéré uniquement comme une culture à développer. Il est désormais envisagé comme une chaîne de valeur à structurer, avec ses propres exigences de production, de transformation, de commercialisation et d’accès aux marchés.
De la croissance à la maturité : Maximiser la valeur ajoutée pour les producteurs
Le prochain enjeu sera donc de savoir ce que le Togo fera de cette croissance. La progression de la production nationale est spectaculaire : de moins de 25 000 tonnes en 2015 à plus de 260 000 tonnes en 2025. Mais une filière agricole ne se mesure pas uniquement au tonnage récolté. Elle se mesure aussi aux revenus qu’elle génère, aux emplois qu’elle crée et à la capacité du pays à conserver une part plus importante de la valeur produite.
C’est précisément l’un des objectifs affichés à travers le plan stratégique consacré au développement de la filière : consolider la position du Togo sur les marchés internationaux, augmenter les revenus des producteurs et construire une activité durable et compétitive. Le prochain cap ne sera donc pas seulement celui des 300 000 tonnes. Il sera celui de la valeur créée autour de ces 300 000 tonnes.
Le lancement de la campagne 2026-2027 ouvre ainsi une séquence décisive pour le soja togolais. Le pays dispose déjà d’un marché extérieur, d’une production en forte progression et d’une réputation construite autour du biologique. Reste maintenant à transformer ces acquis en avantage durable. À Agbélouvé, les acteurs de la filière ont choisi de placer le bio au cœur de cette nouvelle étape. Leur pari est clair : continuer à produire davantage sans perdre ce qui fait la singularité du soja togolais.
Atteindre 300 000 tonnes sera un indicateur. Préserver la qualité, améliorer les revenus des producteurs et rester compétitif sur les marchés internationaux sera le véritable test. Car pour le Togo, l’avenir du soja ne se joue plus seulement dans les champs. Il se joue désormais dans la capacité de toute une filière à passer de la croissance à la maturité.
Kigali, 4 août 2026 — Les femmes africaines veulent-elles encore se contenter d’accompagner les décisions ou doivent-elles désormais participer pleinement à leur élaboration ? À Kigali, cette question s’est invitée au lancement de l’African Academy for Women in Political Leadership, une initiative consacrée au renforcement du leadership politique féminin sur le continent.
Parmi les personnalités présentes figurait Victoire Dogbé, ancienne Première ministre du Togo. À ses côtés, plusieurs figures du leadership africain, dont Sahle-Work Zewde et Catherine Samba-Panza, ont pris part à cette rencontre destinée à encourager l’émergence d’une nouvelle génération de femmes dans les espaces de décision.
L’ancienne cheffe du gouvernement togolais a surtout retenu la portée d’une telle initiative. Pour elle, le leadership ne saurait se réduire à l’exercice d’une fonction ou à l’occupation d’un poste. Il doit, avant tout, se mesurer à ses résultats et à sa capacité à produire des changements durables dans la vie des populations.
Faire du pouvoir un instrument de transmission et d’ouverture
Dans cette perspective, Victoire Dogbé défend une conception du leadership fondée sur la transmission. Diriger ne consiste pas seulement à décider, mais également à ouvrir des voies à celles et ceux qui viendront après.
Cette vision prend une résonance particulière lorsqu’elle est appliquée à la participation des femmes à la vie publique africaine. Car, malgré les progrès enregistrés sur le continent, leur présence dans les centres de décision demeure un enjeu majeur.
L’ancienne Première ministre togolaise invite ainsi les femmes à ne pas attendre que les portes s’ouvrent d’elles-mêmes. Elle les encourage à acquérir les compétences nécessaires, à s’engager et à investir les espaces où se construisent les politiques publiques.
Un appel direct à la jeunesse et aux jeunes filles togolaises
Au-delà des responsables politiques et des figures expérimentées réunies à Kigali, Victoire Dogbé a choisi de s’adresser directement aux jeunes filles et aux jeunes femmes du Togo. Son message tient en quelques mots : oser. Oser s’engager, se former et saisir les occasions de prendre part à la décision publique.
L’enjeu dépasse donc la seule représentation féminine. Il s’agit de préparer une relève capable de prendre progressivement le relais et de contribuer, à son tour, à la transformation des sociétés africaines.
« L’avenir de l’Afrique ne s’écrira pas sans les femmes », résume en substance l’ancienne Première ministre, qui souhaite les voir placées « au cœur des décisions ».
Le lancement de l’African Academy for Women in Political Leadership entend précisément contribuer à cette dynamique. L’initiative bénéficie notamment du soutien du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), de la Commission de l’Union africaine, du Réseau des femmes leaders africaines et de l’African School of Governance.
Pour Victoire Dogbé, la portée de cette académie réside ainsi moins dans la célébration des parcours déjà accomplis que dans les possibilités qu’elle peut offrir à celles qui aspirent à exercer demain des responsabilités publiques.
À Kigali, le message est donc explicite : l’Afrique ne peut plus envisager son avenir politique en laissant une partie de ses forces à la périphérie du pouvoir. La question n’est plus seulement de faire une place aux femmes, mais de leur permettre de contribuer pleinement à la définition du continent de demain.
Depuis le 27 juillet 2026, l’ancienne ministre des Armées refuse toute nourriture pour dénoncer les traitements qu’elle subit derrière les barreaux. Onze mois après son arrestation pour avoir critiqué la gouvernance de Faure Gnassingbé, elle porte, par son propre corps, la voix d’une soixantaine de détenus politiques togolais toujours privés de liberté.
Le 30 août 2025, alors que Lomé s’embrase sous les manifestations d’une jeunesse excédée par la vie chère et la réforme constitutionnelle qui a fait basculer le Togo vers un régime parlementaire, Essozimna Marguerite Gnakadé descend dans la rue. L’ancienne ministre des Armées, première femme à avoir occupé ce poste au Togo entre 2020 et 2022, est repérée par les forces de sécurité et brièvement renvoyée chez elle. Dans les semaines qui suivent, elle est arrêtée (le 17 septembre 2025 ). Son tort : avoir publiquement mis en doute la capacité de Faure Gnassingbé à diriger convenablement le pays.
Depuis, elle croupit dans les geôles togolaises. Onze mois de détention plus tard, et faute d’avoir obtenu la moindre amélioration de ses conditions de vie, elle a franchi, le 27 juillet 2026, un nouveau seuil : celui du refus total de nourriture. Une grève de la faim qu’elle mène en dernier recours, pour protester contre ce que ses proches décrivent comme des traitements inhumains.
De figure du pouvoir à symbole des prisonniers d’opinion
Le parcours de Marguerite Gnakadé la distinguait déjà avant son incarcération. Nommée à la tête du ministère des Armées en octobre 2020 sans expérience militaire préalable, elle était aussi la veuve d’Ernest Gnassingbé, frère défunt du chef de l’État. Sa proximité avec le clan au pouvoir n’aura pourtant pas suffi à la protéger lorsqu’elle a choisi de rejoindre la contestation populaire plutôt que de s’y opposer.
« Nous entamons cette grève non pas par désespoir, mais par conviction. Quand la justice se tait, nos corps deviennent notre dernier cri. » Déclaration collective de détenus politiques grévistes de la faim, novembre 2025
Une vague d’actions désespérées face aux conditions de détention inhumaines
Le geste de Marguerite Gnakadé n’est pas isolé. Depuis un an, la grève de la faim est devenue l’un des seuls leviers dont disposent les prisonniers politiques togolais pour se faire entendre. En novembre 2025, trente-sept détenus avaient entamé un mouvement collectif. En décembre, la militante Grâce Koumayi et le binational Abdoul Aziz Goma avaient tenu cinquante jours sans s’alimenter à la prison civile de Lomé, forçant les autorités pénitentiaires à réagir. Plusieurs organisations de défense des droits humains réclament, depuis, un accès immédiat aux soins pour l’ensemble des détenus grévistes.
Quel statut pour les anciens dignitaires du régime derrière les barreaux ?
Le nom de Marguerite Gnakadé revient régulièrement associé à ceux de Kpatcha Gnassingbé et du général Félix Kadanga, deux autres anciens dignitaires ayant gravité autour du pouvoir togolais. Leurs situations, cependant, ne se recoupent pas entièrement avec la sienne. Kpatcha Gnassingbé, demi‑frère du président du Conseil et ancien ministre de la Défense, a passé seize ans en détention après sa condamnation pour tentative de coup d’État, avant que le pouvoir ne le libère finalement fin décembre 2025 à la faveur d’une grâce présidentielle massive.
Le général Félix Kadanga, lui, ancien chef d’état-major des armées togolaises, purge depuis 2023 une peine de vingt ans pour complicité dans l’assassinat d’un colonel de l’armée. Marguerite Gnakadé demeure, à ce jour, la seule des trois encore détenue pour un motif directement lié à l’expression d’une opinion politique.
Un Togo sous tension depuis la réforme constitutionnelle
Depuis l’adoption, en mars 2024, d’une nouvelle Constitution transformant le régime présidentiel en régime parlementaire, Faure Gnassingbé dirige le pays en tant que président du Conseil des ministres, une fonction sans limite de mandat. Cependant, l’opposition a dénoncé la réforme comme un « coup d’État constitutionnel ». Cette mesure a nourri le mouvement de contestation de la jeunesse « Gen Z » en 2025. Le pouvoir a durement réprimé ce soulèvement avant d’engager une vague d’arrestations, qui a produit la plupart des détenus dits « d’opinion » aujourd’hui recensés.
Fin décembre 2025, une grâce présidentielle a permis la libération de 1 511 détenus, saluée comme un geste d’apaisement. Les organisations de la société civile togolaise estiment toutefois qu’environ soixante-dix prisonniers considérés comme politiques restent aujourd’hui incarcérés.
Mobilisation des ONG et appel à la libération des détenus d’opinion
Portée notamment par le collectif « Touche pas à ma Constitution » et plusieurs partis d’opposition, la mobilisation pour la libération des détenus politiques togolais se poursuit. Ces organisations rappellent qu’au moins neuf prisonniers seraient morts en détention depuis le début du mouvement de répression et que plusieurs autres portent les séquelles de mauvais traitements. Elles réclament la libération immédiate et sans condition de l’ensemble des détenus d’opinion, ainsi qu’un accès garanti aux soins pour les grévistes de la faim comme Marguerite Gnakadé, dont l’état de santé, onze mois après son arrestation, continue de se dégrader.
Un direct TikTok où une artiste gospel déchire son passeport a mis le feu aux poudres. Au-delà du coup d’éclat numérique, l’acte de Noélie Elykem soulève des questions juridiques, politiques et éthiques fondamentales sur les formes modernes de contestation au sein de la diaspora.
Un geste théâtral, un passeport en lambeaux et quelques minutes de vidéo qui font basculer le débat public. Depuis les États-Unis, la chantre gospel togolaise Noélie Elykem a choisi la plateforme TikTok pour exprimer son indignation face à la gouvernance du président Faure Gnassingbé. En détruisant publiquement son document d’identité et en déclarant renier ses origines, l’artiste a déclenché une onde de choc au Togo ainsi que dans la sous-région, divisant radicalement l’opinion.
Le droit à l’épreuve du virtuel : Que vaut légalement la destruction d’un passeport ?
Sur le plan légal, la portée de cet acte reste quasi nulle. Le passeport, bien qu’attribué à un citoyen, demeure la propriété exclusive de l’État émetteur. Par ailleurs, la destruction volontaire d’un tel document officiel peut être sanctionnée par la loi, indépendamment de toute procédure relative à la nationalité. Elle ne vaut, en aucun cas, renonciation officielle à la nationalité. En droit togolais, la perte ou la déchéance de la nationalité obéit à des procédures juridiques strictement encadrées, bien loin des règles d’engagement des réseaux sociaux.
Symbole national contre régime politique : Une opinion publique profondément divisée
C’est sur le terrain politique et symbolique que la fracture est la plus nette. Pour une partie de la population et de la diaspora, ce geste incarne l’expression paroxystique d’un ras-le-bol face à une crise démocratique durable. Dans cette perspective, la destruction du document devient l’ultime moyen de faire entendre une voix étouffée.
À l’inverse, de nombreux analystes et citoyens condamnent fermement une confusion des genres. Si la critique d’un gouvernement relève de la liberté d’expression, s’en prendre aux attributs de la souveraineté nationale — le passeport, le drapeau ou l’hymne — est perçu comme une atteinte à la mémoire collective et à l’identité républicaine, qui préexistent aux régimes politiques.
La radicalisation de la protestation numérique au sein de la diaspora
Cet épisode illustre la mutation des modes d’engagement au sein des diasporas africaines. À l’ère des algorithmes, la recherche de visibilité pousse parfois à la surenchère spectaculaire. En transformant la colère citoyenne en performance visuelle, la protestation gagne certes en viralité, mais prend le risque de polariser le débat au détriment d’une réflexion politique structurée.
Geste de désespoir citoyen ou profanation des symboles de la Patrie : selon vous, la contestation politique autorise-t-elle à s’en prendre aux attributs de la Nation ?
LOMÉ-AFLAO, 4 août 2026 — C’est dans une atmosphère de grande concorde républicaine que s’est tenue, le lundi 3 août 2026, une importante journée d’étude et d’orientation administrative dans les locaux de la mairie d’Aflao-Sagbado. En marge des travaux de la 3ᵉ session ordinaire du Conseil municipal, l’Office togolais des recettes (OTR) est venu dispenser ses précieux enseignements aux forces vives de la collectivité locale.
Un dialogue direct entre l’administration fiscale, les élus et les autorités coutumières
Placée sous l’autorité vigilante de Madame le Maire, DANGBUIE Afi Xolali Pascaline, cette séance de travail a rassemblé dans l’hémicycle municipal l’ensemble des conseillers locaux, les gardiens de la tradition et de la coutume, ainsi que les agents de la fonction publique communale.
Face aux litiges qui entravent trop souvent le développement économique, le fisc républicain est venu clarifier la législation en matière de propriété solide. Les techniciens du Cadastre ont exposé avec pédagogie les règles modernes de l’immatriculation administrative, véritable bouclier contre la spoliation des biens fonciers.
Renforcer les compétences locales pour mieux orienter et protéger les citoyens
Au cours de débats d’une haute tenue civique, les notables et les représentants du peuple ont pu lever le voile sur les lenteurs administratives du passé. Désormais armés d’un savoir technique irréprochable, ces intermédiaires de confiance seront en mesure de guider les citoyens dans la régularisation légale de leurs parcelles.
Cette grande campagne d’explication démontre la volonté inébranlable de la municipalité du Golfe 7 d’instaurer une gestion moderne, intègre et accessible de son territoire, garantissant ainsi la paix sociale et la prospérité des foyers.
Et si le prochain terrain de croissance du basketball togolais ne se trouvait pas seulement sur le parquet, mais aux alentours ? Infrastructures, publicité, médias, données, formation, restauration, événementiel : le sport commence à être envisagé comme une véritable industrie. Une vision défendue par le ministre délégué chargé de la Promotion des investissements et de la Souveraineté économique, Dr Arthur Trimua, lors d’une rencontre consacrée au financement et à la professionnalisation du basketball au Togo.
Le ballon n’est plus le seul actif du basketball. Autour d’un match se dessine toute une économie : une salle à exploiter, des espaces publicitaires à commercialiser, des événements à organiser, des contenus à produire, des talents à former et des données à valoriser. C’est précisément ce changement de regard que le Togo cherche à amorcer.
À l’occasion de la mission au Togo d’une délégation de NBA Africa et de la Basketball Africa League, une table ronde consacrée aux mécanismes innovants de financement et à la professionnalisation du basketball a permis de poser une question qui dépasse largement le cadre sportif : comment transformer une discipline en véritable activité économique ?
Faire du sport une véritable entreprise : L’ambition des autorités togolaises
Invité par le ministre délégué chargé de la Jeunesse et des Sports, Dr Abdul-Fahd Fofana, Arthur Trimua a placé l’investissement au centre de la réflexion. Son constat est simple : le sport ne peut plus être considéré uniquement comme une activité nécessitant des subventions ou du mécénat. Il peut aussi devenir un secteur capable d’attirer des capitaux, de créer des emplois et de faire émerger des métiers. Le basketball offre, à cet égard, un terrain particulièrement intéressant.
Parce que derrière les joueurs et les compétitions se cache une chaîne de valeur beaucoup plus large. Elle englobe les infrastructures, la formation, l’événementiel, la communication, les médias, la restauration, la publicité, la détection des talents, les services numériques et l’exploitation des données. Le véritable marché du basketball commence donc bien avant le coup d’envoi et se poursuit longtemps après le coup de sifflet final.
De la salle d’entraînement à l’actif économique : repenser les infrastructures sportives
Pour Arthur Trimua, l’infrastructure sportive constitue l’un des premiers leviers à repenser. Une salle de basketball construite sans modèle économique risque de rester dépendante des financements publics. À l’inverse, une infrastructure conçue comme un espace multifonctionnel peut accueillir des compétitions, des spectacles, des activités commerciales, de la restauration ou encore des événements privés.
Le bâtiment cesse alors d’être une enceinte purement sportive. Il devient un actif économique. Cette logique ouvre également la porte à plusieurs mécanismes de financement. Le naming, qui consiste à associer le nom d’une entreprise à une enceinte ou à une compétition, la régie publicitaire, les partenariats de longue durée ou encore la valorisation des données peuvent contribuer à diversifier les revenus.
L’idée est de faire en sorte que l’infrastructure puisse générer elle-même une partie des ressources nécessaires à son fonctionnement et à son développement.
Sortir du modèle subvention-mécénat pour séduire les capitaux privés
C’est probablement le point le plus structurant de cette nouvelle approche. Pendant longtemps, le financement du sport a largement reposé sur l’intervention publique, les aides ponctuelles et le mécénat. Or, ce modèle montre ses limites dès lors que l’objectif devient celui d’une professionnalisation durable. Le défi consiste désormais à passer d’un sport financé à un sport capable de produire des revenus.
La nuance est importante. Il ne s’agit pas de supprimer l’accompagnement public, mais de créer les conditions dans lesquelles les capitaux privés peuvent trouver un intérêt économique à investir dans le secteur. Pour y parvenir, il faudra des infrastructures rentables, des compétitions attractives, des organisations professionnelles, des audiences mesurables et des mécanismes capables de transformer la popularité du sport en valeur économique.
L’arrivée de NBA Africa : un catalyseur pour structurer la chaîne de valeur
La présence de NBA Africa et de la Basketball Africa League donne une dimension particulière à cette réflexion. Leur mission au Togo intervient alors que le pays cherche à mieux structurer son environnement sportif et à rapprocher le sport des politiques d’investissement. La question n’est donc plus seulement de savoir comment développer le basketball togolais sur le plan technique.
Elle consiste aussi à déterminer comment construire autour de ce sport un écosystème suffisamment solide pour intéresser les investisseurs. Cela suppose de professionnaliser les acteurs, d’améliorer la formation, de développer les infrastructures et de créer de nouvelles sources de revenus.
Mais également de mieux identifier les talents. Dans une industrie sportive moderne, la détection constitue elle-même une activité économique. Un jeune joueur correctement formé peut devenir un actif sportif, médiatique et commercial. Les données de performance peuvent, elles aussi, alimenter un marché de services et améliorer le recrutement, la préparation et le suivi des athlètes.
Le basketball togolais comme laboratoire d’une politique industrielle plus vaste
L’ambition affichée va cependant au-delà du basketball. Pour Arthur Trimua, cette réflexion doit servir de modèle à d’autres secteurs de l’économie togolaise. Le principe est le même : repérer un potentiel, identifier les différents maillons de la chaîne de valeur, puis créer les conditions permettant au secteur privé de financer son développement. Le basketball devient ainsi un laboratoire grandeur nature d’une politique plus vaste : transformer les potentiels économiques en filières structurées.
Si cette approche aboutit, le sport pourrait générer bien davantage que des performances et des trophées. Il pourrait créer des emplois dans la communication, le numérique, la restauration, la production audiovisuelle, l’événementiel, la construction, la formation et les services.
Le véritable enjeu se situe peut-être là. Pour le Togo, professionnaliser le basketball ne consiste plus uniquement à former de meilleurs joueurs. Il s’agit désormais de construire toute l’économie qui permettra à ces joueurs, à leurs clubs, aux infrastructures et aux entreprises qui gravitent autour d’eux de prospérer. Et sur ce terrain-là, le prochain match se jouera moins avec un ballon qu’avec des capitaux, des compétences et des modèles économiques.
À Lomé, le Space Forum Africa 2026 a déplacé le regard. Du 28 au 30 juillet, responsables publics, chercheurs, investisseurs et innovateurs ont exploré une idée encore peu visible dans les politiques de développement : les technologies spatiales ne servent plus seulement à observer la Terre depuis le ciel. Elles peuvent aussi contribuer à produire davantage, anticiper les catastrophes, renforcer les communications et ouvrir de nouveaux marchés.
Pendant longtemps, l’espace africain s’est raconté à travers les ambitions lointaines : satellites à lancer, programmes scientifiques à financer, compétences à former. À Lomé, le débat a pris une autre direction. Il ne s’agissait plus seulement de savoir si l’Afrique pouvait conquérir l’espace, mais de comprendre ce que l’espace peut désormais apporter à l’Afrique.
C’est dans cette perspective que l’ambassade des États-Unis à Lomé a accompagné le Space Forum Africa 2026, organisé du 28 au 30 juillet. L’événement a réuni des acteurs venus de plusieurs horizons du secteur spatial autour d’un même enjeu : transformer les sciences et technologies spatiales en réponses concrètes aux besoins du continent.
Du satellite aux champs : Mettre les données orbitales au service des décisions au sol
L’un des enseignements majeurs des échanges tient à ce changement d’échelle. L’espace n’est plus uniquement une affaire de recherche scientifique ou de prestige technologique. Les données satellitaires peuvent désormais soutenir des activités aussi terrestres que l’agriculture, la surveillance climatique, les communications ou encore la prévention des catastrophes.
Autrement dit, le véritable enjeu ne se situe pas seulement dans l’orbite, mais dans les usages qui en découlent au sol. Pour les économies africaines confrontées aux effets du changement climatique, aux difficultés d’accès à certaines informations et à la nécessité d’améliorer leurs capacités de prévision, ces technologies peuvent constituer un outil supplémentaire d’aide à la décision.
Cette évolution ouvre également un terrain nouveau pour les jeunes entreprises technologiques africaines. À mesure que les données spatiales deviennent exploitables dans différents secteurs, elles peuvent nourrir des solutions locales et faire émerger des activités à forte valeur ajoutée.
Pour donner corps à cette réflexion, l’ambassade américaine a fait venir au Togo Jim Adams, ancien responsable et vétéran de la NASA, dans le cadre du programme de conférenciers du Département d’État américain. Fort de plus de quarante années d’expérience dans l’exploration spatiale, les technologies satellitaires et l’innovation, il a apporté au forum une lecture directement liée aux transformations déjà à l’œuvre.
Son intervention a notamment mis en évidence les applications des capacités spatiales dans plusieurs secteurs stratégiques : agriculture, résilience climatique, communications et gestion des catastrophes. Mais derrière ces applications se dessine une autre question, plus économique : qui produira les technologies de demain et qui en captera la valeur ?
Diplomatie commerciale et partenariats : Créer des ponts entre startups africaines et US
Le développement de l’économie spatiale africaine ne dépendra pas uniquement des infrastructures ou des compétences scientifiques. Il se jouera également dans la capacité à créer des passerelles entre les écosystèmes d’innovation.
C’est là que la coopération entre acteurs africains et entreprises américaines prend une dimension particulière. Les échanges encouragés autour du forum peuvent favoriser des rapprochements entre institutions africaines, innovateurs et entreprises américaines spécialisées dans les technologies et services spatiaux.
La logique dépasse donc la simple coopération scientifique. Elle touche à la diplomatie commerciale, aux investissements, aux transferts de savoir-faire et à la création de nouveaux marchés. Pour les entrepreneurs africains, l’enjeu consiste désormais à ne pas rester de simples utilisateurs des technologies venues d’ailleurs. Pour les partenaires internationaux, il s’agit de trouver sur le continent de nouveaux talents, de nouveaux besoins et de nouveaux débouchés.
L’espace comme infrastructure invisible de l’économie et de la résilience
Cette mutation oblige finalement à revoir la manière de parler de l’espace en Afrique. Un satellite peut contribuer à mieux comprendre l’évolution d’une culture agricole. Une donnée d’observation peut aider à anticiper une situation climatique. Une technologie de communication peut réduire l’isolement d’une zone difficile d’accès. Une information recueillie depuis l’orbite peut contribuer à préparer une réponse face à une catastrophe.
L’espace devient ainsi une infrastructure invisible, dont les effets se mesurent très concrètement sur Terre. C’est précisément cette approche que le Space Forum Africa 2026 a mis en avant à Lomé : faire passer les technologies spatiales du registre de la fascination scientifique à celui de l’utilité économique et sociale.
Washington et Lomé : Élargir le cercle de l’innovation spatiale pacifique
À travers son soutien au forum, l’ambassade des États-Unis inscrit également cette coopération dans une perspective plus large. Alors que les États-Unis célèbrent leurs 250 ans d’innovation et de découvertes, Washington réaffirme son attachement à une utilisation pacifique et responsable de l’espace.
Mais au-delà du symbole, l’enjeu est surtout de multiplier les connexions entre les innovateurs africains et l’écosystème américain. Le prochain chapitre de la conquête spatiale africaine pourrait donc moins se jouer dans le lancement d’une fusée que dans la capacité à transformer une donnée satellitaire en solution, une recherche en entreprise et une coopération scientifique en marché. À Lomé, le ciel n’a pas seulement été observé. Il a été présenté comme un nouvel espace de développement.