Kara, 5 décembre 2025 – Le Togo franchit un cap décisif dans sa marche vers l’accès universel à l’électricité. En effet, fin novembre dernier, Benjamin Neumann, directeur de l’Agence Française de Développement (AFD) au Togo, s’est rendu dans la région de la Kara pour constater l’avancement du vaste chantier PERECUT (Projet d’extension et de renforcement des réseaux électriques en milieu urbain et périurbain).
Accompagné des équipes de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET) et des autorités locales, il a parcouru plusieurs localités où les poteaux neufs et les câbles fraîchement tirés témoignent d’un travail déjà bien engagé.
« Ce qui nous frappe, c’est la qualité du dialogue avec les populations et les collectivités », a confié le responsable de l’AFD, soulignant l’importance d’un partenariat réel avec les acteurs togolais pour la réussite du projet.
Projet PERECUT : 46 milliards de FCFA pour 6 500 nouveaux abonnements
Financé à parts égales par l’AFD et l’Union européenne pour un montant total de 46 milliards de francs CFA, PERECUT vise ainsi à densifier et moderniser les réseaux dans plusieurs villes et zones périurbaines.
Rien que dans la région de la Kara, plus de 6 500 nouveaux abonnements domestiques et commerciaux verront le jour à l’achèvement des travaux.
Selon les derniers chiffres du ministère de l’Énergie, le taux d’exécution physique du projet atteint déjà 48 %. Un rythme soutenu qui conforte Lomé dans son ambition affichée : porter le taux national d’électrification à 100 % à l’horizon 2030.
Pour les habitants des quartiers visités, l’arrivée prochaine du courant n’est plus une promesse lointaine mais une réalité palpable. « Avant, on vivait à la lampe-tempête. Bientôt, les enfants pourront étudier le soir et les petits commerces fonctionneront également plus longtemps », témoigne une habitante de Kantè, l’un des sites inspectés.
En somme, avec PERECUT, le Togo accélère nettement sa transformation énergétique et réduit chaque mois l’écart qui le séparait encore de l’électrification totale. Le compte à rebours vers 2030 est bel et bien lancé.
Quand les avocats du monde entier pointent le Togo comme terre sûre de la défense, ce n’est plus du protocole, c’est un signal fort.
Lomé, 5 décembre 2025 – On a l’habitude des visites de courtoisie où tout le monde sourit poliment et repart avec des cadeaux. Mais, le jeudi, au palais de l’Assemblée nationale, c’était différent. Quand la présidente de la Conférence internationale des barreaux (CIB), Me Murielle Renar-Legrand, est sortie de son audience avec le Président de l’Assemblée Prof. Komi Selom Klassou, elle n’a pas usé de la langue de bois diplomatique. Son “merci” était franc, presque ému.
« Ici, au Togo, l’État ne menace aucun avocat et n’emprisonne personne pour avoir défendu son client. Une réalité rare, très rare, qu’il faut dire haut et fort. »
Devant les caméras, la patronne des 250 barreaux membres de la CIB a répété ce que beaucoup de ses collègues chuchotaient déjà dans les couloirs du congrès : en effet, le Togo est devenu, sans tambour ni trompette, un des pays les plus sûrs d’Afrique pour exercer le métier d’avocat. Ainsi, pas d’arrestations arbitraires, pas de pressions sur les robes noires, pas de disparitions nocturnes. Il y a simplement le droit de défendre, même quand le dossier est brûlant.
Par ailleurs, elle a ajouté un détail qui a fait tilter plus d’un observateur : elle a publiquement salué la décision récente de Faure Gnassingbé de gracier des détenus âgés ou gravement malades. « C’est un geste d’humanité qui dit beaucoup sur la façon dont ce pays conçoit la justice. »
L’État de droit, une « pratique quotidienne »
Au nom du Président du Conseil, le Président de l’Assemblée nationale a salué la réussite du 39ᵉ congrès de la CIB, jumelé au 40ᵉ anniversaire de l’organisation à Lomé. Il a également réaffirmé l’engagement du Togo à renforcer sans relâche l’État de droit et la justice, piliers essentiels de la vie démocratique. À cet égard, le Président Klassou n’a pas cherché l’effet de manche, mais a affirmé que « l’État de droit n’est pas un slogan au pays, mais une pratique quotidienne », avant de rappeler aussi que le Togo continuera à protéger ceux qui défendent les droits des autres : les avocats.
Un « Label » qui vaut de l’or
En somme, en une phrase, le Togo vient de marquer des points là où on ne l’attendait pas : sur le terrain de la liberté de la défense. En plus, quand ce sont les avocats du monde entier qui le disent, ce n’est plus de la communication. C’est un label. Et il vaut de l’or.
Lomé, 5 décembre 2025 – Il n’y a pas eu de langue de bois le jeudi à l’auditorium de l’Université de Lomé. Devant plus de 300 étudiants en journalisme et communication de l’ISICA (Institut des Sciences de l’Information, de la Communication et des Arts), l’ambassadeur de l’Union européenne au Togo, Gwilym Ceri Jones, a posé la question sans filtre : « Dans un monde où la Chine, la Russie et la Turquie redessinent la carte des influences, que pèse encore le partenariat UE-Afrique ? »
Et il a répondu lui-même, sans détour : « Il pèse lourd, mais seulement si on arrête les discours paternalistes et qu’on passe enfin à un partenariat d’égaux. »
Organisée à l’initiative de la Délégation de l’UE, cette conférence-débat tombait à pic : deux semaines après le sommet UE-UA de Luanda, alors que l’Afrique est courtisée comme jamais et que l’Europe cherche à ne pas devenir le grand absent du XXIᵉ siècle.
Le nouveau pacte stratégique de l’Union Européenne
L’ambassadeur n’a pas mâché ses mots. Sur la gouvernance : « On ne viendra plus donner de leçons. On vient proposer des outils, pas imposer des modèles. »
Sur le développement : « Vos matières premières ne doivent plus quitter le continent brut. L’usine du futur est ici, et non à Rotterdam. »
Sur la sécurité : « On ne financera plus des opérations si elles ne sont pas pilotées par des Africains. »
Les étudiants, eux, n’ont pas fait de cadeau. Une jeune femme en deuxième année a lancé : « Pourquoi l’UE continue de nous imposer des normes phytosanitaires qui tuent nos exportations d’ananas et de soja ? » Réponse cash de l’ambassadeur Jones : « Parce que certains lobbies agricoles européens sont plus puissants que notre volonté politique. Mais ça change. Et vous, futurs journalistes, vous avez le pouvoir de faire bouger les lignes. »
Un autre étudiant a demandé si l’Europe n’était pas en train de paniquer face à l’arrivée massive des investissements chinois. Réponse : « Paniquer, non. Réveiller, oui. On a dormi vingt ans. Par conséquent, vous êtes notre réveil matin. »
L’Afrique, une force dont on doit respecter les choix
À ses côtés, l’ambassadeur du Sénégal, Mamadou Moustapha Loum, a rappelé que « l’Afrique n’a plus besoin de tuteurs. Elle a besoin de partenaires qui respectent ses choix, même quand ils ne plaisent pas. »
Le directeur de l’ISICA, le Professeur Mawusse Akue Adotevi, a conclu sous les applaudissements : « Vous sortirez d’ici non pas avec des réponses toutes faites, mais avec des questions qui dérangent. Et c’est exactement ce qu’on attend de vous. »
À la sortie, les étudiants ne parlaient plus de « coopération Nord-Sud ». Ils parlaient d’un monde multipolaire où l’Afrique a enfin les cartes en main.
En conséquence, pour une fois, personne n’a applaudi poliment. On a applaudi fort. Parce que, dans cet auditorium, on venait de comprendre que le futur ne se négocie plus à Bruxelles ou à Washington. Il se discute aussi ici, à Lomé, en français, en éwé, en kabiyè avec des jeunes qui n’ont plus envie d’attendre.
Dapaong, 4 décembre 2025 – Dans la cour de la polyclinique de Dapaong, l’émotion était palpable ce matin. Pour la première fois dans les Savanes, un centre intégré entièrement dédié aux survivantes de violences basées sur le genre vient d’ouvrir ses portes. Et cette fois, l’UNFPA a pensé dès le départ pour celles que l’on oublie trop souvent : les femmes et les filles en situation de handicap.
C’est la ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, Mme Martine Moni Sankaredja, qui a coupé le ruban du troisième One Stop Center (OSC) du Togo, en présence des autorités régionales et d’une délégation UNFPA. Le message est clair : personne ne doit plus être laissé sur le bord du chemin.
3e One Stop Center : mettre fin à la « Double Peine »
« Aujourd’hui, nous disons stop à la double peine », a lancé la ministre. « Être femme et handicapée ne doit plus signifier être plus exposée aux violences et moins protégée quand elles arrivent. »
Concrètement, ce nouveau centre offre tout sous le même toit et gratuitement :
un médecin formé aux séquelles spécifiques des violences sur les corps handicapés ;
un psychologue spécialisé ;
un assistant social et un juriste capables d’accompagner les démarches judiciaires ;
un espace sécurisé pour les femmes sourdes ou malvoyantes, avec un personnel formé également à la langue des signes et au braille.
Un modèle de partenariat efficace
L’UNFPA, avec le soutien de la firme japonaise Takeda, a financé le bâtiment moderne. Par ailleurs, la coopération allemande (GIZ), à travers Plan International et le REFED-Savanes, a assuré l’équipement et va egalement s’occuper de la prise en charge quotidienne. Ainsi, ce modèle de partenariat permet à l’État togolais de proposer ces services sans que les victimes ne déboursent le moindre franc.
« Avant, une femme violée à Mandouri ou à Tandjouaré mettait parfois trois jours pour arriver à Lomé ou à Kara », témoigne une infirmière du centre. « Désormais, elle peut venir ici, être reçue dans l’heure, soignée, écoutée, hébergée si nécessaire, et repartir avec un dossier prêt pour la justice. Et surtout, elle peut le faire en fauteuil, avec sa canne blanche ou sans avoir à parler fort si elle est sourde. »
D’ailleurs, le choix de Dapaong n’est pas anodin. Dans les Savanes, les taux de violences conjugales et sexuelles restent parmi les plus élevés du pays, et les femmes handicapées y sont particulièrement vulnérables : mariages forcés précoces, violences au sein même des familles, absence totale de structures adaptées. Ainsi, ce troisième OSC vient combler un vide immense et critique.
En somme, le message est passé. À Dapaong comme ailleurs, la protection des plus fragiles n’est plus une promesse : elle a désormais une adresse, un numéro de téléphone et des visages qui attendent, jour et nuit.
Avec l’ouverture de la Maison de Justice d’Afagnan, le Togo boucle son objectif national 2025 : vingt-quatre établissements désormais répartis sur tout le territoire, rapprochant la justice des citoyens et renforçant la cohésion sociale.
Afagnan, 4 décembre 2025 – Le mercredi 4 décembre 2025, sous les manguiers centenaires de la cour de la préfecture de Bas-Mono, l’atmosphère était différente de la chaleur habituelle : un véritable soulagement. En effet, le Ministre de la Justice et des Droits Humains, Pacôme Yawovi Adjourouvi, est venu en personne couper le ruban de la nouvelle Maison de Justice d’Afagnan. Pour les habitants, ce n’est pas qu’un bâtiment de plus : c’est la fin des trajets interminables jusqu’à Aného ou Lomé pour un simple conflit de terrain, un loyer impayé ou une querelle familiale.
Un objectif national atteint grâce à la Banque mondiale
Avec cette inauguration, le Togo boucle son objectif 2025 : quatre nouvelles Maisons de Justice cette année, portant le total à vingt-quatre sur l’ensemble du territoire. Vingt-quatre lieux où chacun peut désormais régler ses différends sans avocat, sans frais exorbitants et surtout sans attendre des années.
« Avant, quand on avait un litige, on prenait la moto-brousse à 4 h du matin pour aller à Aného. On revenait le soir, ruinés et toujours pas fixés », raconte Akossiwa, la cinquantaine, venue assister à la cérémonie avec ses voisins. « Aujourd’hui, la justice est là, à deux pas de chez nous. On va pouvoir dormir tranquilles. »
Dans la salle aménagée pour la cérémonie, le tout nouveau médiateur-conciliateur, M. Segbaya Kouakou Anani, a prêté serment devant le président du tribunal d’Aného, M. de Souza Deladem Francis. Un homme du terroir, respecté, qui parle éwé couramment et comprend les réalités locales.
Le Ministre Pacôme Adjourouvi n’a pas prononcé un long discours. Il a préféré rappeler une phrase simple mais forte : « Une justice lointaine est une justice injuste. » Il a ensuite remercié les maires, les préfets, les chefs traditionnels et la Banque mondiale, partenaire financier essentiel du projet, pour avoir « ramené l’État là où les gens vivent vraiment ».
La paix qui s’installe au village
La délégation a visité les locaux : bureau d’accueil spacieux, salle de médiation climatisée, archives sécurisées. Rien de luxueux, mais tout est propre, fonctionnel et surtout accessible gratuitement.
Le préfet de Bas-Mono a résumé l’état d’esprit général : « Quand la justice vient s’installer au village, ce n’est pas seulement un service qui s’ouvre, c’est la paix qui s’installe. »
À la sortie, les anciens du quartier se sont approchés du Ministre :
« Merci, Monsieur le Ministre. Désormais, nous n’aurons plus à aller loin pour régler nos différends. »
Une justice devenue voisine à Afagnan
En repartant vers Lomé, à une heure et demie de route, Pacôme Adjourouvi a promis que l’élan se poursuivra : l’objectif est de couvrir les dernières zones blanches du pays d’ici 2027.
En somme, À Afagnan, ce soir-là, autour d’un verre de sodabi, les habitants se sont dit, presque à voix basse : « La justice est enfin devenue notre voisine. » Et parfois, c’est tout ce qu’un peuple demande pour se sentir véritablement chez lui.
Lomé, 4 décembre 2025 – Dans un palais de la Représentation nationale vibrant d’uniformes protocolaires et de tenues traditionnelles, Faure Essozimna Gnassingbé a livré le mardi 2 décembre son premier discours sur l’état de la nation sous l’ère de la Ve République. Devant un Congrès unifié – Assemblée nationale et Sénat réunis –, le nouveau Président du Conseil a peint les contours d’un régime parlementaire « moderne, apaisé et équilibré », vantant une « révolution de l’esprit public » qui placerait le Togo sur la voie d’une démocratie plus inclusive.
Toutefois, au-delà des applaudissements des élus et du corps diplomatique, les échos dans les ruelles de Lomé et sur les réseaux sociaux racontent une autre histoire : celle d’un peuple lassé, qui voit dans ces mots une litanie familière, loin des urgences quotidiennes.
Discours: la vision institutionnelle de la Ve République
Sous la présidence de Prof. Komi Selom Klassou, l’événement a réuni une constellation d’autorités – ministres, généraux, chefs coutumiers – dans une atmosphère solennelle, presque théâtrale. En effet, conformément à l’article 50 de la Constitution révisée, Gnassingbé a déroulé sa vision : un Parlement transformé en « moteur d’impulsion démocratique », où majorité et opposition co-construiraient l’intérêt général.
« Cette évolution incarne notre ambition collective de renforcer la démocratie », a-t-il lancé, insistant sur un pouvoir « plus proche, plus équitable, plus redevable ». De plus, le Sénat, fraîchement installé, porterait la voix des territoires ; les conseils régionaux, élus pour la première fois, incarneraient la diversité locale. Une décentralisation promise comme remède aux inégalités persistantes, avec un État qui « ira vers ceux qui sont éloignés du centre ».
L’appel au consensus face aux antagonismes
Cependant, c’est dans l’appel à une « action collective » que le discours a pris une tournure plus introspective. Gnassingbé a tendu la main à l’opposition, la qualifiant de « vigie utile » et de « force de proposition indispensable ». « Car, la démocratie ne s’accommode pas du monologue ; elle se nourrit du débat », a-t-il martelé, prônant une culture politique fondée sur le « dialogue et le consensus », loin des « antagonismes habituels ».
Un plaidoyer pour des débats « sans déchirures » et des critiques « sans dénigrement », dans un pays où les clivages partisans ont souvent viré à l’affrontement. Le Président du Conseil a clos sur un « pacte de loyauté » : solidarité, rigueur, et une République « d’équilibre et d’avenir ». Prof. Klassou, en réagissant, a salué un « bréviaire pour le développement durable », soulignant l’adhésion du Congrès à cette « vision pragmatique ».
Discours : le fossé entre le Palais et la Rue
Pourtant, Cette harmonie institutionnelle cache un fossé béant avec la réalité des rues. Tandis que les médias officiels – ATOP ou République Togolaise – relaient un discours « inspirant » autour de dix chantiers prioritaires (éducation, santé, emploi des jeunes, transition écologique), l’opposition et la société civile dénoncent une façade.
Adoptée sans référendum en mai 2025, la réforme de la Ve République reste un os de discorde : pour ses détracteurs, elle n’est qu’un habillage destiné à prolonger le règne des Gnassingbé, au pouvoir depuis 1967. D’où l’appel à restaurer l’ancienne Constitution, qui garantissait l’élection présidentielle au suffrage universel direct.
« C’est le même discours de mensonge depuis 2005 », lâche un internaute sur X, accusant Faure de viser un maintien au pouvoir à vie. La Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) réclame la vérité des urnes, tandis que le Mouvement du 6 juin (M66) et des figures comme l’ex-ministre Marguerite Gnakadè appellent à une mobilisation accrue. Entre façade institutionnelle et colère populaire, le fossé ne cesse de s’élargir.
Sur les réseaux, les réactions fusent. « Intox politique », tweet un activiste, dénonçant l’hypocrisie d’un appel au consensus alors que les manifestations de juin et d’août ont été réprimées par la police. Dans les rues de Lomé, pancartes brandies et slogans scandés rappellent que la contestation reste vive. L’Alliance nationale pour le changement (ANC) et les Forces démocratiques pour la République (FDR) parlent d’une « démocratie de façade », exigeant la libération des détenus politiques et le retour à l’ancienne Constitution.
Les promesses concrètes – grâces présidentielles pour détenus vulnérables, modernisation de la justice, inclusion des femmes et des jeunes – peinent à convaincre. « Une République forte n’abandonne personne », assure Gnassingbé. Mais pour beaucoup, ces annonces relèvent du déjà-vu, sans impact tangible sur l’accès à l’eau, à l’électricité ou à l’emploi.
Le discours, défendant une réforme « sans rupture », ignore les « vives critiques » de l’opposition. Et malgré les mises en garde gouvernementales contre toute « déstabilisation », les appels à manifester persistent. Entre promesses répétées et contestation persistante, le pays reste suspendu à une confrontation annoncée.
Le test de la « République d’avenir »
En fin de compte, ce discours marque un jalon : le Togo entre officiellement dans son ère parlementaire, avec Gnassingbé aux manettes d’un exécutif reconfiguré. Cependant, pour hisser cette « République d’avenir » au-delà des mots, il faudra combler l’écart entre le palais et la place publique. Les prochains mois, avec l’installation du Sénat et les élections régionales, diront si le « pacte de confiance » tient la route – ou si la rue, une fois de plus, dicte le tempo du changement.
Lomé, 4 décembre 2025 – Le paysage politique togolais est en deuil. François Galley, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, s’est éteint le mardi 3 décembre 2025 dans une clinique de la capitale, Lomé, des suites d’une longue maladie non précisée. L’information, confirmée par sa famille, a rapidement suscité une vague d’hommages unanimes, soulignant l’héritage d’un homme qui a incarné le dialogue et le progrès éducatif dans un pays en pleine transition.
François Galley : un parcours entre académie et réconciliation
Âgé de plus de 70 ans, François Galley avait consacré sa carrière à la sphère publique, mêlant engagement académique et action politique. Né au Togo, il s’était d’abord illustré comme universitaire et intellectuel respecté avant d’entrer en politique sous les couleurs de l’Union des Forces du Changement (UFC), le parti fondé par l’opposant historique Gilchrist Olympio.
C’est ainsi que sa nomination au portefeuille stratégique de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le 28 mai 2010, marqua un tournant décisif. Elle scella l’accord politique historique signé entre l’UFC et le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), alors au pouvoir sous la présidence de Faure Gnassingbé. Cette entente, fruit de négociations intenses, symbolisa une rare tentative de réconciliation dans un contexte marqué par des tensions post-électorales et des crises récurrentes.
L’héritage de la modernisation éducative
Durant ses deux années à la tête du ministère – jusqu’au 31 juillet 2012 –, Galley s’attela à moderniser le système éducatif supérieur togolais. En effet, il lança des réformes visant à renforcer la recherche scientifique, à promouvoir les partenariats internationaux et à améliorer l’accès à l’université pour les étudiants de Kara et de Lomé.
« Nous on a été réglo », déclarait-il en 2012 , défendant avec vigueur les efforts du gouvernement pour soutenir financièrement plus de 35 000 boursiers. Ses initiatives, bien que confrontées à des défis budgétaires et logistiques, posèrent les bases d’une gouvernance plus inclusive, où l’éducation devint un levier de cohésion nationale.
François Galley: l’homme du compromis et du dialogue
Après son départ du gouvernement, François Galley ne se retira pas totalement de la scène publique. Membre actif de l’UFC, il participa à des conférences-débats, comme celle organisée par son parti à Lomé en mai 2018, où il réaffirma son engagement pour une alternance pacifique.
De plus, toujours modéré et mesuré, il incarna l’esprit de compromis qui avait permis à l’opposition de s’intégrer au processus démocratique togolais. « Nous respecterons notre parole », affirmait-il en janvier 2012, lors d’un accord avec les étudiants en grève, illustrant sa capacité à apaiser les conflits par le dialogue.
Vague d’hommages unanimes
La nouvelle de son décès, survenu dans l’intimité d’une clinique loméenne, a été accueillie avec émotion par la classe politique. Des figures de l’opposition comme celles de l’UNIR ont salué sa mémoire, évoquant un « pont entre les rives divisées de la nation ». La communauté universitaire, qu’il avait tant choyée, prévoit une cérémonie d’hommages solennels, tandis que sa famille appelle à la discrétion dans cette période de recueillement.
En somme, en ces heures sombres, le Togo perd non seulement un serviteur de l’État, mais un bâtisseur discret de l’avenir. François Galley laisse derrière lui un legs d’unité et d’ambition éducative, rappelant ainsi que la politique, au-delà des clivages, peut être un vecteur de progrès partagé. Ses obsèques devraient se dérouler dans les prochains jours, sous le signe d’une nation reconnaissante.
Lomé, 1er décembre 2025 – Les bulldozers ont encore parlé ce matin. Dès l’aube, le quartier Zorobaro-Akodessewa, dans la commune Golfe 1, a vu s’effondrer des dizaines de maisons, boutiques et ateliers construits à quelques mètres seulement des rails. Après Hanoukopé la semaine dernière, c’est donc la deuxième phase d’une vaste opération de libération des emprises ferroviaires qui vient de frapper le cœur de la capitale. Or, cette fois, l’enjeu dépasse largement le simple dégagement de terrain.
Golfe 1 : une question de vie ou de mort
Derrière les nuages de poussière et les cris des familles, une réalité brutale s’impose : la ligne de chemin de fer Lomé-Cotonou-Blitta, relancée en 2024, est devenue l’une des artères vitales du Togo. Chaque semaine, des trains de marchandises — et bientôt de passagers — circulent à pleine vitesse, reliant le littoral aux terres de l’intérieur. Mais sur de nombreux tronçons urbains, les habitations s’approchent dangereusement des rails, parfois à moins de 50 centimètres. C’est la promesse d’un développement majeur, mais aussi la peur permanente qu’un déraillement ou un freinage d’urgence ne transforme le quotidien des riverains en tragédie.
« On ne démolit pas par plaisir », martèle un ingénieur des chemins de fer présent sur place. « Un seul accident ferait des centaines de morts. On a déjà évité le pire plusieurs fois. »
Lomé respire enfin
Au-delà de la sécurité immédiate, cette opération est le premier acte concret d’un plan beaucoup plus ambitieux : redonner à la capitale un corridor ferroviaire moderne et sécurisé, tout en libérant des dizaines d’hectares pour des projets d’urbanisme attendus depuis trente ans. Boulevard ferroviaire paysager, pistes cyclables, logements sociaux, extension du port autonome : toutes ces initiatives n’étaient possibles qu’à condition de récupérer ces terrains occupés illégalement depuis des décennies.
En clair : ce qui se passe aujourd’hui à Zorobaro et à Hanoukopé n’est pas une simple opération de police. C’est le début de la plus grande transformation urbaine que Lomé ait connue depuis l’indépendance.
Le prix humain
Néanmoins, cette nécessité vitale n’efface pas la détresse des familles chassées du jour au lendemain. Des mères qui courent avec leurs bébés dans les bras, des commerçants qui regardent s’écrouler l’affaire d’une vie, des vieux qui n’ont nulle part où aller : les images font mal. Et la colère est palpable.
« On comprend la sécurité, mais on n’est pas des animaux », lance une habitante, les larmes aux yeux. « Qu’on nous donne au moins un toit avant de tout raser. »
Les autorités promettent des solutions : recensement des sinistrés, attribution prioritaire de parcelles dans les nouveaux lotissements, aides au relogement. Or, pour l’instant, ces engagements restent lettre morte pour la plupart des familles concernées.
Golfe 1 : un tournant historique
Ce qui se joue aujourd’hui dans les quartiers longeant les rails, c’est la confrontation entre deux urgences : celle de sauver des vies en empêchant une catastrophe ferroviaire, et celle de protéger la dignité de milliers de Loméens.
Le Togo a choisi de ne plus attendre. Quitte à payer le prix fort de la colère populaire aujourd’hui pour éviter un drame irréparable demain.
L’histoire jugera si le gouvernement aura su accompagner cette mutation avec assez d’humanité. Mais une chose est sûre : Lomé ne sera plus jamais la même après cette semaine de décembre 2025.
Lomé, 1ᵉʳ décembre 2025 – L’Université de Lomé a donné le ton d’une année doctorale placée sous le double sceau de l’excellence scientifique et de l’éthique face aux révolutions technologiques. Lors d’une cérémonie solennelle organisée à l’amphithéâtre de l’École doctorale, la communauté des chercheurs a officiellement lancé la Rentrée doctorale 2025 devant un parterre de directeurs d’unités de recherche, doyens et plusieurs centaines de doctorants.
Bien que le président Adama Kpodar soit absent, c’est le premier vice-président, le professeur Komlan Batawila, qui a présidé les travaux, entouré de la deuxième vice-présidente Kafui Kpégba et de la secrétaire générale Akossiwoa Quashie. « Cette rentrée n’est pas une formalité, mais un contrat moral : produire une recherche rigoureuse, utile et irréprochable », a-t-il martelé.
L’urgence de la norme et la menace de l’IA
Deux conférences magistrales, très complémentaires, ont marqué les esprits. Le professeur Akodah Ayewouadan a ouvert le bal avec une leçon inaugurale intitulée « L’effectivité de la norme ». Devant une salle comble, le juriste a disséqué la distance souvent abyssale entre la règle écrite et son application concrète, prenant pour exemples le droit de l’environnement et les libertés académiques au Togo. « Une norme qui reste lettre morte n’est pas une norme, c’est une illusion », a-t-il lancé sous les applaudissements.
Ensuite, la seconde intervention, assurée par le professeur Bilakani Tonyeme, a plongé au cœur de l’actualité brûlante : l’impact de l’intelligence artificielle générative sur la recherche. Entre démonstrations de ChatGPT capable de rédiger une thèse en quelques minutes et alertes sur le risque de plagiat indétectable, le spécialiste des systèmes intelligents a appelé à une « éthique proactive ».
Rentrée doctorale : actions concrètes pour une recherche maîtrisée
C’est pourquoi le professeur Tonyeme a émis des recommandations fermes : référentiels clairs, formation obligatoire à l’IA pour les doctorants et création d’un comité déontologique dédié dès 2026 à l’UL.
« On ne peut plus faire comme si ces outils n’existaient pas. Soit on les maîtrise, soit ils nous dépossèdent de notre métier de chercheur », a-t-il averti, provoquant un débat nourri avec la salle.
À l’issue de la cérémonie, les doctorants ont reçu leur badge officiel 2025 et un guide de bonne conduite renforcé intégrant désormais un chapitre entier sur l’utilisation responsable de l’IA. Cette initiative est la preuve que l’Université de Lomé entend bien rester à la pointe sans sacrifier ses principes.
L’année doctorale est lancée. Et cette fois, la barre est placée très haut : rigueur scientifique, innovation maîtrisée et intégrité absolue. Rien de moins.
Lomé, 1ᵉʳ décembre 2025 – Le Togo endosse une fois de plus le rôle de pompier de l’Afrique de l’Ouest. En fin de semaine, la CEDEAO a mandaté le président Faure Gnassingbé pour diriger une mission tripartite de haut niveau, chargée de sortir la Guinée-Bissau du chaos né du putsch du 26 novembre.
La junte, qui invoque une manipulation électorale, a suspendu le processus de vote et fermé les frontières, accentuant les risques de dérapage violent.
Aux côtés du Cap-Verdien José Maria Neves et du Sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le chef de l’État togolais devra ramener les protagonistes autour de la table et empêcher qu’un pays coutumier des coups d’État ne sombre à nouveau dans la tourmente.
Lomé, quartier général de la crise
L’annonce n’a surpris personne dans les couloirs de la CEDEAO. En effet, déjà médiateur de l’Union africaine dans le conflit RDC-Rwanda, Faure Gnassingbé s’est imposé ces dernières années comme l’un des rares dirigeants ouest-africains capables de dialoguer avec tous les camps sans être accusé de partialité. « Il a cette capacité rare à écouter sans juger et à obtenir des concessions là où d’autres échouent », confie un diplomate nigérian en poste à Abuja.
La mission tripartite devrait se rendre à Bissau dès la semaine prochaine, après des premiers contacts avec la junte du général Denis N’Canha, le président déchu Umaro Sissoco Embaló — aujourd’hui au Congo-Brazzaville — et les principaux leaders politiques, dont Domingos Simões Pereira.
Objectif : un calendrier clair et un retour à l’ordre constitutionnel
Selon plusieurs sources proches du dossier, les trois médiateurs pousseront pour un plan d’action ferme :
la fixation d’un calendrier électoral crédible sous 12 à 18 mois maximum
la mise en place d’un gouvernement de transition inclusif
le retour des forces armées dans les casernes avec garanties internationales
Un schéma qui rappelle étrangement la feuille de route imposée avec succès au Mali et au Burkina Faso ces dernières années, où le Togo avait déjà joué les facilitateurs discrets.
Faure, le médiateur en série
Avec cette nouvelle mission, Faure Gnassingbé conforte son statut de « Monsieur bons offices » de la sous-région. Au total, en cinq ans, Lomé a piloté ou co-piloté les médiations au Mali (2020-2022), en Guinée après le coup d’État contre Alpha Condé, au Burkina post-Damiba et maintenant en Guinée-Bissau, sans compter le dossier est-africain toujours en cours.
« Le président a fait de la stabilité régionale une priorité absolue. Par conséquent, il sait que chaque crise non résolue chez le voisin finit par déborder chez nous », explique un proche du palais.
Alors que les capitales ouest-africaines retiennent leur souffle face à l’instabilité chronique de Bissau, tous les regards se tournent désormais vers le trio Gnassingbé-Neves-Faye. Dans un pays qui a connu cinq coups d’État réussis en cinquante ans, la patience est une denrée rare. Cependant, si quelqu’un peut encore la faire renaître, c’est bien le discret mais redoutablement efficace président du Conseil togolais. La partie est loin d’être gagnée. Elle vient à peine de commencer.