Une guillotine d’une rare unanimité s’est abattue ce vendredi, mettant un terme définitif à la destinéepolitique de Yoon Suk Yeol, désormais ex-président de la Corée du Sud. En effet, dans une décision sans appel, la Cour constitutionnelle a entériné sa déchéance, scellant ainsi la fin d’un mandat marqué par une audace aussi brève que désastreuse : une tentative d’instauration de la loi martiale, avortée en quelques heures, mais dont les secousses continuent de fissurer le socle de la nation. Par ailleurs, ce verdict, fruit d’un consensus exceptionnel des huit juges, résonne comme un cri d’alarme dans une démocratie vacillante, où la liesse des uns croise le fer avec la fureur des autres, tandis qu’un horizon électoral se profile aussi imminent qu’ombrageux.
Une nuit qui a tout bouleversé dans le parcours de Yoon Suk Yeol
Le 3 décembre restera gravé dans les mémoires comme le moment où Yoon Suk Yeol, acculé par une cascade de scandales et une paralysie budgétaire, a joué son va-tout. En ordonnant aux forces armées de prendre position face au Parlement, il a invoqué une menace fantasmagorique : une infiltration par des « forces anti-étatiques » nord-coréennes et chinoises, censées gangréner le pays et son opposition. Cette justification, aussi ténue qu’un fil d’araignée, n’a pas résisté à l’épreuve des faits. Moins de deux heures après son annonce télévisée, une coalition de 190 législateurs, transcendant les lignes partisanes, a balayé cette tentative par un vote cinglant. Suspendu dès le 14 décembre par le Parlement, Yoon a vu son sort suspendu à l’examen de la Cour, jusqu’à ce vendredi où la sentence est tombée, implacable.
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Moon Hyung-bae, président par intérim de l’institution judiciaire, n’a pas mâché ses mots. Dans une admonestation d’une gravité peu commune, il a fustigé une prise de pouvoir qui, loin de protéger la nation, s’est érigée en « rempart contre les droits mêmes qu’elle devait garantir ». Cette nuit fatidique a ranimé des spectres que la Corée du Sud croyait ensevelis : ceux d’un passé autoritaire, où la loi martiale était l’instrument des despotes. Pour une population façonnée par des décennies de lutte pour la liberté, ce sursaut dictatorial a été un électrochoc, un rappel que la démocratie, si chèrement acquise, demeure aussi une flamme fragile.
Une nation à vif
À Séoul, le verdict a libéré un torrent d’émotions contradictoires. Sous les arches de Gwanghwamun, les adversaires de Yoon ont laissé éclater une joie rauque, saluant une victoire de la souveraineté populaire sur l’arbitraire. Mais ailleurs, ses fidèles, drapés dans une colère sourde, ont conspué une justice qu’ils accusent de plier sous les vents d’une cabale élitiste. Cette fracture, béante, n’est pas née de la seule nuit du 3 décembre. Mois après mois, les théories conspirationnistes de Yoon – jamais étayées – ont trouvé un écho insidieux. En martelant que des espions communistes avaient sapé les fondements de la République, il a semé un doute corrosif, fertilisant le terreau d’une extrême droite désormais décomplexée. Les cortèges de manifestants, qui défilent chaque semaine dans la capitale, en sont la preuve criante : la Corée du Sud est une mosaïque disloquée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus d’un tiers des citoyens confessent leur scepticisme envers la Cour constitutionnelle, tandis qu’un quart doute de la probité du scrutin. Cette défiance, poison lent, s’insinue alors que le pays doit se choisir un nouveau guide avant le 3 juin. L’élection anticipée, loin de promettre une catharsis, s’annonce comme un brasier dans lequel s’affronteront des visions irréconciliables. Et au-delà des frontières, les défis s’amoncellent : les sanctions douanières américaines, imposées par Donald Trump, amputent une économie déjà chancelante, tandis que les provocations de Kim Jong-un, au Nord, maintiennent une tension palpable.
Vers une refondation incertaine
Face à ce tumulte, une clameur s’élève, portée par des esprits lucides : celle d’une réforme constitutionnelle. Limiter les prérogatives présidentielles, fortifier les remparts institutionnels, voilà les remèdes proposés pour prévenir toute récidive autocratique. Mais cette entreprise, aussi noble soit-elle, exige un désintéressement rare de la part d’une classe politique habituée à s’enivrer de pouvoir. Le successeur de Yoon, quel qu’il soit, hérite d’un fardeau écrasant : panser une nation dans laquelle la méfiance est devenue une seconde nature.
Quant à Yoon lui-même, il s’éclipse sans un murmure de repentir. Dans une adresse laconique, il a déploré ses « manquements » auprès de ses partisans, tout en éludant la légitimité du jugement qui l’a foudroyé. Cette esquive, fidèle à son obstination, laisse planer une ombre : se résignera-t-il à l’exil silencieux ou cherchera-t-il, depuis les coulisses, à raviver les flammes d’un brasier qu’il a attisé ? La Corée du Sud, suspendue entre espoir et appréhension, avance vers un futur dans lequel chaque pas semble un défi, chaque choix une énigme.